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A Bio Europe Spring, les biotechs françaises sous le feu des projecteurs

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Durant trois jours, le gratin mondial de la pharmacie et de la biotech s’est réuni à Paris. Signe que les entreprises françaises, petites et grandes, ont enfin réussi à se faire un nom dans le secteur.

A Bio Europe Spring, les biotechs françaises sous le feu des projecteurs © D.R.

Il était temps. Pour la première fois, la France accueille, depuis lundi 9 mars, la neuvième édition de Bio Europe Spring, la grand-messe internationale des acteurs des sciences du vivant et de l’industrie de la biotechnologie. Soit, durant trois jours, 1 200 entreprises de passage à Paris pour échanger avec des chercheurs du public, investisseurs, acteurs du diagnostic ou encore pôles de compétitivité. Car ce secteur très capitalistique et risqué, qui demande dix à quinze ans pour mettre au point un médicament, est en pleine ébullition.

Introductions en Bourse à la chaîne en France, acquisitions pour des montants records à l’étranger (dernier en date, le rachat pour 21 milliards de dollars de la biotech Pharmacyclics bouclé le 5 mars par le laboratoire pharmaceutique américain AbbVie), retour des fonds d’investissement… "Aujourd'hui, ces biotechs arrivent à des phases cliniques en fin de parcours, voire à des mises sur le marché de leurs produits. Cela devient tangible et se valorise très cher. Mais c’est l’aboutissement de dix ans de recherches et d’études cliniques", estime Isabelle de Cremoux, présidente du directoire de Seventure Partners, filiale de Natixis investissant dans l’économie numérique et les sciences de la vie en Europe.

Le marseillais Trophos racheté par le géant suisse Roche

Paris, cluster biotech méconnu

Dans le monde des biotechs, Boston, Shanghai ou encore San Francisco font figure de modèle pour leurs écosystèmes regroupant big pharmas, biotechs, prestigieuses universités et hôpitaux d’excellence. Paris n’a pourtant pas à rougir. L’Ile-de-France regroupe sept clusters d’innovation en sciences de la vie et compte le pôle de compétitivité Medicen. La région peut s’appuyer sur des expertises fortes en oncologie, neurosciences, maladies infectieuses, cardiologie et même médecine régénérative grâce à de prestigieuses institutions (l’Institut Pasteur, Gustave Roussy…) et les sièges de 1 000 entreprises du secteur.
L’Hexagone avait historiquement pris du retard dans le développement de ces médicaments issus du vivant. Elle peut désormais se targuer d’avoir une industrie des biotechs arrivant à maturité. La preuve ? Le parisien Cellectis a signé l’an dernier un partenariat avec le géant américain de la pharma Pfizer, tandis que la petite biotech marseillaise Trophos s’est faite croquer il y a quelques semaines par un autre colosse, le suisse Roche. Premier laboratoire français indépendant, Servier a convaincu Novartis, numéro un mondial de la pharma, de développer conjointement un anticancéreux.

Pas étonnant, dès lors, que tous les grands de la pharmacie mondiale aient fait le déplacement à Paris. Comme les experts de Genentech, biotech américaine passée dans le giron de Roche il y a six ans et reconnue mondialement pour son innovation. "50% de notre portefeuille existant vient de collaborations externes, confie Thomas Zioncheck, le responsable mondial du business development pour les partenariats de Genentech. Nous disposons de nombreuses collaborations à l’international, mais pas en France. Nous cherchons de nouvelles opportunités." Pour lui, rendez-vous est déjà pris avec Gensight et l’Institut de la Vision, des spécialistes français de l’ophtalmologie.

Les Français à l’assaut de la Bourse américaine

Sanofi, leader français et numéro quatre mondial de la pharmacie, a aussi pris le virage vers les biotechnologies. Reconversion de l’usine chimique de Vitry sur Seine, production à Neuville sur Saône du premier vaccin contre la dengue, restructuration de la R&D… "Nous croyons fortement que la France est prête à devenir un leader de l'innovation biotechnologique, insiste Serge Weinberg, le président et patron par interim du groupe français. C'est pourquoi nous avons établi plus de 55 partenariats en France, construisant un écosystème français d'innovation pour promouvoir la collaboration entre les grands groupes pharmaceutiques, les biotechs innovantes, les laboratoires et les universités". Les produits biologiques représentent désormais 100% de ses médicaments en dernière phase de développement et 72% de la totalité de portefeuille.

Pour les biotechs françaises, l’appel du marché américain se fait de plus en plus fort. "Même les sociétés nées en Europe commercialisent ou s’orientent à un moment donné vers les Etats-Unis, où le prix unitaire attribué à un traitement est plus élevé et la prévalence des pathologies chroniques plus forte", observe Isabelle de Cremoux. Bien que coté sur Euronext, le francilien DBV Technologies et ses patchs innovants contre l’allergie ont ainsi fait une entrée fracassante en octobre dernier au Nasdaq. L’entreprise a levé plus de 90 millions d’euros lors de son introduction en Bourse. Cellectis s’apprête à faire de même.

Gaëlle Fleitour

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1 commentaire

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16/03/2015 - 14h24 -

Vu les dérives actuelles dans certains pays, il faut espérer que la France sera surtout championne en génie écologique, c'est à dire travaillant avec les écosystèmes in situ, et en biotech dites "Blanches" et "Vertes"...
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