14 octobre 2008
Marcher sur la Lune avec Howard McCord

« La neige lourde de glace fondait lentement, mais le thé sait parler la langue de la neige, et quelques feuilles qui infusent dans la chaleur suffisent à faire un chez-soi. »
Les éditions Gallmeister publient Howard McCord : « L’homme qui marchait sur la Lune ». Un livre unique, parce que c’est d’abord la seule œuvre de fiction publiée par son auteur.
C’est en 1997 que les Américains ont fait connaissance avec ce baroudeur des armes et des lettres. Il aura fallu attendre dix ans sa publication dans une excellente traduction française. On a bien fait d’attendre : Olivier Gallmeister, dont la Maison s’est spécialisée dans le « Nature Writing » nous livre aujourd’hui un bien bel objet.
Certes, les amateurs de récits intimistes à la française (certains parlent de nombrilisme) en seront pour leurs frais. On est ici à cent lieues de Christine Angot ou de Catherine Millet. Quand je dis « à cent lieues », c’est à des milliers de miles.
William Gasper est un être froid ou plutôt faudrait-il dire « sans chaleur ». On lui devine une forte personnalité, mais il cherche à se fondre dans son environnement, sans donner prise, sans aspérité : « …lorsque je lisais Tolkien, la seule chose que je voulais était un manteau d’elfe…presque invisible. J’ai choisi ma propre parka ni trop sombre ni trop claire pour être le moins visible possible et j’ai abandonné les choses brillantes avec ma tendre enfance. ».
Nihiliste, il a pour principal horizon le sommet qu’il gravit, la vallée qu’il lui faut traverser sous le « cagnard ». Il ne jure que par la marche, les grands espaces, la solitude. Mais le héros de HMcC n’a rien d’un écologiste solitaire.
On serait tenté de faire la comparaison avec des productions récentes. “Into the Wild”, par exemple, surfait sur cette vague qui, de Kerouac à Kenneth White, de Thoreau à Rick Bass, promène les écrivains, sac au dos, sur des itinéraires sans carte. Mais nos écrivains-voyageurs avaient le regard de l’ethnographe, du peintre ou du poète.
Rien de tout cela chez William Gasper. Oh, certes, dans sa production littéraire H. McCord a la poésie en besace. Mais son héros a surtout de l’auteur le goût des armes et le profil du guerrier. William Gasper marche sur la Lune (un massif montagneux du Nevada) en pratiquant une ascèse quotidienne, seulement altérée par un repas frugal. Mais durant le sommeil, les souvenirs remontent à la surface, et Gasper reçoit la visite de sorcières dont la présence évanescente s’estompe avec l’aube.
« Je crois qu’il n’existe pas de fantômes dans notre univers, qu’il n’y a rien de surnaturel nulle part. Mais la nature contient suffisamment d’anomalies pour abriter tous les paradis et tous les enfers que l’homme peut rencontrer. »
Jamais ou rarement d’émotion. Jamais de rencontre, car l’autre, celui qui marche plus bas dans la vallée, est forcément un ennemi.
Ce n’est pourtant pas le livre d’un misogyne, ni même d’un dément. Gasper se confronte à la montagne, rythme sa marche sans autre but que d’atteindre une nouvelle arête, crée sa propre discipline, hors de toute morale, hors de toute vanité.
« Pour qui maîtrise la monotonie, c’est une chose simple que de rester assis à guetter en silence. Il m’est arrivé d’étudier des murs de cellule avec l’avidité d’un érudit plongé dans ses textes antiques, et d’en tirer autant de profit, qui plus est. »
Certains ne manqueront pas, à la lecture de ce livre, d’évoquer une sorte d’apologie quasi militaire que l’on retrouve aussi dans les romans de Cormac McCarthy : « J’ai pour les armes un amour authentique, qui m’en fait leur esclave - mon passé, le cours que ma vie a pris, est une autre cause de cet esclavage. Je me suis engagé dans une violence que je n’avais pas anticipée et un jour elle m’est devenue habituelle. Je ne suis pas un homme paisible… ».
Pourtant, point d’idéologie dans cette écriture : « J’assassine pour l’Etat et cela est censé donner à mes actes une forme de légitimité, à défaut de noblesse. C’est un mensonge, évidemment ; je sais que mes mobiles ne changent rien à mes actes. Un meurtre avec préméditation est un meurtre avec préméditation, que vous le fassiez pour l’argent, la vengeance, le patriotisme ou par simple colère. La différence, si différence il y a, réside dans le fait que la société…ne punit pas les crimes commis à sa requête… Ce n’est pas l’acte, ni même l’homme, que nous jugeons lorsque nous pendons l’un comme gredin et médaillons l’autre comme héros. Nous ne jugeons que l’effet produit sur la société.»
«L’homme qui marchait sur la Lune » est un livre étrange. Je suppose que pour l’apprécier, il faut le lire dans un certain contexte, plutôt de sérénité.
J’ai beaucoup aimé.
Posté par M.E.L. le 14 octobre 2008 dans
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7 octobre 2008
Diviser l’inflation par 2, c’est possible !
J’ai participé, avec d’autres de mes confrères et concurrents, à la journée organisée, jeudi dernier, par la revue professionnelle LSA, sur le thème « La nouvelle loi LME et la négociation commerciale ». Il s’agissait de répondre aux questions de la rédaction (Yves Puget et Jérôme Parigi), et le moins qu’on puisse dire, c’est que les interrogations ne manquaient pas car dans la période qui s’ouvre (et qui se terminera en février puisque c’est la loi qui nous l’impose), nous allons vivre une véritable révolution culturelle.
En prenant connaissance des courriers qui me sont depuis parvenus, il m’a semblé nécessaire de redire, ici, sous une forme peut-être plus cohérente, les éléments de stratégie qui vont animer les adhérents de notre enseigne dans les mois qui viennent.
1) Pour les collaborateurs et adhérents qui animent la politique commerciale des Centres E. Leclerc, le diagnostic ne fait aucun doute. Ce que l’on appelle « l’économie réelle » (par opposition à l’industrie financière) va être, en 2009, profondément impactée par la crise. Le crédit va se faire rare et plus cher. La production intérieure brute va continuer à reculer. Mais surtout, la consommation risque de perdre son rythme, déjà fragile, vu les perspectives de pouvoir d’achat.
Nos équipes travaillent à partir des indicateurs établis par le BIPE à qui nous confions, depuis 2004, l’élaboration d’un indice de pouvoir d’achat effectif des Français.
- Depuis l’an 2000, le pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) a progressé moitié moins vite que l’indicateur macroéconomique du pouvoir d’achat élaboré par l’INSEE.
- Pour 2008, le pouvoir d’achat effectif, selon l’indicateur BIPE/E. Leclerc, régressera de 1,3.
- Pour 2009, les prévisions sont plus négatives encore (moins 1,9).
Pour la première fois depuis longtemps, le revenu disponible des ménages va baisser pour deux années consécutives.
2) Cette situation est évidemment vécue avec anxiété par les ménages français. La tentation est forte d’accroître l’épargne liquide, mais aussi de restreindre le mode de vie en limitant la consommation. (Les foires aux vins, malgré leur attractivité, ont suscité un chiffre d’affaires bien moindre que les années précédentes (entre moins 12 et moins 20 % selon les enseignes).
3) En ligne de mire, les fauteurs présumés de l’inflation. Les études publiées par le CREDOC confirment une perte de confiance dans les grandes marques industrielles et les enquêtes d’IPSOS révèlent une dégradation de l’image des entreprises de consommation.
4) Avec les HD (dont Netto d’Intermarché), les Centres E. Leclerc, Système U continuent à prendre des parts de marché. Dans le monde des hypers, notre enseigne bénéficie d’un capital confiance inaltéré, fruit de notre politique de prix bas mais aussi de la lisibilité de notre engagement permanent pour le pouvoir d’achat.
Dès lors, cette situation nous confère une responsabilité. Non seulement, l’intérêt de nos entreprises (patrimoine, profitabilité, capacité de recrutement) exige que nous restions bien calés sur nos fondamentaux. Mais c’est aussi l’intérêt des industriels que de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme de nos réseaux plutôt que d’essayer d’y faire passer des hausses de tarifs excessives.
5) Depuis « la rentrée », nous avons décidé de bloquer toutes les hausses tarifaires (5,7 % en moyenne) et d’inscrire la négociation commerciale dans une perspective draconienne : ramener l’inflation à 2 % en rythme annuel dans nos magasins dès le début 2009. Ce n’est pas encore une promesse, mais c’est notre objectif.
Chaque contrat sera négocié individuellement, pied à pied, dans le respect du nouveau cadre légal, mais en ouvrant tous les tiroirs de la négociation. (Je ne parle pas ici des PME, ni de l’agriculture, mais uniquement des marques nationales).
a) Les grandes marques ont invoqué, depuis 2 ans, la hausse des matières premières pour proposer des augmentations tarifaires importantes. Or, certains marchés se retournent : le beurre a baissé de 31 %, la poudre de lait de 35 % en moyenne, le blé (Eure-et-Loir) de 19 %, le maïs (Eure-et-Loir) 12 %, le sucre 2,6 % (août 2008 vs août 2007). Les consommateurs sont en droit d’attendre des baisses de prix effectives.
b) La loi Galland a été abolie. Plus besoin de faire de la gonflette tarifaire pour proposer, par la suite, des compensations sous forme de rémunération de coopération commerciale.
Donc parlons tarif et collons au marché : il faut des baisses directes.
6) Les résistances seront nombreuses. Certains arguments sont pertinents. Il est évident que nous devrons laisser passer des augmentations pour les entreprises qui s’approvisionnent sur des marchés toujours à la hausse (cacao, café, huiles). On va négocier les taux, chercher à étaler les hausses dans le temps. Mais pour rétablir la confiance sur les marques, il faut impérativement que baissent celles qui bénéficient de coûts d’approvisionnement plus faibles que l’année dernière.
7) Sous quelle forme ? Là est un autre débat.
Des industriels (Panzani, Danone), sous des formes diverses, proposent des réductions de prix à leur seule initiative ou des articles plus cheap, îlots de baisse dans un océan de hausses. D’autres préfèrent attendre, maintenir des hausses de précaution, quitte à proposer des compensations sous forme de promotions ou de rabais éphémères.
Les temps ont changé. Les consommateurs disent ne plus s’y retrouver dans le flot de suractivité promotionnelle et les révélations de 60 Millions de Consommateurs sur les bidouillages de packaging exigent qu’on revienne à une pratique plus transparente.
8) Alors, les promos, oui ! Elles sont nécessaires pour animer le marché. Mais d’abord le prix net, le prix lisible, le prix de référence. Voilà l’objectif.
La loi LME a supprimé les marges arrière. Elle ne rend plus nécessaire toutes ces constructions artificielles dont l’élaboration constituait le menu principal de la négociation commerciale.
Ce que veulent les consommateurs aujourd’hui, ce sont des offres claires. Il faut sortir du « tout promo », remettre de la performance dans les prix de fond de rayon quel que soit le niveau de gamme.
Voilà nos lignes directrices. Place aux actes, à suivre…
Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans
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Le blog, le service consommateurs et quartier libre (octobre 2008)
Nombreux sont ceux qui me disent aujourd’hui à quel point il est difficile de surfer entre des commentaires qui ne répondent pas aux préoccupations de la note sous laquelle ils sont postés. Pas facile en effet de jouer à saute-mouton entre critiques, commentaires passionnés, spams et réclamations commerciales.
Je reprécise donc, à nouveau :
1) Ce blog doit rester un blog personnel. Je veux pouvoir, ici, participer au débat public qu’il s’agisse de questions de société ou même de préoccupations professionnelles.
2) J’écris moi-même les textes en fonction de ma disponibilité.
3) Je ne dispose d’aucune assistance relais pour faire suivre les réclamations commerciales ou même en contrôler la véracité (beaucoup de pseudos émanent souvent d’un même ordinateur ou d’un même réseau d’internautes poursuivant des buts plus ou moins sincères !).
Comme je suis souvent en déplacement, vous pensez bien que je suis incapable de donner suite à un client qui a un problème avec ses achats. Je ne cherche pas à me défiler. Mais ne mélangeons pas forcément le commercial et le débat d’idées.
4) Par souci d’efficacité, j’invite donc les consommateurs qui le souhaitent (demande d’infos ou réclamation) à contacter directement le service consommateurs de l’enseigne (Allo E. Leclerc : 0 810 870 870 -Numéro Azur : prix appel local à partir d'un poste fixe).
5) Vous avez pu le constater. Il n’y a pas de censure sur ce blog. Ce n’est pas une raison pour le transformer en fourre-tout.
6) Par souci de clarté, je demande à ma dynamique webmaster de reclasser, sous cette rubrique, les commentaires qui ne correspondent pas au thème des notes journalières.
Tout le monde y gagnera en confort de lecture.
Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans
Quartier libre & d'hiver
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