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5 mois d’arrêt d'un réacteur à Flamanville : 22 millions d’euros

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La facture d’un arrêt prolongé du réacteur de Flamanville pour cause de bouchon de générateur de vapeur à remplacer s’élève à 22 millions d’euros. A cela pourrait s’ajouter une centaine de millions d’euros de manque à gagner du fait de l’absence de production.

5 mois d’arrêt d'un réacteur à Flamanville : 22 millions d’euros © DR

La nouvelle tombe mal, à deux jours de l’annonce des résultats financiers annuels d’EDF. Selon les propos directeur de la centrale de Flamanville Eric Villatel, rapportés par l’Agence France presse, l'arrêt pendant près de cinq mois du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Flamanville a coûté plus de 22 millions d'euros à EDF. A l’origine, un arrêt de maintenance classique auquel s’est ajouté un problème

Deux réacteurs de 1300 MW à côté du futur EPR

La centrale nucléaire de Flamanville, dans la Manche, est des plus précieuse pour la capacité de production électrique française. Lorsque les deux réacteurs de 1 300 MW tournent à plein régime, la centrale produit un peu plus que la consommation d'une région comme la Basse-Normandie. A la sortie des turbines, le courant produit ne coûte en frais de fonctionnement moyens que 22 euros le MWh, selon des sources industrielles. L’arrêt prolongé pourrait désormais faire sérieusement grimper cette moyenne. A la mi-novembre, la centrale a été complètement arrêtée et n'a plus produit d'électricité pendant quelques jours, son deuxième réacteur ayant dû lui aussi être arrêté pour cause de problème technique. Le réacteur 2 doit faire l'objet d'un arrêt pour maintenance à partir du 17 avril prochain pour une durée de 53 jours.
technique : l'arrêt de tranche a coûté 20 millions d'euros, auxquels se sont additionnés plus de 2 millions d'euros d'intervention imprévue pour remplacer un bouchon du générateur de vapeur, principale cause de la prolongation de trois mois de l'arrêt. En tout, l’interruption de production a duré 145 jours (du 5 septembre au 29 janvier), au lieu des 47,5 prévus.

Par ailleurs, selon EDF, un jour d'arrêt d'un réacteur entraîne un manque à gagner de près d'un million d'euros. Un ordre de grandeur donné par les dirigeants du groupe lors d’une audition parlementaire le 16 décembre, et réaffirmée depuis. De deux choses l’une : soit les 22 millions d’euros comprennent le manque à gagner lié à l’absence de production, et alors ce manque à gagner est largement inférieur à la moyenne d’un million d’euros par jour pour le parc dans son ensemble, soit les 22 millions d’euros ne comprennent pas ce manque à gagner. Et au coût direct peuvent dès lors s’ajouter 97,5 millions d’euros de manque à gagner imprévus, compte tenu des 97,5 jours  d’arrêt supplémentaires du réacteur. 

Interrogé sur ce point par l’Usine Nouvelle.com, EDF n’a pas souhaité apporter de commentaires. La direction a précisé que la prolongation de l'arrêt était aussi due à un problème de ressources humaines liées à des grèves au niveau national.

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Une histoire d’effet chaudière

« A la demande de l'ASN, EDF a engagé, depuis juillet 2008, un programme de vérification de la présence des bouchons sur l’ensemble des générateurs de vapeur du parc. Ce programme de vérification a par ailleurs mis en évidence une dégradation importante d’un bouchon soudé sur le réacteur n°1 de Flamanville au début du mois d’octobre 2009. La détection de cet événement a conduit à prolonger l'arrêt du réacteur de plusieurs semaines afin d'effectuer les investigations et les réparations nécessaires », indique l’ASN sur son site.
Lors de l’arrêt de maintenance, EDF a constaté qu’un bouchon d’un des petits tubes du circuit secondaire, à l'intérieur du générateur de vapeur, avait été déformé. En effet, lorsqu’un tube présente des signes de fatigue, il est bouché pour empêcher qu’une fissure permette à l’eau du circuit primaire, radioactive, de rentrer dans le tube du circuit secondaire. « La rupture d’un des tubes du faisceau pourrait conduire à ce qu’une partie de l’eau primaire soit déversée hors du bâtiment réacteur », indique ainsi l’ASN.
Problème identifié : sous la pression, un «effet chaudière» bien connu des ingénieurs mécaniques a déformé le bouchon. Avec l’autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), EDF a dès lors fini par installer un bouchon provisoire, en mesure de tenir durant le cycle suivant de 18 mois en toute sécurité selon l’autorité de sûreté, en attendant de pouvoir apporter une solution définitive lors du prochain arrêt de maintenance.



Générateur de vapeur. Le générateur de vapeur est comparable à une grosse boîte fermée dans laquelle est envoyée l’eau du circuit primaire, chauffée à 320°C par l’action du combustible nucléaire. La haute pression (155bars) à laquelle l’eau primaire est soumise l’empêche de se transformer en vapeur. A l’intérieur du générateur de vapeur (GV), des milliers de petits tubes (3500 à 5600, constituant le faisceau tubulaire) contiennent de l’eau à pression ambiante : ces milliers de tubes étanches sont chauffés par le contact de l’eau primaire. Leur grand nombre permet de multiplier la surface d’échange. Dans les petits tubes, l’eau dite secondaire se transforme en vapeur et s’échappe par un gros tube qui alimentera la turbine. Mise en rotation par l’arrivée puissante de vapeur, la turbine entraîne un alternateur qui produit de l’électricité.  En circuit fermé, l’eau secondaire est plus loin refroidie par l’eau de la mer (la centrale de Flamanville est située sur la côte normande), et revient à l’état liquide dans le générateur de vapeur.





En savoir plus :
http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2010/Generateurs-de-vapeur-des-centrales-nucleaires



 

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