110 cancérologues interpellent les industriels du médicament sur les prix des traitements contre le cancer

L'explosion du prix des traitements contre le cancer est-elle justifiée ? C'est la question que se posent 110 médecins dans une tribune publiée ce 15 mars. Décryptage. 

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Malheureusement le sujet n'a pas émergé avec l'appel des 110 cancérologues dans Le Figaro, s'insurgeant contre l'explosion du prix des traitements contre le cancer. Le signal d'alarme avait déjà été tiré aux Etats-Unis. Une centaine d'oncologues américains s'étaient interrogés sur la multiplication par 10, depuis 2010, des prix des anticancéreux. Et en France, l'Institut national du cancer (Inca) a remonter le problème il y a quelques mois aux oreilles des Institutions. "Nous les avons déjà alertés quant au risque fort qui pèse sur le progrès thérapeutique et fait des propositions pour un sujet qui ne peut se traiter qu’au niveau international", rappelle Thierry Breton, directeur général de l'Inca.

Un prix juste, un système d'arbitrage plus transparent

Ce 15 mars, Dominique Maraninchi et Jean-Paul Vernant prennent la relève et lancent un appel signé par 110 médecins. Ils avancent quatre propositions pour lutter contre ce "coût exorbitant" des médicaments. En premier lieu, définir un juste prix pour les médicaments du cancer. Il s'agirait ensuite de rendre le système d'arbitrage des prix plus démocratique et transparent.

Les signataires de cet appel suggèrent aussi que ne soient plus acceptées les extensions de durée des brevets que la rapidité du développement des nouvelles thérapeutiques ne justifie pas. Dernière revendication, et pas des moindres : "autoriser, comme cela existe déjà pour les traitements du sida et des infections opportunistes, l'utilisation de licences obligatoires pour les pays en développement, qui leur permettent la production et l'utilisation de génériques avant même que les brevets ne tombent dans le domaine public".

Le syndicat des entreprises du médicament a réagi dans la foulée, justifiant : "les nouveaux traitements du cancer permettent de mieux identifier les patients répondeurs par l’utilisation de biomarqueurs compagnons ou encore s’adressent à des populations de plus en plus ciblées en vue d’un meilleur usage."

ne pas faire de la cible définitive un critère pour fixer les prix

Pourtant, interrogé par L'Usine Nouvelle, le directeur général de l'Inca invalide cet argument. "Les laboratoires développent des molécules de plus en plus ciblées, adaptées à la tumeur du patient. Au départ, cette molécule va donc traiter un nombre restreint de patients mais elles pourront être utilisées ultérieurement pour d'autres tumeurs, d'autres localisations et d'autres patients, beaucoup plus nombreux. On ne peut donc pas faire de la cible initiale un critère pour fixer le prix du médicament", insiste Thierry Breton.

Et de citer en exemple : il fallait dépenser en 2004, 50 000 dollars pour augmenter l'espérance de vie de 5 mois. Aujourd'hui, il faut débourser 120 000 dollars pour 4 mois d'espérance de vie. "Si l'on fait un raccourci et que l'on résume, ce qui est en question ici, c’est de savoir comment obtenir un prix en rapport avec les coûts et avec le progrès thérapeutique apporté", interpelle Thierry Breton. D'où la nécessite de comparer le surcoût de l'innovation par rapport à la survie et de fournir des explications sur l'explosion du prix de l'innovation par rapport à la baisse de l'espérance de vie associée. Et en creux, questionner les laboratoires sur les mécanismes de fixation des prix.

Par exemple, savoir pourquoi il existe de telles disparités de prix pour un même médicament entre différents pays ? "La cure de Sofosbuvir coûte l’équivalent de 67 000 dollars aux USA, 41 000 euros en France, l’équivalent de 4 000 euros en Thaïlande et de 700 euros en Egypte. Ainsi, le prix est déterminé par ce que le marché intérieur peut tolérer. Ces prix sont totalement déconnectés des dépenses engagées par les industriels du médicament. Ces prix sont injustifiables, injustes et nous ne pouvons pas l’accepter", s'insurge dans un communiqué le professeur Jacqueline Godet, présidente de la Ligue contre le cancer.

Comparer ce qui est comparable

Le Leem se défend en avançant qu'il n'est pas pertinent de comparer le système français (à prix administrés) avec le système américain (à prix libres). En France, le prix d’un nouveau médicament est aujourd’hui fixé par l’Etat, via le Comité Economique des Produits de Santé, sur la base de la valeur thérapeutique et de l’efficience qu’il apporte par rapport aux traitements déjà existants. Aux Etats-Unis, le laboratoire peut décider seul d'augmenter le prix de son médicament. C'est ce que s'est passé récemment avec le Daraprim de la société Turing.

Dans leur appel, Dominique Maraninchi et Jean-Paul Vernant évoquent aussi le cas du Glivec, utilisé notamment dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique. Selon des calculs faits par le New York Times en dollars constants de 2014, son prix est passé de 4500 dollars par mois en 2001 à 8400 dollars en 2015, "alors que le retour sur investissement de ce produit est fait, largement, depuis longtemps", relate l'appel des 110 cancérologues.

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