"Retour vers les futures": La peur d'un krach profite aux dérivés en Europe

par Josephine Mason
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Les investisseurs ont rarement autant acheté de dérivés sur les actions européennes, les préférant aux marchés au comptant, signe de leur inquiétude face au risque d'une correction boursière de grande ampleur dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale et de guerre commerciale. /Photo prise le 31 mai 2019/REUTERS/Lucas Jackson

LONDRES (Reuters) - Les investisseurs ont rarement autant acheté de dérivés sur les actions européennes, les préférant aux marchés au comptant, signe de leur inquiétude face au risque d'une correction boursière de grande ampleur dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale et de guerre commerciale.

La position ouverte, une mesure de la profondeur du marché, sur les contrats à terme (futures) sur l'indice Eurostoxx a atteint lundi des niveaux records en glissement mensuel à 4,61 millions de lots contre 4,48 millions en mai;, soit presque un million de lots de plus qu'il y a un an.

Elle a légèrement reflué ces derniers jours à 3,91 millions de lots mais demeure bien au-dessus de sa moyenne sur cinq ans.

Son niveau de mai était sans précédent et celui d'avril était le troisième le plus élevé sur un mois jamais enregistré.

Sa hausse recouvre des paris dans les deux sens, aussi bien d'investisseurs vendeurs de contrats pour couvrir des positions longues sur le marché "cash" que d'investisseurs à l'achat pour s'exposer via les dérivés à la hausse du marché sans prendre de positions au comptant.

La popularité des futures est allée croissante ces dernières années avec le lancement des fonds à rendement absolu et des stratégies multi-actifs qui cherchent à capturer les mouvements des indices dans leur ensemble plutôt que d'investir dans des actions spécifiques.

Plus la profondeur de marché est importante, plus il est facile pour les investisseurs d'acheter et de vendre des contrats à terme.

La position ouverte peut varier dans des proportions importantes d'un mois sur l'autre, surtout en fin de trimestre, lorsque les intervenants closent leurs positions ou les renouvellent.

L'activité sur les futures tend aussi à augmenter dans les périodes de turbulences de marché. Les volumes traités ont ainsi bondi en décembre par rapport au mois précédent durant la correction des Bourses mondiales, qui s'est accompagnée d'un pic de la volatilité implicite.

Mais ces derniers mois, la position ouverte et les volumes échangés ont fortement augmenté alors même que la volatilité restait relativement stable, ce qui suggère que les investisseurs se bousculent pour se protéger contre un krach boursier.

Une évolution d'autant plus significative que les volumes sur les marchés actions au comptant ont baissé sous l'effet à la fois d'évolutions réglementaires, des inquiétudes liées au Brexit, des incertitudes politiques dans la zone euro et du ralentissement de la croissance mondiale.

Sur la période de janvier à mai, les volumes sur les marchés au comptant de 15 Bourses européennes ont diminué de 16% par rapport à la période correspondante de 2018 pour revenir à leur plus bas niveau depuis 2014, selon des données des entreprises de marché analysées par UBS.

DOUTES SUR LE RALLY

Pour Edmund Shing, responsable de la stratégie sur les actions et les dérivés de BNP Paribas, le bond de la position ouverte reflète l'incertitude des investisseurs sur la direction des marchés d'actions après un rally commencé en début d'année et dont la durée comme l'ampleur ont surpris.

"Les investisseurs sont un peu comme des lapins pris dans les phares d'une voiture et par défaut, ils ne font rien", a-t-il dit. "Ils ne veulent pas se retrouver collés avec des actions au comptant et ils se couvrent via les futures."

L'indice pan-européen Stoxx 600 affiche une progression de plus de 13% depuis le début de l'année et est en bonne voie pour réaliser sa meilleure performance annuelle depuis 2013.

Les fonds d'investissement collectif en actions ont subi des retraits de 137 milliards de dollars depuis le début de l'année dont plus de la moitié, 76 milliards de dollars, sur les seuls fonds en actions européennes, selon des données d'EPFR Global, société de recherche spécialisée dans le suivi des flux de souscription des grandes sociétés internationales de gestion.

Pour Stéphane Barbier de la Serre, responsable de stratégie macro de Makor Capital Markets, c'est un autre symptôme de la fin prochaine d'un cycle haussier historiquement long.

Alors que la prudence est de mise, les investisseurs privilégient les contrats à terme parce que les futures sont plus liquides.

"Les gens restent inquiets du risque de baisse. Ils pensent qu'ils doivent être investis parce que s'ils ne le sont pas, ils peuvent passer à côté de ce genre de rallys mais ils y vont avec une approche très prudente", résume Michael Werner, analyste actions chez UBS.

"Si vous parlez à des investisseurs et des gérants, ils sont contents que les marchés montent après un quatrième trimestre (2018) catastrophique mais ils sont très inquiets des menaces sur la croissance et de la guerre commerciale."

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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