2014, l’année d’Ariane 6

L’Europe décidera en décembre prochain de l’avenir d’Ariane. Les premiers succès du concurrent américain SpaceX devraient favoriser le choix d’une version low-cost du lanceur européen.

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2014, l’année d’Ariane 6

L’année ne fait que démarrer mais tous les acteurs du secteur spatial ont déjà les yeux rivés sur décembre, date à laquelle va se tenir au Luxembourg la prochaine "ministérielle", la réunion des ministres européens en charge de l’espace. Ils décideront du futur d’Ariane et préciseront quelle version privilégier : Ariane 6, sa version low-cost et capable de lancer un seul satellite à la fois ou Ariane 5ME une version optimisée capable d’emporter 12 tonnes de charge utile contre 10 actuellement. A moins que faute de consensus, ils ne tergiversent comme en 2012 à Naples en décidant de poursuivre les développements sur les deux versions.

Au Luxembourg, la France va clairement défendre le projet Ariane 6. A entendre Jean-Yves Le Gall, président du CNES, c’est une évidence. En décembre dernier, lors de la visite de François Hollande au centre spatial guyanais, le président du CNES avait d’ailleurs survolé avec le président de la République l’endroit où devrait être construit le futur pas de tir d’Ariane 6. De fait, le dossier est bien avancé. Tout d’abord, le design et le coût du lanceur sont arrêtés. Avec ses quatre moteurs à poudre identiques, la filière industrielle pourra bénéficier des économies apportées par la production en série. "On pourrait produire jusqu’à 60 propulseurs avec une cadence de 15 lancements par an. C’est l’ADN d’Ariane 6 qui va garantir que le lanceur sera compétitif !", se félicite le dirigeant. De quoi baisser le coût du tir de 30% à environ 70 millions d’euros.

"Se projeter à l'horizon de la prochaine décennie"

Ensuite, la conception du pas de tir du lanceur est également bien avancée. "En termes de volume de travaux, le pas de tir d’Ariane 6, c’est à peu près trois fois le pas de tir construit en Guyane pour Soyouz", précise Jean-Yves Le Gall. L’installation sera même équipée d’un portique mobile qui permettra d’apporter les modifications de dernière minute soit sur le lanceur soit sur les satellites embarqués sans avoir à déplacer la fusée et gagner ainsi de précieuses journées.

Reste le plus délicat : mettre en place une nouvelle organisation industrielle. L’agence spatiale européenne (ESA) a lancé un vaste appel à propositions auprès de tous les acteurs de la filière spatiale pour optimiser la production d’Ariane. "Elle est actuellement éclatée sur de nombreux sites industriels en Europe. Il faut un modèle plus resserré autour de quelques acteurs", préconise Jean-Yves Le Gall. Selon lui, les industriels, auparavant très favorables à Ariane 5ME, soutiendraient avec enthousiasme Ariane 6. "Il y a un grand enthousiasme de la part des industriels d’Ariane 5. Ils ont compris qu’il fallait évoluer et se projeter à l’horizon de la prochaine décennie", indique le patron du CNES.

Surtout, depuis la précédente ministérielle de Naples, le contexte concurrentiel a dramatiquement changé. Le concurrent SpaceX, qui facture ses lancements à 55 millions de dollars, a montré qu’il était prêt à en découdre avec Ariane. Sa fusée Falcon 9 a lancé avec succès son premier satellite commercial en décembre dernier, suivi d'un deuxième le 6 janvier 2014. De quoi faire réagir toute la filière européenne. En mars, l’ESA mettra sur la table un dossier avec une proposition d’organisation industrielle précise. Désormais le temps presse pour les Européens.

Hassan Meddah

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