

Focus Selon une étude du Centre d’analyse stratégique, la croissance verte pourrait être une révolution comparable à celle des technologies de l’information et de la télécommunication des années 80. Mais elle pourrait aussi plomber la croissance. Les chercheurs mettent en avant trois scénarios du plus pessimiste au plus optimiste pour l’emploi.
De quoi l’avenir sera fait ? C’est à cette question plutôt délicate que se sont attachés cinq chercheurs du Centre d’analyse stratégique (CAS). Avançant donc prudemment, ces spécialistes ont écrit une synthèse : « La croissance verte : quels impacts sur l’emploi et les métiers ? ». Dans une note, ils reconnaissent qu’aucun scénario n’est écrit d’avance mais que trois tendances se dégagent.
Le premier scénario est le plus pessimiste. La croissance verte entrainerait alors un ralentissement de la croissance. Les causes sont connues : le coût environnemental perturberait alors la croissance et l’emploi avec la mise en place d’une spirale infernale où le déclin des secteurs créant des émissions de CO2 serait plus important que la dynamique des secteurs boostés par la croissance verte. Dans ce scénario, la dette publique empêcherait les gouvernements de développer l’économie. Les adaptations des compétences environnementales seraient suffisamment lentes pour freiner la croissance verte. Dans ce cadre, les réalisations prévues par le Grenelle de l’environnement auraient du mal à se mettre en place faute de crédits privés et d’aides étatiques. A l’arrivée, cela déboucherait sur une hausse des prix des ressources rares comme le pétrole ou les matières premières fortement consommatrices d’énergie carbone. Cerise sur le gâteau, les stratégies low cost des entreprises se développeraient avec une délocalisation de plus en plus importantes des industries françaises. Dans ce cadre, deux secteurs connaitraient une hausse de l’activité : ceux de la construction et de la sidérurgie. Les branches énergies renouvelables, transports, services aux entreprises et aux particuliers tireraient tout juste leur épingle du jeu. Par contre, les autres secteurs seraient amenés à décroitre comme ceux des au tres énergies, des biens durables, intermédiaires et d’équipement, le commerce, les services à la personne, la santé et l’éducation et les autres services administrés.
Un scénario de la neutralité
Le second scénario ne développerait pas d’emploi mais n’en perdrait pas non plus. C’est celui de la neutralité. Il y aurait alors transfert sans création des personnels des industries très consommatrices d’énergies fossiles vers des secteurs à faible dégagement de gaz carbonique. Dans ce cadre, les personnes à faible revenu pourraient avoir un faible accès au crédit avec un faible changement des comportements écoresponsables des consommateurs. Les revenus de l’ensemble de la population stagnerait voire diminuerait du fait de l’augmentation des prix des ressources rares (pétrole, matières premières) à peine compensée par une élévation du niveau d’étude. Ce scénario favoriserait fortement le secteur de la construction. D’autres secteurs connaitraient de relatives embellies comme celui de la sidérurgie. Les secteurs des énergies renouvelables, des transports, des services à la personne et aux particuliers s’en sortiraient péniblement. Par contre, il y aurait une perte d’emploi dans les secteurs des au tres énergies, des biens durables, intermédiaires et d’équipement, du commerce, des services à la personne, de la santé, de l’éducation et des autres services administrés.
Une destruction créatrice
Enfin, les chercheurs décrivent un 3 e scénario de loin le plus favorable à nos économies et à nos emplois. Ils l’ont qualifié de scénario de la croissance durable et soutenable. La croissance verte serait alors créatrice d’emploi. Le système de destruction créatrice jouerait à plein pour transformer la vieille économie basée sur des énergies fossiles en économie de la croissance verte. On assisterait pêle-mêle à un desserrement de la contrainte de crédit pour les faibles revenus, à un fort soutien public à la recherche et développement « verte », à l’adaptation rapide des compétences et à une mobilité inter et intra-sectorielles avec une diffusion des comportements « écoresponsables. Cela aurait pour effet d’augmenter les revenus globaux de la population du fait d’une hausse moyenne des qualifications et une amélioration de l’efficacité énergétique à moyen terme. Dans cette histoire, l’ensemble des objectifs du Grenelle de l’environnement serait atteint tant du côté des entreprises que des ménages. On assisterait enfin à un développement des nouveaux services liés à l’économie de l’usage et à l’économie de proximité.
Dans ce scénario rose, la construction, la sidérurgie, les énergies renouvelables, les autres énergies, les biens d’équipement, les transports, les services aux entreprises, aux particuliers, aux personnes et le commerce constitueraient les nombreux moteurs de la croissance et de la création d’emploi. Seules les industries des biens durables continueraient à perdre des emplois.
Enfin, les auteurs concluent leur étude prospective par ces quelques mots lourds de sens. « La réussite du scénario le plus favorable à l’emploi et à la dynamique de l’économie française requiert des actions en termes d’investissement public et privé, d’innovations technologiques, d’adaptation des formations, de changement des signaux-prix, de solvabilisation de la demande ».
Gwenole Guiomard