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4G, haut débit... "Méditel va investir 660 millions d'euros au Maroc en cinq ans", selon Michel Paulin

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En pleine ébullition, le marché des télécoms au Maroc l'est avec l'avènement de la 4G, la question du partage des infrastructures et le lancement prochain du Plan numérique. L'Usine Nouvelle Maroc a demandé à Michel Paulin, directeur de Méditel de situer les enjeux que doit relever la filiale à 40% d'Orange sur un marché partagé avec l'opérateur historique Maroc Telecom et la filiale de la SNI, holding de la famille royale, Inwi. Méditel compte investir 660 millions d'euros dans les 5 ans à venir pour se développer dans la 4G, l'ADSL ou les réseaux d'entreprises. Selon son DG, les dernières décisions d'ouverture à la concurrence voulues par le régulateur sont prometteuses.

4G, haut débit... Méditel va investir 660 millions d'euros au Maroc en cinq ans, selon Michel Paulin
Michel Paulin, directeur générale de méditel depuis mai 2013.
© meditel

L'Usine Nouvelle : Êtes-vous satisfait de l'acquisition récente de votre licence 4 G ?

Michel Paulin : Nous sommes satisfaits et contents d'avoir obtenu une licence que nous pensons être à un prix raisonnable. De plus, la licence A qui nous a été accordée fait partie de celles que nous voulions.

Selon l'ANRT le déploiement de la 4G serait disponible début 2016. Nous sommes sur ce calendrier. Nous attendons l'attribution officielle et sa gestion administrative qui passe par un certain nombre de décrets.

Un projet de décret qui doit être examiné en Conseil de gouvernement mentionne que les 3 opérateurs marocains ont 12 mois pour démarrer la commercialisation de la 4G. Etes-vous calé sur ce calendrier ?

Nous le sommes au même titre que les autres opérateurs.

A quels prestataires avez-vous fait appel pour déployer cette technologie ?

Nous avons lancé l'an dernier un programme de renouvellement de notre radio "4G Ready" avec la technologie Huawei qui s'étale sur deux ans. En parallèle, nous travaillons sur d'autres segments avec Alcatel Lucent, Ericsson ou ZTE.

Et en termes d'investissements ?

En 2014, nous nous sommes lancés dans un programme d’investissements pour les 5 prochaines années de 7 milliards de dirhams [660 millions d'euros]. Nous avons aussi lancé un plan d'accélération de l'investissement dans les technologies d'avenir avec le Ran-Renewal, mais également densifié la fibre dans notre réseau et fourni des prestations "Fiber to the home" (fibre optique jusqu'au domicile NDR) à nos clients.

Quels chantiers avez-vous lancé ?

La digitalisation par exemple en fait partie. Pour nous, le marché des télécoms est en révolution. Celle-ci annonce non pas la fin mais le déclin de la voix et l'explosion de la donnée. Nous sommes un acteur qui facilitons cette transition dans la mesure où nous donnons accès au très haut débit, à l'internet et à l'ensemble des moyens digitaux.

Comment avez-vous terminé l'année 2014 au niveau financier ?

Méditel a renoué avec une augmentation assez rapide de son chiffre d'affaires avec près de 7% de croissance et une amélioration de ses indicateurs financiers.

Lorsque vous êtes arrivé chez Méditel en mai 2013, l'entreprise perdait des parts de marché, quels étaient les points à traiter et quels résultats avez-vous obtenu ?

Nous avons essayé de placer Méditel dans la logique d'une marque renouvelée. C'est dans ce sens que nous avons lancé un "refresh" de notre marque avec des attributs de générosité, de confort et de proximité. L'important n'était pas l'urgence mais plutôt les axes sur lesquels nous voulions influer et transformer Méditel.

Quels étaient ces axes ?

En nombre, il y en avait quatre. Le premier était lié à la marque. Les mesures de la qualité montrent à ce niveau que nous avons réussi à dynamiser la marque Méditel. Le deuxième axe est rattaché à l'investissement et à la simplification de notre réseau qui sera dans quelques mois tout IP (Internet Protocol  ou protocole de communication de réseau informatique NDR). Le troisième axe nous a amené à changer radicalement l'ensemble de tous nos services aussi bien grand public qu'entreprise. A la base de notre démarche, simplicité et innovation pas seulement technique mais aussi sur le plan marketing ont été privilégiés.

Sur quels produits avez-vous été novateurs ?

Nous avons lancé plusieurs versions de l'offre "25 dirhams" qui ont plu aux clients et surpris le marché. Nous avons été les premiers à lancer le forfait "Hani", sans engagement et sans terminaux.

Et le quatrième axe ?

Il est essentiellement interne. Il a trait à la mobilisation de l'ensemble des compétences focalisées sur les besoins des clients pour faire la différence.

Ces clients présentent un niveau faible de revenu individuel (ARPU). Est-ce que ce fait peut constituer un frein au développement des télécommunications au Maroc ?

Ce que vous dites est partiellement vrai. Il faut faire dans ce domaine un benchmark par rapport au pouvoir d'achat. L'ARPU [Average Revenue Per Unit ou User ou chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé par une entreprise avec un client NDR] au Maroc se situe dans la moyenne des standards en Afrique, en Afrique du Nord et certains pays du Golfe. On ne peut le comparer par rapport aux pays européens mais par rapport au pouvoir d'achat.

Je vous rappelle qu'il y a 5 ou 6 ans, les prix pratiqués au Maroc étaient élevés avec un ARPU moyen situé plutôt dans la fourchette basse. En quelques années, les prix data à la minute ont fortement chuté. La concurrence a permis une augmentation des usages. Nous ne sommes pas encore à hauteur des pays du Golfe qui ont un usage beaucoup plus intensif des télécoms que ne le fait le Maroc mais le royaume a rattrapé néanmoins une partie de son retard avec des prix proches des niveaux pratiqués en Afrique du Nord.%%HORSTEXTE:3%%

Qu'est-ce qui vous permet de l'affirmer ?

Nous pensons que le consommateur marocain est avisé. Il utilise de plus en plus les nouvelles technologies. Il y a au Maroc 7 millions de comptes Facebook. Il y a aussi 16 millions de gens qui utilisent Internet soit à leur domicile soit par le mobile avec une utilisation régulière. Il y a encore 16% des marocains qui utilisent un smartphone.

Dans à trois ans, cette proportion sera à 50 %. Nous pensons que le marché marocain va continuer à croitre en usage et en particulier sur l’utilisation future de la donnée et des Smartphones. C'est cette guerre-là que nous essayons de gagner avec Méditel. Aujourd'hui, certes le niveau de l'ARPU reste faible mais la dynamique du marché est beaucoup plus intéressante.

Comment comptez-vous accompagner l'évolution du taux d'équipement en mobile au Maroc qui atteint les 140% ?

Sur ce chiffre, le smartphone ne représente que 16%. Les 140% concernent l'ensemble du mobile. L'estimation qu'en donne les cabinets indépendants est qu'en 2014, un mobile sur trois vendu au Maroc est un smartphone. Entre 2015 et 2016, un téléphone vendu sur deux sera un smartphone. On peut raisonnablement penser qu'en 2017, la moitié des mobiles utilisés au Maroc seront des smartphones.

La pénétration de l'internet mobile est en train de s'accélérer. Sur ce segment, nous étions parmi les premiers à lancer la 3G avec des offres pouvant associer voix et données dans la même recharge. Et depuis, les débits que nous avons constaté sur l'internet sur terminal ont été multiplié par 16 en moins d'un an. Nous avons adapté nos offres aux nouveaux usages des consommateurs. Nous restons attentifs à ce segment qui est le plus en croissance.

Selon l'ANRT, notre part de marché sur la donnée est largement supérieure à celle de la voix. Nous avons par conséquent été capables d'attirer plus de clients données que de clients voix dans les derniers mois. Ce qui est prometteur car c'est là que se trouve la croissance.

Au sujet de la boucle locale, la décision de l'ANRT nous parait prometteuse. On peut désormais procéder au dégroupage dans des conditions commerciales et techniques compétitives.

 

 

Quel est votre position concernant la question de partage des infrastructures et l'accès à la boucle locale sur le haut débit fixe ?

Votre question comprend trois sujets certes liés entre eux mais qu'il est important de commenter de manière différenciée. Le partage des infrastructures est pour nous un sujet extrêmement important. C'est une des conditions de la dynamisation du secteur. De par le monde, le partage des infrastructures est devenu une référence.

Nous sommes pour un partage des infrastructures entre tous les opérateurs. Nous avons aujourd'hui 300 sites partagés avec notre compétiteur Wana (Inwi NDR). Et nous avons construit ensemble 300 km de fibres l'an dernier. Nous partageons la bande passante, fibre et infrastructure avec cet opérateur.

Qu'avez-vous pensé de la décision de l'ANRT sur ce sujet ?

Nous sommes ravis que l'ANRT ait pris une décision qui permette de partager l'infrastructure avec l'opérateur historique. C'est une décision qui va dynamiser l'investissement et le très haut débit au Maroc. Nous avons investi 1,2 milliard de dirhams l'année dernière. Nous allons accélérer cet investissement dans les 5 prochaines années pour atteindre 7 milliards de dirhams (660 millions d'euros NDR). Nous sommes convaincus que le partage des infrastructures va permettre d'offrir plus rapidement au Maroc l'accès au très haut débit qui devient un atout de compétitivité.

Et au sujet de la boucle locale ?

La décision de l'ANRT nous parait prometteuse. On peut désormais procéder au dégroupage de la boucle locale dans des conditions commerciales et techniques compétitives. Les lignes restent encore théoriques. Nous sommes en train d'expérimenter l'opérationnalité qu'on peut réellement en tirer. C'est un moyen d'offrir au consommateur plus de choix. Dans l'ADSL et principalement le fixe résidentiel, le consommateur n'a pas le choix. La compétition dans le fixe permettra de dynamiser les prix, l'innovation et la qualité des services. Notre ambition est d'être capable de proposer des services sur tous ces segments quel que soit la boucle locale.

Comment se positionne méditel sur le fixe ?

Nous sommes un opérateur global de télécommunication et non de technologie. Il est normal pour méditel d'être capable d'offrir tout type de service quel que soit la technologie concernée qu'elle soit fixe, mobile, satellitaire ou wifi. Notre ambition est d'offrir des services de la maison au bureau et sur le trajet avec la meilleure qualité de service. Nous avons lancé tout récemment à Casablanca, dans un projet immobilier, la possibilité aux résidents de pouvoir bénéficier d'une infrastructure fibre très haut débit. Nous avons signé une convention avec le wali de Casablanca pour développer du très haut débit à travers les technologies wifi, radio et fixe. Des milliers d'entreprises bénéficient également du fixe pour être raccordées en fibre ou boucle locale fixe afin de bénéficier de l'internet, d'IP-VPN (réseau privé virtuel NDR) et de réseaux data mono et multi-sites.

Quel est votre avis sur le nouveau Plan numérique du Maroc ?

Je n'ai pas de visibilité aujourd'hui sur ce nouveau plan. Mais, tout ce qui favorise l'investissement et le très haut débit au Maroc va dans le bon sens. Permettre au pays de devenir un hub continental et proposer à toutes les entreprises qui veulent s'y implanter d'avoir une infrastructure télécom performante est un atout de compétitivité pour attirer les investissements étrangers.

Comment se positionne méditel sur le segment professionnel des entreprises ?

C'est un segment prioritaire pour nous. Nous avons sur ce segment la chance d'avoir de belles références avec des grandes institutions gouvernementales, financières, industrielles, et internationales à travers l'implémentation locale de grands groupes internationaux au Maroc. Nous pensons qu'il y a possibilité de dynamiser le marché de la donnée au-delà de la voix dans le domaine de l'entreprise qui utilise des technologies à débit faible comme l'ADSL. Le partage des infrastructures et de la boucle locale vont justement permettre une forte augmentation du débit moyen de raccordement des entreprises. Nous proposerons dans les prochains mois des offres innovantes pour dynamiser ce marché.

Dans le BtoB, l'offshoring est gros consommateur de services télécoms, comment l'accompagnez-vous ?

Nous sommes bien entendu intéressés par les opérations sur l'offshoring. Nous avons signé il y a quelques mois une convention avec le ministre (Moulay Hafid El Alamy, ministre de l'Industrie et de l'économie numérique NDR) pour offrir plus de compétitivité aux entreprises de ce secteur avec des baisses de prix qui ont été mises en œuvre. Les rapports de l'ANRT montrent que le Maroc est le pays qui a connu les plus grandes baisses des prix des télécoms de la région depuis deux ans.

La presse marocaine a fait l'écho de relations tendues entre BMCE et Orange, votre premier actionnaire. Qu'en est-il exactement ?

Méditel ne participe pas aux négociations entre actionnaires. Je ne peux par conséquent pas commenter ce qui relève davantage de l'interprétation que des faits.

Quelles relations entretenez-vous alors avec votre actionnariat ?

Nous avons déjà des relations techniques et commerciales fortes non exclusives. Nous avons la chance de pouvoir bénéficier des expertises d'un groupe international de référence comme Orange et qui nous permet aujourd'hui d'avoir accès à ce qui se fait de mieux en matière de télécoms en Europe et en Afrique. Nous avons aussi un actionnaire privé Finances Com (dont la BMCE est filiale NDR) et une institution publique, la CDG. Chacun des actionnaires nous permet d'avoir plus de capacité d'innovation et je l'espère de croissance.

Quels bénéfices la bannière Orange Maroc pourrait-elle vous apporter ?

Concernant la marque, la décision sera prise par les actionnaires sur recommandations du management. Si cela offre un intérêt sur le marché marocain pour Méditel de changer de marque, nous le ferons. Nous avons décidé en mai 2013, de redynamiser la marque. Je pense que changer une marque est une autre perspective et en son temps si c'est nécessaire nous le ferions et en tous cas, nous le regarderions.

Pour 2015, quelles priorités avez-vous ?

2015 ressemblera à 2014. Il nous faut continuer à développer méditel. Nous travaillons pour anticiper les usages que font les marocains en particulier dans le domaine de la data de façon à être précurseurs. Nous axons beaucoup notre travail sur la simplification et la digitalisation de l'ensemble des actes de gestion. Nous avons pour ambition de permettre aux marocains de gérer leurs télécoms avec leur smartphone de manière extrêmement simple.

Propos recueillis par Nasser Djama

 

Quels sont les enjeux d'apps challenge, programme lancé par Méditel ?

Michel Paulin : Il s'agit d'une initiative qui part du contexte selon lequel l'essentiel du contenu que les marocaines et les marocains voient et utilisent est étranger. Si vous regardez le profil d'utilisation d'internet au Maroc l'essentiel est malheureusement américain. Méditel a en ce sens une responsabilité et doit favoriser des initiatives marocaines. Nous sommes un acteur majeur dans la promotion de la musique marocaine et nous favorisons, même on-line une musique marocaine qu'elle soit traditionnelle ou moderne.
On s'est posé la question comment favoriser du contenu local à partir d'initiatives locales. Nous avons créé un challenge pour primer les meilleures initiatives d'applicatifs tournés autour de l'identité marocaine. Nous nous sommes demandé ce qui peut être utilisé comme outil de diffusion. Nous avons choisi le smartphone. Au-delà de l'aspect concours, l'ambition est un peu plus vaste. Nous avons réuni l'an dernier des développeurs d'application dans les universités et les grandes écoles marocaines. Nous les avons briefés avec des séances d'information, de coaching et d'aide au développement. Ils ont appris à faire un business plan et se faire référencer sur les grands sites internationaux. Nous essayons de favoriser l'émergence d'un écosystème qui va développer du contenu local. Un de nos défis ? Avoir des applications qui facilitent le quotidien des marocains.

 

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