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L'Usine Aéro

20 millions d’euros pour l’Onera, c'est bien mais encore insuffisant

Olivier James , , , ,

Publié le

Le ministère de la Défense va financer les travaux pour juguler l’affaissement de la grande soufflerie de l’Onera à Modane (Savoie). Dans une situation financière délicate, l’organisme de recherche est loin d’être tiré d’affaires.

"C’est une bonne nouvelle, nous sommes ravis". En interne, l’annonce mercredi 2 mars du déblocage d’une enveloppe de 20 millions d’euros par le ministre de la Défense lui-même, Jean-Yves Le Drian, a soulagé les équipes de l’Office national d'études et de recherches aérospatiales (Onera).

Objectif : lancer d’urgence des travaux pour consolider la soufflerie S1, située sur le site historique à Modane-Avrieux (Savoie), qui souffre d’un affaissement cumulé de 75 mm. Il y avait péril en la demeure.

"La situation de la soufflerie s’était aggravée brutalement en 2009, puis en 2015 au point de devenir critique, le risque était grand de voir les structures de génie civil s’effondrer", précise l’Onera dans un communiqué.

Avec la subvention allouée par la Direction générale de l’armement (DGA), qui exerce la tutelle de l’Onera, l’organisme va pouvoir lancer des travaux d’ampleur qui vont s’étaler sur quatre ans : création d’un socle de béton de 18 000 m3 pour combler des vides en profondeur, puis installation de 280 colonnes de 25 mètres de haut entre ce socle et une dalle unique, elle-même reliée aux fondations déjà existantes par plus de 2000 ancrages en acier.

Des équipements qui doivent être modernisés

Un chantier titanesque à la hauteur de l’importance de ce site. Car le trop discret organisme de recherche fait partie des joyaux de l’aéronautique française. Grâce à ses souffleries – dont les plus importantes se trouvent à Modane – et ses équipements répartis dans ses huit centres de recherche, l’Onera est le passage obligé pour tout développement de nouveaux appareils, moteurs et autres pièces aéronautiques. Un rouage central, mais peu visible, qui a permis aux grands industriels que sont Airbus, Safran et Dassault, pour ne citer que les plus connus, de se frayer une place dans la compétition mondiale.

Las, le modèle de l’Onera s’essouffle. Et les 20 millions d’euros débloqué ne sont qu’une goutte dans un océan de besoins financiers : en novembre 2014, le pdg de l’organisme, Bruno Sainjon, appelait l’Etat à la rescousse et demandait un plan de soutien, dénommé ATP France, de 218 millions d’euros sur onze ans afin de moderniser huit de ses douze grandes souffleries. Leur vétusté devient critique. Alors que les grands programmes aéronautiques récents (A380, A350, A400M…) ont quitté la case développement pour celle de la production, l’Onera est confronté à une baisse des contrats : dans l’aviation civile, leur volume est passé de 23,7 millions d’euros en 2008 à 0,3 million d’euros en 2014.

Une baisse des effectifs

L’organisme fait aussi face à une diminution de ses subventions publiques. Certes, le ministère de la Défense réagit enfin et devrait sauver l’outil le plus précieux de l’Onera, mais il a semblé ces dernières années quelque peu délaisser l’organisme.

Selon les syndicats, les subventions du ministère de la Défense seraient passées de 123,3 millions d’euros en 2007 à 109,7 millions d’euros en 2012 puis 96,4 millions d’euros en 2014. Leur niveau a toutefois été relevé à 105 millions d’euros en 2015, identique à celui qui vient d’être voté pour 2016.

La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) n’a plus envoyé de subventions depuis 2011. Qui plus est, la Cour des Comptes a publié en septembre dernier un document à charge sur certains dysfonctionnements dans l’organisme. Inquiets, les syndicats (CFDT, CFE CGC, CFTC et CGT) avaient alerté sur la situation financière délicate en décembre 2015.

Et en ce début d’année, ils ne sont guère plus rassurés. "Le budget pour l’année 2016, qui a été voté il y a deux semaines, est en déficit d'environ 5 millions d’euros, assure Gilles Marcon, délégué syndical central CFDT. Cette année, nous nous attendons à une baisse des effectifs de cinquante personnes en raison du non remplacement de certains départs. Les problèmes budgétaires auront des conséquences sur le niveau d’investissement dans nos équipements et nos capacités à innover".

En 2015, le budget devrait se situer "légèrement au-dessus de l'équilibre", selon le syndicaliste. Les chiffres officiels seront publiés par l'Onera dans son rapport annuel à la mi-mars. Les équipes de l’Onera devraient en savoir plus sur les moyens dont ils disposeront avec la signature du COP (Contrat d'Objectifs et de Performances), qui devrait intervenir avant l’été prochain.

Olivier James

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2 commentaires

Nom profil

12/03/2016 - 12h15 -

Allons-nous nous passer d'un centre de recherche en aéronautique, sous prétexte d'économies de bouts de ficelle, à l'heure où nos voisins allemands investissent gros pour capturer ce savoir-faire?

La preuve:
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/allemagne/article/ouverture-d-un-centre-de-recherche-en-aeronautique-a-hambourg

Ou l'on voit qu'il existe même, en Allemagne, une "association pour le soutien de la recherche appliquée en aéronautique", indépendante de la DLR (= Onera allemande)
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Nom profil

09/03/2016 - 22h47 -

L'Onera est une bonne "boutique", qui tourne quasi - toute seule depuis 1945 et a rendu de (très) grands services.
La grande soufflerie ne nous a pas coûté tant que cela jusqu'ici...
Pour la petite comme la Grande Histoire, elle a été récupérée en 1945 par les soins de nos services spéciaux (à la barbe des américains, mois rapides sur ce coup-ci), alors qu'elle était en construction en Autriche, pour expérimenter les présumés futurs développements de jets Allemands...
A grand renfort d'ingéniosité et de débrouillardise (il manquait de gros éléments), comme nous savons le faire, elle devint le support de conception de toute l'aéronautique française, puis européenne.
"Onera ... Où tu voudras, quand tu voudras" (J.Dassin)
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