L'Usine Santé

11 septembre : le CEA aide l’industrie contre le bioterrorisme

Gaëlle Fleitour ,

Publié le

L'effondrement des deux tours du World Trade Center il y a dix ans a ravivé la question du risque terroriste. Pour faire face aux menaces nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques, l’Etat français a confié au CEA un programme de R&D. Dans l’espoir qu’il débouche ensuite sur des transferts vers l’industrie.

11 septembre : le CEA aide l’industrie contre le bioterrorisme © D.R.

Auparavant cantonnées aux scénarios de films de science-fiction, les menaces de type nucléaire, radiologique, biologique ou chimique ont pris un tout autre sens il y a dix ans… "L’ampleur des attentats du 11 septembre, couplée à l’attaque au charbon (anthrax) – des événements qui n’étaient cependant pas liés -, ont fait prendre conscience aux Etats occidentaux que ce risque existait largement, remarque Daniel Gillet, de la direction des sciences du vivant du CEA. Par ailleurs, les spécialistes du renseignement nous disent que des groupes terroristes s’intéressent à des agents non conventionnels autres que les explosifs." Ainsi, le gouvernement américain estimerait que la branche d'Al-Qaïda basée au Yémen cherche à acquérir des bombes contenant de la ricine, agent biologique très toxique.

Résultat, ces dernières années, plusieurs pays, en particulier les Etats-Unis, ont investi dans la lutte contre le bioterrorisme. En France, un programme interministériel de R&D contre les risques NRBC/E (nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques et explosifs) a été confié au CEA en 2005, à la demande du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), une structure interministérielle qui coordonne l’action de l’Etat en matière de sécurité.

L’objectif de ce programme : produire des solutions transférables vers l’industrie pour fournir des ressources en détection, diagnostic, thérapeutiques et de décontamination aux opérateurs publics. Mais il est également doté d’une autre mission : "développer des méthodes, notamment dans le diagnostic ou la détection, qui peuvent ne pas avoir de valeur commerciale mais être transférées aux laboratoires publics chargés d’assurer la surveillance des NRBC", précise Daniel Gillet, coordinateur pour la biologie de ce programme. Au sein du CEA, la direction "Sécurité et non prolifération" travaille donc avec d’autres organismes de recherche sur ce programme.

Des industriels encore prudents...

Problème, la sélection des projets de recherches n’est pas réalisée avec l’industrie : elle est confiée à une cellule exécutive constituée de représentants de la DGA et du CEA. Or, "nous rencontrons des difficultés à effectuer ces transferts vers l’industrie, reconnaît Daniel Gillet. Car les industriels éventuellement intéressés veulent savoir quel sera le marché pour eux. Mais le marché de la défense NRBC civile est incertain."

En effet, les laboratoires publics chargés d’en réaliser la surveillance ne représentent qu’un volume limité d’acheteurs, et peuvent aussi être approchés par des entreprises concurrentes étrangères, notamment américaines. Les ministères, pour leur part, seraient peu enclins à participer au financement de cette recherche, trop risqué, et rechercheraient plutôt des solutions abouties. Résultat, les industriels se montrent prudents, faute de financement pour soutenir ce transfert. Car le programme de recherche du CEA ne dispose que de 11,3 millions d’euros, un budget qui inclut les salaires de permanents et les coûts de structure et permet de financer une quarantaine de projets, dont une vingtaine en biologie.

… Mais des innovations déjà commercialisées

Ce qui n’empêche pas plusieurs entreprises de jouer le jeu. En biologie, le CEA et l'Anses développent ainsi avec la société Pall GeneDisc Technologies un système facile d’emploi utilisant la technique PCR d’amplification de l’ADN, pour réaliser des tests de botulisme pour la surveillance alimentaire et des tests de détection de l’anthrax. Des tests qui pourraient être étendus à d’autres agents biologiques… Le CEA discute aussi avec une petite PME pharmaceutique et une biotech américaine pour développer ensemble des anticorps thérapeutiques.

Des collaborations qui peuvent se transformer en innovation si l’industriel y met les moyens. Ainsi, la société NBC-Sys, spécialisée dans les systèmes de protection NRBC des forces et des populations, a décidé d’investir sur ses fonds propres pour développer industriellement des bandelettes de détection de toxines et d’agents pathogènes mises au point par le CEA. Après quatre ans de collaboration, une mallette comprenant différents tickets détecteurs rapides, sensibles et simples d'utilisation vient d’être commercialisée pour équiper la police, les pompiers….

A l’image d’un test de grossesse, cette technologie utilise des anticorps qui reconnaissent spécifiquement les toxines ou agents pathogènes, entraînant l’apparition de bandes colorées. Et ne se limite pas à la détection d’agents biologiques représentatifs de la menace bioterroriste. Elle peut ainsi être utilisée également pour des problèmes de biosécurité, comme la pollution ou la sécurité alimentaire.

Car, c’est un atout de ce programme, les projets menés dans le cadre du programme peuvent aussi proposer des solutions dans des situations qui dépassent le cadre de l’agression ou du terrorisme, en particulier dans le domaine de la biologie. Une force pour convaincre l’industrie de s’y intéresser.

D'autres articles sur les conséquences du 11 septembre sur l'activité industrielle sont à découvrir dans notre dossier spécial.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte