

Focus Interrogés par l'Ifop, les DRH semblent démunis face au stress des salariés et n'ont pas encore pris la mesure du problème. D'ailleurs, 63 % d'entre eux se disent incapables de diagnostiquer la situation.
La « conférence sociale sur les conditions de travail » a débuté le 4 octobre sous le haut patronage de Xavier Bertrand, ministre du Travail, qui promet que ce tour de table débouchera sur du « concret ». Trois thèmes principaux vont y être abordés : le cancer professionnel, les troubles musculo-squelettiques (TMS) et les troubles psychosociaux. Un voeu qui répond à une urgence. Dans une note remise au gouvernement, le professeur Yves Roquelaure, un expert de la question, craint en effet une épidémie de TMS en France, qui entraînerait des pertes de compétitivité et qui frapperait l'emploi des seniors.
Avant même d'en arriver à cette extrémité, le problème se pose déjà. On a, en effet, identifié 42 000 maladies professionnelles en 2006, deux fois plus qu'en 2001. Les deux tiers sont liées à des TMS. Or, entre 20 % et 25 % des TMS sont générés par le stress.
Agir, oui... mais quand et comment ?
C'est pourquoi le groupe de prévoyance Malakoff-Médéric s'est associé à l'Association pour la gestion de la santé en entreprise pour tenter de savoir comment le « bien-être psychologique » des salariés est pris en compte par les grandes entreprises : 300 directeurs des ressources humaines d'entreprises de 250 salariés et plus ont été sondés par l'Ifop, dont 60 % dans les services, 10 % dans le commerce et le solde dans l'industrie et le BTP. Il en ressort que, pour 88 % des DRH la promotion du bien-être au travail est une préoccupation majeure, notamment du fait de son impact sur la productivité.
Maladie professionnelle, l'épidémie gagne
Cependant, le stress reste quelque chose de ténu, difficile à mesurer, qui laisse les dirigeants perplexes, car les individus ne réagissent pas tous de la même manière. Les DRH ne savent ni comment s'y prendre ni à qui s'adresser. Ils ont aussi du mal à interpréter la vague récente de suicides au travail en France. Pour 56 % d'entre eux, il s'agit d'événements isolés qui ne traduisent pas des problèmes de souffrance psychologique au travail (22 % seulement pensent le contraire). Et 57 % estiment que toutes les entreprises peuvent être concernées, mais curieusement pas la leur (seuls 22 % pensent le contraire).
Pourtant, le sujet ne pourra pas être délaissé plus longtemps. Après la loi de modernisation sociale de 2002, qui a fait référence à l'obligation pour l'employeur de protéger non seulement la santé physique de ses salariés, mais également la santé mentale, les syndicats demandent que le stress soit enfin reconnu comme une maladie professionnelle.
Le 5 septembre dernier, la Sécurité sociale a d'ailleurs jugé qu'un ouvrier, mort d'une crise cardiaque en début d'année dans l'usine de pneumatiques Continental, avait été victime d'un « stress chronique » causé par son travail. Une raison supplémentaire de ne pas négliger plus longtemps le stress au travail.
HERRICK DU HALGOUËT