Quotidien des Usines

500 EUROPÉENSLa " vieille industrie " toujours jeuneDifficile, d'exister dans un monde semblant dominé par les industries high tech ? Pas pour nos champions des biens d'équipement et produits professionnels.

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500 EUROPÉENS

La " vieille industrie " toujours jeune

Difficile, d'exister dans un monde semblant dominé par les industries high tech ? Pas pour nos champions des biens d'équipement et produits professionnels.



Bien loin des mirages de la " nouvelle économie ", les PME de l'industrie " traditionnelle " ont continué tout au long de la décennie 90 à creuser leur sillon. Leurs recettes ? Pas de miracle, elles sont éprouvées. C'est d'abord la maîtrise de technologies permettant sans cesse de garder de l'avance sur ses compétiteurs. C'est le cas du spécialiste des équipements de traitement d'eau, l'autrichien BWT, plusieurs fois nominé, qui réalise 25 % de son chiffre d'affaires avec des technologies de moins de cinq ans, notamment un nouveau système de détartrage des canalisations. En intégrant les technologies numériques dans la gestion de l'éclairage, un autre autrichien, Tridonic, compte bien continuer à rester au coude à coude avec Osram et Philips sur le marché des composants pour éclairages fluorescents. La proximité des clients fait aussi partie des recettes gagnantes. En restant à l'affût des évolutions de consommation, l'ancien fabricant de rayonnages suédois HL Display est devenu incontournable sur le marché des équipements et services de merchandising pour la grande distribution. Et vient encore d'annoncer un chiffre d'affaires semestriel en hausse de 24 %. C'est cette écoute des clients qui a aussi conduit le spécialiste espagnol des mousses pour l'automobile Grupo Copo à suivre des constructeurs comme Renault au Brésil. Sans que la rentabilité soit immédiatement au rendez-vous. Tous ces groupes ont enfin pour caractéristiques de s'inscrire dans une perspective internationale. Tels le fabricant suisse de composants électromécaniques Schurter, qui a multiplié les filiales et usines à l'étranger, ou le spécialiste des machines à bois et de cartes en plastique Robert Bürkle, qui, depuis deux ans, multiplie ses activités en Asie et prévoit déjà d'ouvrir une usine en Chine. Autant d'exemples qui montrent que, à l'abri des modes et des cycles brutaux, la performance se joue dans la durée. N'est-ce pas dans l'industrie pure et dure que l'on retrouve, depuis le début du classement Europe's 500, le plus de " survivants " ?



Allemagne

BÜRKLE, DE LA MENUISERIE À LA CARTE DE CRÉDIT

Déjà très exportatrice, la PMI allemande doit faire face à l'internationalisation rapide de ses marchés. Réduction des coûts et innovations sont de rigueur.


A Freudenstadt, petite ville touristique de la Forêt-Noire allemande, Bürkle vient d'agrandir son usine. Les vieux murs de brique des anciens ateliers rappellent que ce spécialiste des machines de menuiserie (parquets, agglomérés, ameublement...) a fêté l'an dernier son quatre-vingtième anniversaire. Mais Bürkle a réussi sa diversification vers des industries plus " high tech ", et les lignes de production de composants électroniques ou de cartes de crédit représentent près de la moitié de ses ventes. Les deux centres d'usinage à grande vitesse flambant neufs du nouveau hall de production montrent bien qu'il est décidé à se battre. " Réduire nos coûts de production est impératif pour conserver nos positions chez nos grands clients, IBM, Philips, mais aussi la plupart des fabricants de composants électroniques asiatiques ", indique Hans-Joachim Bender, directeur général et principal actionnaire de Bürkle.

La Chine, premier client

Pour la PMI allemande, qui exporte déjà la moitié de ses machines hors d'Europe, il s'agit de faire face à l'internationalisation rapide de ses marchés. C'est vrai dans l'électronique, mais aussi dans les industries du bois et de l'ameublement, où la Chine est devenue son premier débouché. Depuis deux ans, l'entreprise de Freudenstadt redouble d'activité en Asie, avec l'ouverture d'un bureau à Hongkong et des projets de filiales commerciales à Taïwan et en Chine. Pour le patron de Bürkle, qui part trois ou quatre fois par an visiter ses clients chinois, l'étape suivante est toute tracée. " D'ici à deux ou trois ans, nous devons installer une usine en Chine pour y produire des équipements moins sophistiqués. Après, nous vendrons les lignes de production très automatisées que nous fabriquons en Allemagne. " Le savoir-faire de Bürkle reste son meilleur atout. Il garde d'ailleurs jalousement en interne la production des cadres de presses, plaques chauffantes ou rouleaux pour vernisseuses. Mais cette expertise technique ne suffit plus. La PMI allemande revient en effet de loin. Frappée de plein fouet par la crise, elle a touché le fond en 1992 (27,5 millions d'euros de chiffre d'affaires) et a enregistré des pertes. " Bürkle avait déjà un fort savoir-faire, mais l'entreprise s'était beaucoup trop diversifiée ", commente Hans-Joachim Bender. Appelé à la rescousse en 1993, à 50 ans, par la famille Bürkle, il taille dans le vif et stoppe des productions non rentables (des machines très spécifiques pour l'automobile ou pour les panneaux de coffrage de contreplaqués). " Nous avons mis en place un programme de réingénierie et de standardisation ", explique-t-il. Résultat, une baisse des coûts de production de 30 % sur les produits phares de l'entreprise.

Une volonté de progrès en continu

Remise à plat de la production, introduction de nouvelles méthodes comptables, Hans-Joachim Bender modernise Bürkle. Faute d'héritier capable de prendre la suite, il reprend l'entreprise en 1995 - il en est l'actionnaire principal, avec 30 % du capital aux côtés d'un organisme financier et d'investisseurs privés. Dès lors, le nouveau patron de Bürkle engage son entreprise dans une stratégie de lignes de production complètes, rachetant pour cela en 1998 Junker, PME allemande spécialisée dans la manutention automatisée. Du coup, le profil de l'entreprise change. " La plupart de nos produits ont moins de cinq ans et nous avons doublé le nombre d'ingénieurs affectés à la conception ", explique-t-il. Cette nouvelle stratégie s'est révélée payante. " Mais pas question de relâcher notre effort, nous sommes engagés dans un processus de progrès continu ", souligne le patron de Bürkle. Et de montrer dans l'atelier une installation de pressage de papier mélaminé en cours de montage. " Son temps de cycle est de trente secondes, ce qui constitue le standard du marché. Nous nous sommes fixé pour but de le réduire à dix secondes. Comment ? Nous ne savons pas encore, mais nous y parviendrons les premiers. "



BÜRKLE

Freudenstadt

Activité Lignes de production pour la menuiserie et l'industrie des composants électroniques

Chiffre d'affaires 2000 88,5 millions d'euros

Chiffre d'affaires 1996 40 millions d'euros

Croissance 1996-2000 122 %

Effectif 450 personnes



Espagne

GRUPO COPO, UN GALICIEN SPECIALISTE DES PARTENARIATS

Grupo Copo s'est intercalé entre Faurecia, le groupe Michel Thierry ou l'allemand Fehrer pour devenir l'un des sous-traitants majeurs de la construction d'automobiles en Espagne. Sa spécialité : la mousse de polyuréthanne, mais aussi les tissus et les revêtements pour l'automobile.


Lorsqu'ils eurent l'idée de s'associer, ce fabricant de coussins, ce commerçant de meubles et cet industriel de Galice pensaient lancer une simple fabrication de matelas et de rembourrage de fauteuils. Trente ans plus tard, Grupo Copo est l'un des plus solides partenaires des constructeurs d'automobiles installés en Espagne ou même en Amérique du Sud.

De la 2 CV au Picasso

Difficile à manipuler, nécessitant un outil de production adapté et une recherche-développement très spécifique, la mousse de polyuréthanne constitue un composant pour l'automobile que les grands équipementiers rechignent à produire, notamment à l'étranger. Quand PSA, et dans son sillage Faurecia, Sommer-Allibert ou le groupe Michel Thierry découvrent près de leur site de production de Vigo, en Galice, un spécialiste local de la matière, ils lui font une petite place dans leur chaîne de production. Celle des Diane et des 2 CV tout d'abord, puis aujourd'hui des Xsara, des Berlingo et des Picasso. La matelassure de sièges représente désormais 37 % du chiffre d'affaires de Grupo Copo, qui s'est également mis aux tissus de revêtement pour l'automobile (34 % du chiffre d'affaires) et aux tapis insonorisants thermoformés (14 %). " Nous équipons environ 20 % des véhicules qui sont produits à Vigo, explique Fernando Gainzarain, le directeur général du groupe, soit environ 600 000 véhicules par an. " Citroën arrive toujours en tête des clients de l'espagnol en lui assurant plus d'un tiers de son carnet de commandes (37 %). Viennent ensuite Renault (17 %), Volkswagen (13 %), mais aussi Mercedes ou Seat. Le chiffre d'affaires consolidé 2000 de Copo a atteint 189,6 millions d'euros et devrait s'établir à 193,4 millions en 2001.

En route vers les marchés émergents

Le développement des activités de Copo prend généralement la forme d'un joint-venture avec des équipementiers tels que Faurecia, le groupe Michel Thierry ou l'allemand Ferher, dans lequel le galicien détient toujours une participation d'au moins 50 %. Une relation aussi contraignante que peuvent l'être celles qui se nouent dans la sous-traitance d'automobile, mais qui a permis à Copo d'acquérir une dimension internationale. Le groupe a été invité à suivre plusieurs constructeurs dans leurs aventures brésiliennes et a monté plusieurs sites de production au Brésil depuis 1998. Une expérience difficile et synonyme de pertes d'exploitation importantes et sur plusieurs années. Mais une étape incontournable à tout développement. " Le prix de nos composants baisse de 3 à 4 % par an. Nous sommes condamnés à augmenter nos volumes pour nous développer, analyse Fernando Gainzarain, mais, de toute façon, si on ne suit pas les constructeurs à l'international, on perd notre marché local. " Enfin, autre axe de développement du groupe galicien : la production de mousse pour l'ameublement sur des marchés émergents, comme Cuba, où le groupe est installé depuis trois ans. " Le chiffre d'affaires total du groupe devrait avoir doublé d'ici à cinq ans ", assure, confiant, Fernando Gainzarain.



GRUPO COPO

Vigo

Activité Fabrication de mousse de polyuréthanne

Chiffre d'affaires 2000 189,6 millions d'euros

Chiffre d'affaires 1996 74,5 millions d'euros

Croissance 1996-2000 154 %

Effectif 1 286 personnes



Suisse

SCHURTER SE DÉPLOIE DANS 40 PAYS

Le groupe suisse, spécialisé dans les composants électromécaniques, tire profit de sa position internationale.


Difficile d'oublier les couleurs du logo du groupe Schurter, spécialisé dans les composants électromécaniques pour les applications électroniques et électrotechniques. Au siège de Lucerne, le bleu et le blanc ornent la façade, décorent les murs des bureaux et colorent le mobilier. C'est en 1933 que Heinrich Schurter fonde la société du même nom, qui reste avant tout un patrimoine familial. La troisième génération est aux commandes depuis une quinzaine d'années avec Hans-Rudolf Schurter.

Un catalogue de plus de 5 000 produits

Dans les années 40, l'entreprise se spécialise dans la fabrication de fusibles. Schurter conquiert alors le marché suisse. L'exigence de qualité, puis l'automatisation de la fabrication et une large distribution assurent la pérennité de sa réussite jusqu'à aujourd'hui. L'ambition du groupe est clairement affichée : " Etre l'un des leaders mondiaux sur son secteur " affirme Martin Studer, directeur du marketing. Ses spécialités : la protection des circuits (fusibles et porte-fusibles, qui représentent aujourd'hui 21 % de son activité), les disjoncteurs, les interfaces de commande, les modules d'alimentation électrique. Le catalogue actuel compte plus de 5 000 produits, et Schurter estime offrir la plus large gamme de fusibles. Si le siège du groupe est établi à Lucerne, la société s'est déployée internationalement et a gagné les pays, puis les continents voisins. A l'origine de cette volonté de s'étendre, le besoin vital de se développer et d'écouler une production que l'automatisation ne cesse d'accroître. Des sites de production et de vente en Suisse, en Allemagne, en France et en Angleterre ; des usines d'assemblage en République tchèque et en Inde ; des filiales commerciales aux Etats-Unis, en Suède, en Italie, à Singapour et au Japon. Cette internationalisation permet au groupe d'être représenté dans plus de 40 pays et de compter plus d'une centaine de distributeurs à travers le monde. Et, cette année, Schurter met un pied en Chine avec une opération de joint-venture conclue en janvier dernier. Cette présence mondiale a un autre avantage : dans un domaine comme l'électronique, les standards varient d'un continent à l'autre, d'un pays à l'autre. Schurter, par ses implantations et son expérience, fait partie de diverses instances de standardisation. Un bon moyen d'être tenu informé des tendances et de participer à la définition de nouveaux standards. Pour l'avenir, les projets de Schurter répondent aux exigences de ses clients. Le groupe travaille à l'intégration de toujours plus de fonctions au sein des composants et à la miniaturisation toujours plus impressionnante des fusibles. Le dernier mesure 3,05 millimètres de long sur 1,52 millimètres de large et de haut.



SCHURTER

Lucerne

Activité Fabrication de composants électromécaniques.

Chiffre d'affaires 2000 180 millions de francs suisses

Chiffre d'affaires 1996 102 millions de francs suisses

Croissance 1996-2000 76,5 %

Effectif : 1 100 personnes dont 440 en Suisse



Autriche

TRIDONIC ÉCLAIRE LE MONDE

Tridonic est devenu un acteur mondial incontournable dans l'éclairage fluorescent grâce à une politique intensive d'innovations et, une fine stratégie de croissance externe.


Le nouveau siège de Tridonic Bauelemente GmbH, à Dornbirn, à l'extrême ouest de l'Autriche, offre un cadre intérieur épuré où la luminosité artificielle est gérée de façon optimale pour chaque espace de bureaux. Sur les murs, des interrupteurs sophistiqués aux multiples fonctions rappellent que le groupe excelle dans l'éclairage. Ou, plutôt, dans les composants électroniques (ballasts, transformateurs, starters...) qui gèrent l'éclairage des lampes fluorescentes telles que les néons. Tridonic a construit son succès sur ce type de lampes, particulièrement adapté à un usage professionnel, à l'immobilier de bureaux, ou aux grands équipements (stades, centres d'exposition...). Ses lampes fluocompactes, qui présentent en effet de précieux atouts d'endurance, d'économie d'énergie et de modularité de luminosité, séduisent nombre d'entreprises. C'est pourquoi Tridonic surfe sur une croissance exponentielle de ses activités, enregistrant une hausse de son chiffre d'affaires de près de 140 % en cinq ans seulement ! Le groupe s'est du coup hissé dans la cour des grands. Il est devenu le deuxième fabricant européen de ballasts électroniques, au coude à coude avec le mastodonte Osram (Siemens) et juste derrière le géant Philips. Cette réussite, Tridonic la doit d'abord à une famille d'industriels locaux, les Zumtobel. L'histoire du groupe démarre en 1966, lorsque la société Zumtobel Electrical, qui produisait déjà des ballasts magnétiques, reprend la PME Tridonic, spécialisée dans l'électronique. Zumtobel va en faire son fer de lance dans la production de ballasts électroniques, plus performants. En 1978, Tridonic sort ses premiers produits électroniques d'éclairage et développe son activité avant de s'affranchir en 1991 de la tutelle Zumtobel pour redevenir indépendante. Depuis, l'entreprise n'a cessé de grandir grâce à une gamme de composants constamment élargie et de plus en plus sophistiquée. " Nous avons maintenu un rythme de croissance élevé en adoptant une politique d'innovation très soutenue, doublée d'une forte réactivité face à la demande ", précise Lilo Amann, du département du marketing. Aujourd'hui, le groupe poursuit sa percée technologique dans le numérique, " qui offre davantage de fonctionnalités dans la gestion de l'éclairage et ouvre donc de nouveaux marchés ", ajoute Christian Söhnel, chef de produit. Parallèlement, Tridonic s'est peu à peu ouvert sur l'extérieur, à la faveur d'une stratégie qui a su combiner de judicieuses opérations de croissance externe et interne. L'entreprise, devenue un véritable groupe international, s'attaque même depuis peu au marché nord-américain... Mais, victime de son succès, Tridonic a dû se réorganiser autour de son fief, Dornbirn, en regroupant toutes ses activités sur un site unique. Une réorganisation opérée l'an dernier et qui a représenté un investissement de près de 25 millions d'euros.



TRIDONIC

Dornbirn

Activité Composants électroniques pour éclairage fluorescent

Chiffre d'affaires 2000 276,3 millions d'euros

Chiffre d'affaires 1996 116,5 millions d'euros

Croissance 1996-2000 137 %

Effectif 2 150 personnes

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