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L'Usine de l'Energie

À 1 500 mètres sous la mer avec Nexans

Manuel Moragues

Publié le

Diaporama Le groupe français Nexans vient d'installer un câble haute tension entre l'île de Majorque et l'Espagne. Un mastodonte de 6 800 tonnes et de 250 kilomètres de longueur repose désormais par 1 500 mètres de fond. Notre reporter a suivi l'opération.

À 1 500 mètres sous la mer avec Nexans © D. R.

Le Skagerrak trône dans la baie tranquille de Santa Ponsa. La station balnéaire, proche de Palma de Majorque, est encore déserte. Le navire amiral du câblier français Nexans s'apprête à débarquer la tête d'un précieux mastodonte de 6 800 tonnes et 250 kilomètres de longueur. Un câble électrique à haute tension capable de transporter 200 MW en courant continu entre Sagunto, au nord de Valence (Espagne), et l'île de Majorque. Il plongera sous la Méditerranée jusqu'à 1 500 mètres, un record de profondeur pour un câble d'énergie installé par Nexans.

Pour l'heure, le câble repose dans la table tournante de 29 mètres de diamètre qui remplit la cale du navire. Il a fallu deux semaines pour l'y lover à sa sortie de l'usine de Tokyo où il a été fabriqué. La table s'ébranle sous le crachin de l'hiver majorquin. Tiré par un cabestan capable de supporter 50 tonnes de tension, le câble se déroule dans le col-de-cygne métallique surplombant le pont. Il se dévide sur la roue de 10 mètres de diamètre qui saillit de la poupe.

Trois hommes en combinaison orange le réceptionnent sur de frêles plates-formes au ras de l'eau. Armés de longues gaffes, ils glissent sous le câble de grosses bouées qui descendent par paquets le long d'un toboggan. Peu à peu, à la vitesse de 4 à 5 mètres par minute, le chapelet de bouées s'allonge et porte le câble en direction de la plage. Au fond de la baie, des hommes s'activent autour d'une piscine de béton. Trois conduits émergent de la paroi côté mer. De l'eau s'en écoule, pompée sans relâche.

"La semaine précédente, une murène de plus de un mètre a été trouvée nageant dans le fond de la piscine", raconte BjØrn Ladegård, le chef des services d'installation de Nexans. Empruntant à l'avance le parcours du câble, la murène avait remonté l'un des trois conduits longs de 500 mètres qui débouchent au milieu de la baie, à 7 mètres de profondeur.

Là où, après deux heures d'une lente procession, parvient le câble sous-marin porté par les bouées. Inséré dans un conduit par un plongeur, le câble est treuillé depuis la plage. Une tente à l'atmosphère contrôlée, installée sur la piscine, abritera l'opération de jonction avec le câble terrestre.

Quant au Skagerrak, baptisé du nom du détroit qui sépare la Norvège du Danemark, il lèvera l'ancre dès le lendemain pour une croisière de trois semaines, direction Sagunto. Sa route est toute tracée. Sonar et autres échographes high-tech ont passé au peigne fin les 240 km de fonds sous-marins séparant Santa Ponsa de Sagunto...

Le câble sera posé avec une précision d'environ un mètre grâce à un pilotage automatique guidé par satellite. Le Captrack, un robot de quelques tonnes garni de capteurs, chevauchera le câble près du point d'atterrissage pour affiner le contrôle de sa position et de sa tension, voire modifier sa trajectoire.

Pas question ensuite de laisser un chalut ou une ancre abîmer le précieux câble au cours de ses trente ou quarante ans de service. Sur les 140 kilomètres situés à moins de 1 000 mètres de fond, des robots l'enfouiront sous un mètre de sable grâce à de puissants jets d'eau. Des engins de type minier prendront la relève pour les sections rocheuses. Imitant le Skagerrak, le Giulio Verne du câblier italien Prysmian posera à sa suite un câble similaire

Un déploiement d'efforts et de technologies

Avec ces deux câbles, la capacité de la connexion commandée par Red Eléctrica de España, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité espagnol, sera portée à 400 MW. L'Espagne continentale fournira alors jusqu'à 25 % de l'électricité consommée à Majorque et à Minorque, notamment l'été lorsque les touristes poussent au maximum la climatisation.

Cette connexion sécurisera le petit réseau majorquin, dont l'alimentation est assurée par de vieilles centrales au fioul très polluantes et très chères. Un déploiement d'efforts et de technologies à la hauteur des enjeux que représentent les liaisons haute tension sous-marines.

Nexans affiche 1 milliard d'euros de commandes pour de tels câbles. Le Skagerrak n'a pas fini d'enfouir ses trésors au fond des mers...

QUELQUES DATES

2004 Lancement du projet d'interconnexion entre la péninsule ibérique et les Baléares par Red Eléctrica de España, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité.

2007 Attribution du contrat à Nexans-Prysmian : deux câbles haute tension à courant continu et un câble de retour doublé d'un câble à fibres optiques, pour un montant de 267 millions d'euros. Siemens se voit confier la construction des deux stations de conversion, pour environ 100 millions d'euros.

2008 Début de la fabrication du câble Nexans dans son usine de Tokyo. Durée : dix-huit mois.

2009 Construction d'avril 2009 à décembre 2010 des stations de conversion par Siemens.

2011 Pose des câbles en trois campagnes de janvier à mars, puis travaux d'enfouissement jusqu'au mois de mai. Mise en service prévue à l'été.

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