Quotidien des Usines

4 600 postes supprimés et six usines touchées en France chez Renault, le technocentre de Guyancourt réorganisé

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Publié le , mis à jour le 29/05/2020 À 09H12

Le groupe automobile français Renault a dévoilé son vaste plan de restructuration. Il prévoit de supprimer 15 000 postes à travers le monde, dont 4 600 en France, s’interroge sur l’avenir de plusieurs usines dans l’Hexagone, dont trois semblent menacées, et prévoit aussi une réorganisation de son premier site de R&D, à Guyancourt (Yvelines).

4 600 postes supprimés et six usines touchées en France chez Renault, le technocentre de Guyancourt réorganisé
Renault étudie notamment la fin de l'assemblage de véhicules dans les usines de Flins (Yvelines, en photo) et de Maubeuge (Nord).
© Antoine La Rocca

Les entreprises citées

Le constructeur automobile français Renault a annoncé jeudi 28 mai à ses syndicats qu'il prévoyait de supprimer 15 000 postes à travers le monde, dont 4 600 en France, dans le cadre d'un plan d'économies de plus de deux milliards d'euros sur trois ans qui passera par une restructuration de son ingénierie et de son outil de production. Il a détaillé ce plan dans un communiqué publié le 29 mai au matin.

En France, ce plan "s’organiserait autour de pôles d’activités stratégiques d’avenir: les véhicules électriques, les véhicules utilitaires, l’économie circulaire et l’innovation à forte valeur ajoutée. Ces grands pôles d’excellence régionaux basés en France constitueraient le cœur de la reconquête du groupe", annonce Renault. A l'usine de Flins et au technocentre de Guyancourt (Yvelines), son premier centre de recherche et développement, "le groupe réorganiserait ses activités", aucune précision n'étant apportée concernant ce dernier.

Un tel plan représente une réduction d'un peu moins de 10% des effectifs du groupe au losange, qui se montaient l'an dernier à 180 000 personnes dans le monde et à 48 500 personnes dans l'Hexagone. Le "projet d’ajustement des effectifs s’appuierait sur des mesures de reconversion, de mobilité interne et des départs volontaires", précise Renault. "Ça se fera via des départs naturels et volontaires", a déclaré à Reuters Franck Daout, représentant CFDT, à l'issue d'un Comité de groupe puis d'un CSE central extraordinaire. "Et la direction a bien insisté sur le fait que tout allait être négocié avec les pouvoirs publics et les organisations syndicales."

Le constructeur, qui a accusé en 2019 ses premières pertes annuelles en dix ans, doit présenter vendredi 29 mai aux analystes financiers et à la presse son plan d'économies de plus de deux milliards d'euros, dans le cadre d'une conférence à suivre en direct en vidéo ici. "Le coût estimé de la mise en œuvre de ce plan est de l’ordre de 1,2 milliard d’euros", précise-t-il par ailleurs. Le constructeur, qui souffre de surcapacités de production, a vu ses difficultés empirer avec la crise liée à la pandémie de Covid-19.

Retrouvez ici notre dossier complet consacré à l'avenir et aux enjeux du groupe Renault

L’avenir de plusieurs sites en question

Outre les réductions d'effectifs envisagées, Renault étudie la fermeture de son site de recyclage mécanique de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), la fin de l'assemblage de véhicules dans les usines de Flins (Yvelines) et de Maubeuge (Nord), réfléchit à l'avenir du site de l'Alpine à Dieppe (Seine-Maritime) et à une cession de la Fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan), ont déclaré deux sources proches du groupe.

Selon le communiqué officiel de Renault, "Renault lance une concertation pour étudier à partir des usines de Douai et de Maubeuge la création d’un pôle d’excellence optimisé des véhicules électriques et utilitaires légers dans le nord de la France. Réflexion ouverte sur la reconversion de l’usine de Dieppe, à la fin de la production de l’Alpine A110. A Flins, la création d’un écosystème d’économie circulaire sur le site, incluant le transfert des activités de Choisy-le-Roi. En ce qui concerne la Fonderie de Bretagne, Renault lance une revue stratégique."

A Caudan (Morbihan), sur le site qui emploie 370 personnes, les rares annonces faites au CSE ont été accueillies avec frustration et colère. "Ce qu'on veut, c'est rester dans le groupe Renault", a déclaré Mael Le Goff, délégué syndical CGT de la fonderie. "L'outil de production est neuf, les pouvoirs publics ont participé à la reconstruction de l'entreprise aussi et mettent la main à la poche depuis plus de dix ans. Donc nous, un repreneur, non."

"Dans un contexte fait d’incertitudes et de complexité, ce projet est vital pour garantir une performance solide et durable, avec comme priorité la satisfaction de nos clients, justifie pour sa part Clotilde Delbos, la directrice générale de Renault par intérim, dans le communiqué du groupe. En tirant parti de nos nombreux atouts comme le véhicule électrique, en capitalisant sur les ressources et technologies du Groupe Renault et de l’Alliance, en réduisant la complexité de développement et de production de nos véhicules, nous voulons générer des économies d’échelle dans le but de rétablir notre rentabilité globale et d’assurer notre développement en France et à l’international. Ce projet doit permettre à terme d’envisager l’avenir avec confiance".

En présentant le plan pour la filière automobile française, le président Emmanuel Macron avait réclamé mardi 26 mai "des garanties" pour l'avenir des salariés. Il avait mis la pression sur Renault en avertissant qu'un prêt garanti par l'Etat de 5 milliards d'euros ne serait pas signé avant la tenue de discussions début juin. Car l’Etat français reste le premier actionnaire du groupe, dont il détient 15% du capital.

Menace pour les sous-traitants dans l’ingénierie

Dans l'ingénierie, Renault envisage également de réduire drastiquement le nombre de sous-traitants avec lesquels il conçoit ses véhicules, en ramenant à quatre ou cinq les grands prestataires généralistes pour l'ingénierie des produits. Globalement, il prévoit "l'amélioration de l’efficacité et réduction des coûts de l’ingénierie, en bénéficiant des acquis renforcés de l’Alliance pour environ 800 millions d'euros", selon son communiqué. Mercredi 27 mai, l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a ainsi dévoilé une stratégie de mutualisation accrue de ses programmes afin que l'efficacité prime désormais sur les volumes, tournant ainsi le dos à la stratégie d'expansion à marche forcée de Carlos Ghosn.

Renault prévoit également une optimisation de l’appareil industriel pour environ 650 millions d'euros. Au programme, outre les projets concernant les sites industriels en France : "accélération de la transformation des usines par la généralisation des outils de l’industrie 4.0, l'amélioration des process dans les nouveaux projets d’ingénierie : accélérer la digitalisation et le « design to process »". Les projets d'extension et les investissements prévus au Maroc et en Roumanie seront également suspendus, et le plan de restructuration entraînera en tout une réduction de la capacité de production de 4 millions en 2019 à 3,3 millions de véhicules dans le monde d'ici à 2024.

Renault espère également une efficience accrue des fonctions supports pour environ 700 millions d'euros, via un "recentrage sur le cœur d’activité du groupe", avec notamment "le transfert de la participation de Groupe Renault dans Dongfeng Renault Automotive Company Ltd (DRAC) en Chine à Dongfeng Motor Corporation et l’arrêt des activités de véhicules particuliers thermiques sous marque Renault sur le marché chinois".

 

Avec Reuters (Gilles Guillaume et Sarah White, avec Caroline Paillez à Caudan (Morbihan), édité par Nicolas Delame et Henri-Pierre André)

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