240 salariés actionnaires d'Areva portent plainte pour "fausse information"

Encouragés à acheter des actions de leur entreprise en 2013, des salariés d’Areva portent plainte pour "fausse information", alors que les mauvais résultats financiers du groupe, connus quelques mois après cette opération, ont entraîné un écroulement de la valeur de leurs actions.

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Guilhem Vellut_Flickr_CC.

De nombreux salariés d’Areva se mordent les doigts d’avoir acheté des actions de leur entreprise en mai 2013, lorsque leur employeur le leur a proposé. Ils sont désormais près de 240 à avoir déposé plainte contre X, fin novembre, auprès du parquet de Nanterre, pour "délit de fausse information". Accompagnés par le syndicat du nucléaire (SNNUC) de la CFE-CGC, qui avait lui-même déposé plainte quelques semaines plus tôt, ils estiment que leur direction leur a caché les mauvais résultats du groupe, pour les inciter à acheter des actions.

Entre le 16 et le 31 mai 2013, 14670 salariés, préretraités et retraités d’Areva, français essentiellement, mais aussi allemands ou américains, ont acheté pour 29 millions d’euros d’actions Areva.

Ils détiennent aujourd’hui 1,2% du capital du groupe. Mais depuis, Areva a annoncé une perte record de 4,8 milliards d’euros pour 2014 et un plan de restructuration qui se traduit par 6000 suppressions de postes dans le monde, dont 2700 en France. L’action vendue à l’origine près de 12 euros a perdu, depuis, quasiment la moitié de sa valeur.

Les difficultés du groupe connues quelques mois plus tard

La justice devra évaluer si les informations communiquées par la direction en mai à ses futurs salariés actionnaires étaient conformes à la situation d’alors du groupe, ou si certains points ont été volontairement cachés. "Ce qui nous a très vite inquiétés, c’est que dès l’été 2013, quelques semaines à peine près la période de souscription, nous avons appris les difficultés financières du groupe", raconte le coordinateur de la CFE-CGC d’Areva, Cyrille Vincent.

"Comment la direction pouvait-elle ne pas être au courant dès le mois de mai ? Or elle a été très insistante pour que les salariés achètent des actions, organisant de multiples réunions, sur tous les sites, demandant à l’encadrement de s’investir pour convaincre les équipes." Pour l’avocat des salariés et de la CFE-CGC, Me Cyril Cambon, "le lien de subordination des salariés à leur employeur a pu influer sur leur décision d’acheter des actions".

Parmi les plaignants, on trouve toutes les catégories de salariés, ouvriers, techniciens et cadres, et "même un directeur d’usine", précise l’avocat. Les plaintes viennent de tous les sites du groupe, et de nouvelles arrivent toutes les semaines sur le bureau du procureur de Nanterre.

Certains salariés ont investi jusqu’à 30 000 euros de leurs économies personnelles, d’autres acheté à peine quelques actions. "Ils se battent pour le principe, parce qu’ils ont l’impression de s’être fait abuser par leur employeur, analyse Me Cambon. Nous sommes loin de la prise de risque liée à tout achat d’actions."

C'est pourtant l'argument utilisé par la direction du groupe. Selon elle, "les salariés ont été informés qu'il existait un risque de perte en capital inhérent à tout achat et à la détention d'actions". Le groupe affirme s'être "conformé aux obligations légales en termes de communication financière", mais dit comprendre que "face à la situation actuelle d’Areva, qui impacte le cours de l’action du groupe, (...) certains salariés actionnaires expriment leur déception".

Le parquet de Nanterre devra dire dans les mois qui viennent s’il juge les plaintes recevables. L’enquête pourra alors commencer et les documents fournis - ou non - aux salariés par la direction être épluchés par un juge d’instruction.

L'action des salariés pourrait peut-être être jointe à celle d'un "petit actionnaire" d'Areva, qui a déposé plainte, en mars, devant le parquet financier de Paris pour "diffusion d'informations fausses ou trompeuses, faux et usage de faux", en s’appuyant sur un rapport de la Cour des comptes consacré à Areva et en particulier à son rachat d’Uramin.

A lire aussi Enquête de l’Usine Nouvelle sur la situation d’Areva

Cécile Maillard Journaliste relations sociales / régions / biens de consommation

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