L'Usine Energie

A 70 ans, EDF se dit prêt à faire sa mue énergétique

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Les résultats d’EDF 2015 étaient très attendus tant l’électricien fait face à des enjeux financiers difficiles pour faire vivre son parc nucléaire. Mais à cette occasion, le président de l’électricien a tenu à assurer que son groupe était en mesure de s’adapter aux difficultés et de suivre l’évolution du secteur.


Chantier de l'EPR de Flamanville - Crédits Pascal Guittet

Avant les résultats d’EDF, de nombreux articles faisaient état des tensions financières chez l’électricien. Certaines rumeurs évoquaient même un besoin de recapitalisation de près de cinq milliards d’euros. Ces échos semblent avoir agacé le patron d’EDF. Lors de la présentation des résultats 2015, mardi 16 février, il a voulu démontrer que l’ancien monopole, - il fêtera en 2016 ses 70 ans -, n’a pas dit son dernier mot.

"Nous vivons de grandes mutations dans toutes l’économie, mais elles sont particulièrement rapides dans le secteur de l’énergie avec le poids croissant des énergies bas carbone (…) Lors de la COP21, nous avons montré que nous sommes un producteur centré sur le bas carbone", a-t-il lancé en introduction. Il rappelle qu’en 2015, EDF n'a émis que 15 grammes équivalent CO2 par kWh. Mieux qu’en 2014 avec 17 grammes. Et surtout une performance à comparer aux 325 grammes enregistrés en moyenne en Europe. Jean-Bernard Lévy n’hésitera pas à plusieurs reprises à égratigner le bilan des émissions du secteur électrique allemand.

Plus d’investissements dans les renouvelables que dans le nouveau nucléaire

"Nous sommes les premiers producteurs d’énergies renouvelables en Europe grâce à l’hydraulique, l’éolien, le solaire et la biomasse", a martelé le patron d'EDF. Actant une inflexion du mix énergétique du groupe, il assure que plus de deux milliards d’euros d’investissements sont consacrés chaque année aux renouvelables, une somme supérieure à celle qui est consacrée aux nouvelles constructions nucléaires.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du plan 2030 qui vise un passage du parc renouvelable de 28 à 50 GW en 2030. En 2015, Jean-Bernard Lévy se félicite d’avoir installé 1 GW de renouvelables principalement au Canada et aux Etats-Unis, des projets essentiellement destinés à des industriels. Et EDF s’enorgueillit d’avoir "inscrit à son tableau de chasse Microsoft, Procter & Gamble et Google".

Des projets nucléaires

Mais il n'est pas question pour l’électricien de renoncer au nucléaire et à la production centralisée. D’une part, EDF réaffirme sa volonté de prolonger 56 des 58 réacteurs du parc. Tout le parc français à l'exception des deux tranches de Fessenheim (Bas-Rhin) dont le gouvernement a exigé la fermeture. D’autre part, le groupe réaffirme avoir trois modèles de réacteurs nucléaires dans les cartons.

Premièrement l’EPR nouveau modèle, "un EPR optimisé (de 1600MW) moins cher à construire et à exploiter. Il servira de base au remplacement du parc actuel à partir de fin des années 2020 ou au début de la décennie suivante". Deuxièmement, des projets avec des partenaires asiatiques pour des modèles de 1100 MW, à savoir l’Atmea avec le Japon et le Hualong avec la Chine.

Troisièmement, des recherches en partenariat sur des Small modular reactor (SMR), des réacteurs de faible puissance, autour de 400MW, "plus simples et plus robustes". 

Le nucléaire et les renouvelables seront soutenus par une forte recherche en matière de technologies numériques, affirme-t-on chez EDF. Des nouveaux outils vont accompagner la production décentralisée. Le pilotage énergétique des clients et le fonctionnement interne de l’entreprise doivent être simplifiés.

Une transformation brutale chez les autres

Une transformation en douceur pour EDF et surtout beaucoup moins brutale que chez les grands énergéticiens allemands, E.on et RWE. Sous pression, il sont choisi de se scinder en deux entre les activités renouvelables et les activités fossile et nucléaire. Dans une moindre mesure, Engie a aussi largement muté en créant cette immense branche des services à l’énergie censée servir le marché européen.

Est-ce qu’EDF saura faire co-exister l’ancien monopole électrique comptant le nucléaire et l’hydraulique avec les nouvelles activités plus décentralisées ? Sans doute, tant que les comptes resteront dans le vert… Or "la difficile équation financière", qui attend l'énergéticien français, notamment pour financer ses grands investissements à venir pourrait l'amener à prendre des mesures plus drastiques.

Ludovic Dupin

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