4/ Quelle mobilité pour les salariés ?

Dernière modification le 08/12/2009, publié par Emploi-Pro.
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Focus  En 2029, les jeunes pourront-ils aspirer à un meilleur niveau de vie que leurs parents ? Ascension, descension social, à quoi ressembleront les trajectoires sociales ? Et sur quelles bases reposeront-elles ?

 

Autrefois on était paysans de père en fils. Puis, pendant les Trente Glorieuses, le fils de paysans est devenu professeur. Aujourd’hui, encore, la mobilité se fait en partie sur l’espace d’une génération. Et en 2029 qu’en sera-t-il ? Pour de nombreux spécialistes, la mobilité sociale va s’accélérer. L’ascension ou la descension pourrait se faire au cours d’une carrière et non plus d’une génération à l’autre.   « Dans vingt ans, la prestation de services prendra une place très importante. Les entreprises recentreront leurs activités sur un corps de métiers et les autres tâches seront externalisées. Pour sa comptabilité, par exemple, elles feront un appel d’offres, et le plus compétent l’emportera, analyse Jean-Marc Daniel, professeur de macro-économie à l’ESCP Europe et membre du conseil d’administration de la Société d’Economie Politique. Même chose pour les syndicats qui ne seront plus affiliés à une entreprise mais délivreront leurs services. » Moins de protections donc, et des carrières plus mouvantes pour 2029. Chaque jour, l’individu vendra ses compétences pour trouver un emploi. Un jour, roi, le lendemain en bas de l’échelle ? Un jour, on pourra travailler chez IBM puis passer, avec arme et bagage, le lendemain, chez Microsoft ?

Une chose fait, cependant consensus, l’époque du « un emploi, une entreprise et pour toute la vie » sera bel et bien révolu. Un employé devrait connaître en moyenne six à sept entreprises au cours de sa carrière. Dans ce contexte de mobilité accrue, et de système économique basé sur l’appel d’offres, le talent serait, selon Jean-Marc Daniel, la seule arme dont disposerait l’individu pour gravir les échelons.

Une attitude consumériste

Mais ce talent comment se mesurera-t-il ? Sur le diplôme ? Contrairement au modèle anglo-saxon, en France, on a tendance à recruter ses pairs. Quelques grandes écoles tiennent le haut du pavé et se réservent les plus hauts postes. Diplômes, réputation d’un établissement scolaire ou encore réseaux des anciens élèves, constituent de véritable sésame sur le marché de l’emploi. Mais ce parcours type ne représenterait plus le sésame d’antan. Le CPE (contrat première embauche), par exemple, est symptomatique d’un processus de dévalorisation des diplômes. Autre exemple : le recrutement sans CV et par questionnaire commence à se développer. Auchan en mars dernier, KFC en 2008, ou encore Veolia, de nombreuses entreprises se laissent de plus en plus tenter. Un processus qui pourrait bien se développer dans l’avenir. « Dans les annonces, les entreprises axent, de plus en plus, sur les compétences requises pour un poste plutôt que sur un profil, constate Corinne Choquer, directrice des ressources humaines à l’Essec Business School. Pour les salariés, j’observe de plus en plus une attitude consumériste. A travers un poste, ils cherchent des expériences, de nouvelles compétences qu’ils pourront rajouter sur leurs CV, avant de partir. Il y a des chances que ce phénomène s’amplifie dans l’avenir » La demande de mobilité ne risque donc pas de tomber. Et pour la promotion, ou la rémunération en 2029 sur le talent ? Là Corinne Choquer est plus sceptique. En France, il est vrai, il existe un fond culturel fort qui valorise le diplôme. Les grilles de rémunérations sont faites de la sorte qu’un diplômé bénéficie d’une plus grande rémunération et d’une plus grande évolution de carrière. Et, les mentalités ne peuvent changer du jour au lendemain. Mais en vingt ans peut-être…

Lucile Chevalier

Des trajectoires sociales en dents de scie

Vincent de Gaulejac est l’auteur de La société malade de la gestion et directeur du laboratoire de changement social à l’université Paris VII.

« Parler de remise en marche de l’ascenseur sociale, c’est partir d’une hypothèse erronée. L’expression « ascenseur social » est, en effet, désuète. Elle se rapporte à une certaine représentation de la société, au moment des Trente Glorieuses. Une société pensée en termes de strates et dans laquelle la position sociale était définie en fonction de catégories socio-professionnelles. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. A la lutte des classes s’est substituée la lutte des places. Les transformations du capitalisme et de l’éducation sont passées par là. Plus de 80% des jeunes aujourd’hui ont leur bac, et une majorité suit des études supérieures. L’individu est donc en concurrence avec un plus grand nombre de personnes pour un poste. Les places deviennent chères. Et les trajectoires sociales sont plus mobiles. Aujourd’hui, les jeunes n’atteindront pas nécessairement le même niveau de vie de leurs parents. Et leur carrière ne connaîtra pas nécessairement qu’un mouvement ascensionnel, une promotion sociale d’étage en étage. A l’expression « ascenseur social » il faut substituer celle de « trajectoires sociales en dents de scie ». Une évolution qui devrait s’accentuer dans les années à venir, la mobilité s’accentuera. Mal vécues aujourd’hui, ces trajectoires sociales en dents de scie devraient être perçues en 2029 comme une normalité. »



		

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