A Berlin, le sommet sur le diesel se conclut par un accord a minima

Suite aux derniers scandales autour des moteurs diesel allemands, cinq millions de véhicules vont être rappelés pour modifier leur logiciel de gestion des émissions. Une occasion manquée pour les associations environnementales, qui auraient aimé un débat de fond sur l’avenir des moteurs à explosion. 
 
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A Berlin, le sommet sur le diesel se conclut par un accord a minima
Mesure de test antipollution

"Les constructeurs automobiles sortent grands gagnants", titre la chaîne de télévision ARD. "Le Diesel est sauf", estime le magazine Der Spiegel. Au lendemain du sommet de crise qui s’est tenu hier à Berlin, commentateurs et experts sont unanimes : les autorités allemandes ont été plutôt clémentes, au regard de l’ampleur des scandales qui ternissent le secteur depuis deux ans. Après l’éclatement du Dieselgate de Volkswagen en 2015, le magazine der Spiegel vient ainsi de révéler que l’ensemble des fabricants (VW, mais aussi BMW et Daimler) pourrait être coupables de collusion illégale sur les performances de leurs systèmes de dépollution.

Pour tenter d’étouffer l’incendie, 5,3 millions de véhicules équipés des motorisations Euro 5 et 6 seront donc rappelés en Europe pour subir une modification du logiciel de gestion du traitement des gaz d’échappement. Sur ce chiffre, la moitié était déjà prévue par Volkswagen à la suite du scandale des moteurs truqués. Les trois groupes principaux – VW, Daimler et BMW – chiffrent l’opération à 500 millions d’euros, sans répercussion pour les propriétaires. L’intervention qui devra être effectuée d’ici à la fin 2018 "durera une heure et ne réduira pas les performances de la voiture", a assuré Dieter Zetsche, le président du directoire de Daimler, lors d’une conférence de presse.

Des primes et un fonds de modernisation

Selon le VDA, l’Union de l’industrie automobile allemande, cela pourrait permettre de baisser les émissions de dioxyde d’azote de 25 à 30 %. Un chiffre mis en cause par certaines associations environnementales, qui estiment qu’une telle mise à jour du logiciel ne réduit que légèrement les taux d’émissions.

En parallèle, pour retirer de la circulation les véhicules les plus anciens, des primes à l’achat à l’échelle européenne devront être offertes par les constructeurs. Pour BMW, elle pourrait s’élever à 2000 euros. Enfin, l’Etat et les fabricants devront financer un fonds fédéral de 500 millions d’euros, pour moderniser les infrastructures et les flottes de véhicules (bus, poste, taxis…).

"Nous voulions envoyer un signal fort, a indiqué Dieter Zetsche. Je sais que la confiance est érodée et qu’une partie de l’opinion publique pense que l’industrie est le problème. Nous sommes aussi une partie de la solution". Mais visiblement, faire amende honorable n’aura pas suffi à convaincre. "Il manque au ministre des transports Alexander Dobrindt le courage de demander des modifications en profondeur du « hardware », a ainsi critiqué Cem Özdemir, président des Verts. Les dégâts sont trop importants pour les faire disparaître en quelques clics". Pour Greenpeace, il s’agit aussi d’une occasion manquée. "Nous avons besoin d’une vraie révolution pour sortir des moteurs à explosion et développer des concepts alternatifs, comme l’électromobilité et les transports en commun", insiste Benjamin Stephan, spécialiste des transports au sein de l’association. Or, alors que la France et la Grande-Bretagne envisagent la fin des moteurs essence et diesel pour 2040, l’Allemagne se refuse encore à aborder le sujet.

D'autres mesures attendues

Il faut dire que si le gouvernement veut faire preuve de fermeté, il fait aussi face à un dilemme. Outre-Rhin, le secteur automobile, qui a massivement investi dans les technologies diesel ces dernières années, représente environ 800.000 emplois directs et indirects et 20 % des exportations. Alors que le pays se trouve actuellement en pleine campagne électorale pour les législatives du 24 septembre, aucun parti politique ne veut se permettre d’effrayer l’électorat. Même Angela Merkel, actuellement en vacances en Italie, s’est bien gardé de réagir.

Avec cet accord, les constructeurs espèrent donc avoir trouvé un moyen d’échapper à une autre épée de Damoclès : l’interdiction des moteurs diesel dans les grands centres urbains. Saisi par des écologistes, le tribunal administratif de Stuttgart, berceau de Mercedes-Benz et Porsche, a en effet estimé que les interdictions des véhicules diesel anciens était la solution la plus efficace pour lutter contre la pollution. Déjà, plusieurs villes comme Stuttgart, Munich ou Cologne l’envisage. "Pour autant, je ne pense pas que les résultats de ce sommet remettront en cause les interdictions de circuler", avance le consultant automobile Ferdinand Dudenhöffer, qui estime aussi que le sujet pourrait être rediscuté après les élections. C’est d’ailleurs ce qu’a promis la ministre de l’environnement Barbara Hendricks. "Les résultats d’aujourd’hui ne suffisent pas, a-t-elle indiqué. Quatre groupes d’experts vont donc être crées à la rentrée afin d’identifier des mesures complémentaires". L’industrie allemande n’en a donc pas tout à fait fini avec le scandale de ses motorisations.

De notre correspondante à Berlin, Gwénaëlle Deboutte

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