A Bâle, Syngenta veut convaincre qu’il doit passer sous pavillon chinois

Annoncé ce 3 février, le rachat de l’agrochimiste Syngenta par le géant chinois ChemChina suscite bien des questions. A l’occasion de la présentation des résultats du groupe suisse, les deux partenaires ont tenté de désamorcer les inquiétudes.


Crédits : Gaëlle Fleitour

C’est une véritable délégation chinoise qui s’est invitée à Bâle ce 3 février, à la présentation des résultats annuels de l’agrochimiste suisse Syngenta. Et pour cause : le groupe a annoncé soutenir l’offre de rachat de China National Chemical Corporation (ChemChina).

Un passage sous pavillon chinois pour une icône de l’industrie suisse, dont les semences, pesticides et OGM sont vendus à travers le monde. L’opération coûterait 43 milliards de dollars à ChemChina. Soit la plus plus grosse acquisition jamais réalisée à l'étranger, et de loin, par un groupe chinois. Mais il faut encore convaincre les actionnaires de Syngenta et les autorités compétentes de son bien-fondé…

Passant rapidement sur les résultats du suisse en 2015, fortement pénalisé par les taux de change (lire l'encadré), la conférence de presse a donc été l’occasion pour Michel Demaré, le président de Syngenta, et Ren Jianxin, le président de ChemChina, futur président du conseil d’administration de Syngenta, de rassurer. "Syngenta reste Syngenta !" La direction du groupe suisse sera maintenue, tout comme la localisation à Bâle du siège du groupe et de certaines activités de production et infrastructures de R&D, martèle Michel Demaré.

Une année 2015 plombée par les taux de change, pour Syngenta
Un chiffre d’affaires en baisse de 11% à 13,4 milliards de dollars, un résultat net s’écroulant de 17% à 1,3 milliard de dollars… L’exercice 2015 s’avère décevant pour Syngenta, plombé comme ses concurrents par la chute des cours des matières premières agricoles, la volatilité des devises et l’instabilité des marchés émergents. Pourtant, ses ventes ont progressé de 1% en monnaies locales, explique-t-il. Le suisse entend poursuivre son programme d’économies de coûts lancé en 2014, afin d’économiser un milliard de dollars d’ici à 2018. Il table aussi sur son innovation, avec un portefeuille de dix produits en développement au potentiel de ventes cumulées de 4 milliards de dollars, estime-t-il.

Se renforcer auprès des agriculteurs des pays émergents

En somme, "business as usual" à en croire les deux dirigeants. Ils expliquent pourtant que leur vision partagée s’inscrit sur des investissements de long terme, un profil de Syngenta toujours tourné vers l’innovation, mais des opportunités de renforcement dans les pays émergents, en particulier en Asie Pacifique où le Suisse réalise plus d’un quart de ses ventes.

Sur le marché chinois de la protection des plantes, encore très morcelé, il se dit déjà numéro un avec 6% de parts de marché. L’opération sera d’autant plus intéressante que la Chine restreint encore l’accès aux OGM étrangers, dans l’espoir de développer ses propres produits maison… "Il faut répondre au défi de nourrir 1,3 milliard de personnes en Chine, dont la majorité sont encore des agriculteurs", insiste Ren Jianxin.

Impossible de faire cavalier seul sur un marché consolidé

"Notre industrie est entrée dans une phase de consolidation", justifie Michel Demaré. Il y a deux mois, une fusion historique entre les chimistes américains Dow Chemical et DuPont a en effet donné naissance à un géant représentant plus de 90 milliards de dollars de chiffre d’affaires cumulé, dans ce secteur déjà très consolidé.

Le suisse avait refusé l’an passé les avances de Monsanto, son concurrent américain direct. Pourquoi lui avoir préféré ChemChina ? Pour le montant proposé (le chinois propose 480 francs suisses par action en numéraire, contre 470, dont 245 en numéraire par l’américain). Pour le financement sécurisé (principalement via du cash de ChemChina, le solde pouvant être apporté par des partenaires financiers). Pour la vision – "la transaction voulue par Monsanto était basée sur la fameuse « tax inversion », qui n’est d’ailleurs plus tolérée aujourd’hui par les autorités", estime Michel Demaré. Et enfin pour le portefeuille. Pour des raisons de concurrence, Syngenta aurait dû céder ses activités de protection des plantes et de semences au profit de celles de Monsanto, "avec des conséquences désastreuses pour notre entreprise", assure son président.

Moins risqué que de se marier à Monsanto ?

Les activités de ChemChina ne risquent pas de faire doublon, assure Jon Parr, le directeur des opérations de Syngenta, à L’Usine Nouvelle. “Il dispose simplement d’une participation majoritaire dans Adama, une entreprise de produits chimiques de génériques, bien loin de nos activités basées sur la R&D et l’innovation.” ChemChina (42 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'an dernier) s’était déjà emparé de plusieurs entreprises européennes, dont le spécialiste français des additifs pour la nutrition animale Adisseo.

Gaëlle Fleitour, à Bâle (Suisse)

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