2012, échéance clé pour la note AAA de la France

par Véronique Tison

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PARIS (Reuters) - Le label AAA de la dette souveraine de la France n'est pas menacé dans l'immédiat mais les agences de notation surveilleront avec attention l'élection présidentielle de 2012, estiment des économistes.

Le déclassement de la note de l'Espagne par l'agence Fitch vendredi puis un mot malheureux du ministre français du Budget François Baroin, qualifiant de "tendu" l'objectif du maintien de la note française, ont ravivé des conjectures sur un éventuel abaissement mais les experts n'y croient pas.

"C'est peu probable", assure Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management.

L'abaissement des notes de l'Espagne et de la Grèce a été causé, selon lui, par des changements de modèle économique : le boom de l'économie espagnole avant crise et son excédent budgétaire tenaient uniquement au secteur de la construction, aujourd'hui sinistré ; en Grèce, la croissance était quant à elle financée par le déficit public.

"En France on a eu une augmentation des déficits publics mais pas de changement de régime, pas de rupture du modèle économique", explique-t-il. "Ce qui ne nous épargne pas la mise en place d'une stratégie de réduction des déficits publics..."

Pour Marc Touati, de Global Equities, la France est à l'abri grâce à son statut de deuxième puissance de la zone euro. Un abaissement de sa note, qui entraînerait une hausse des taux et compliquerait de fait le refinancement de sa dette, aurait de dangereuses conséquences pour toute la région, argue-t-il.

"Mais depuis presque une dizaine d'années on sait que la France ne mérite pas sa note AAA si on a une vision très rigoureuse des critères de notation", remarque-t-il.

DEUX ÉCHÉANCES MAJEURES

Avec un déficit public représentant en moyenne 3,8% du PIB entre 2002 et 2009, la France affiche la troisième plus mauvaise performance de la zone euro derrière la Grèce et le Portugal, rappelle Marc Touati. Et les dépenses de fonctionnement des administrations publiques y ont augmenté de 3,5% en moyenne sur cette période, le double de l'inflation.

"Si on les avait ne serait-ce que stabilisées, cela aurait représenté une économie de 87,5 milliards entre 2002 et 2009", calcule-t-il.

Mais s'il juge la France à l'abri à court terme, l'économiste de Global Equities voit se profiler deux échéances majeures sur le moyen terme : la réforme des retraites et, surtout, l'élection de 2012.

"Les agences de notation ne vont pas vouloir s'immiscer dans le débat politique français en dégradant la note avant 2012", explique-t-il. "Mais si jamais en 2012 le président ou la présidente engage de nouveau un laxisme budgétaire, c'est clair que le triple A sautera tout de suite. En quelque sorte on a un sursis de deux ans, le temps de voir ce que vont donner tous ces efforts qu'on annonce aujourd'hui et la réforme des retraites".

Le gouvernement s'est engagé à ramener le déficit public de 8,0% du PIB cette année à 3,0% en 2013 au prix d'un effort jamais consenti depuis l'après-guerre et qui passera par un gel des dépenses publiques hors inflation.

Il prévoit de réduire de 10% des dépenses d'intervention et de fonctionnement en 2010-2013 et de supprimer pour cinq milliards d'euros de niches fiscales et sociales sur deux ans.

Au total, ce sont 100 milliards d'euros d'économies qu'il faudrait réaliser d'ici 2013 pour revenir à 3%, ce que nombre d'économistes jugent difficile à réaliser d'autant que le programme de stabilité repose sur une prévision de croissance de 2,5% à partir de 2011 - considérée comme très optimiste.

EFFETS D'ANNONCE ?

Or, si les agences de notation reconnaissent toutes la situation macro-économique plutôt favorable de la France, elles s'inquiètent de son incapacité structurelle depuis 1975 à s'approcher de l'équilibre budgétaire.

Fin mai, l'agence Fitch a estimé que seule la mise en place effective d'un programme d'ajustement des finances publiques améliorerait la solidité de sa note AAA.

En mars, Moody's réclamait un plan crédible de réduction des dépenses en jugeant que, des quatre grands pays - Royaume-Uni, France, États-Unis et Allemagne - détenteurs de la meilleure note de crédit, la France apparaissait comme le moins solide.

Et Standard & Poor's, dans une note de 2009, regrettait les "efforts insuffisants" de consolidation budgétaire en France et exprimait la crainte que des "considérations politiques" liées à l'échéance de 2012 viennent brouiller la situation.

Philippe Waechter, l'économiste de Natixis AM, est dubitatif sur les "effets d'annonce" du gouvernement mais voudrait voir un effort commun des pays européens sur une plus longue période.

"Tout le monde se retrouve dans une configuration de finances publiques dégradées et de ce fait il va falloir énoncer des stratégies de rééquilibrage des finances publiques qui soient crédibles pour que les marchés y croient et n'attachent pas à chaque Etat des primes de risques excessives", dit-il.

"On n'est pas très crédibles en termes d'assainissement des finances publiques, c'est cela le vrai enjeu", renchérit Marc Touati. "Il est indispensable d'assainir les dépenses publiques mais en réduisant les dépenses, pas en faisant de la rigueur qui risquerait de casser la croissance".

Edité par Yves Clarisse

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