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Les candidats ont oublié le socle de la prospérité

Christine Kerdellant

Publié le

On dirait que l’industrie est une cause perdue. Les candidats ont déserté les usines. Il y a cinq ans encore, on voyait François Hollande et Nicolas Sarkozy courir des hauts-fourneaux de Gandrange aux chantiers de Saint-Nazaire et des repaires branchés des start-up parisiennes à l’usine Rossignol de Sallanches. Même l’agriculture attire davantage les présidentiables, peut-être parce que mettre la main au « cul des vaches », comme disait Jacques Chirac, est plus réjouissant que de serrer celle des intérimaires de Renault.

Plus personne ne propose de réindustrialiser le pays, au moment exact où ce n’est plus une utopie, mais une éventualité, pour peu que l’on s’en donne la peine. L’émergence du numérique permet désormais d’obtenir, avec de petites unités de production flexibles, installées au cœur de leurs marchés européens, des coûts identiques à ceux des grosses unités chinoises et brésiliennes dont les coûts de main-d’œuvre ont explosé. Allons-nous laisser l’Allemagne et la Pologne accueillir ces usines prodigues ?

Si l’on en juge par l’indigence des propositions des candidats, nous risquons de ne pas être l’une des « plaques » de relocalisation européennes. Une fois encore, allons-nous passer notre tour par manque de réalisme politique ? « C’est vrai que l’on a jusqu’à présent peu parlé d’industrie. D’autres thèmes paraissent plus modernes », soupire Vincent Moulin Wright, le délégué général du Groupe des fédérations industrielles (GFI), interrogé par notre journaliste, Solène Davesne. L’industrie, moins moderne ? Un comble !

Et pourtant. Mardi 28?février, le GFI, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, la Fédération des industries de la mécanique et l’Union des industries textiles organisaient un débat où étaient conviés Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon pour détailler leur programme en faveur de l’industrie et de la compétitivité. Aucun des candidats ne s’y est rendu ! Bruno Bonnell, Éric Woerth et Laurent Baumel les ont représentés.

Quelle erreur historique ! Cette omission risque de conduire la France, une fois encore, vers des voies sans issue. L’industrie, qu’on le veuille ou non, est le socle de la prospérité et de la croissance d’un pays. Ceux qui caracolent en tête de la richesse mondiale par habitant sont ceux qui l’ont préservée, tels l’Allemagne ou la Suède. Ils sont au plein-emploi. À l’inverse, les pays dont la part du tertiaire s’hypertrophie, comme la France, font moins de gains de productivité. L’Hexagone est devenu le pays le plus désindustrialisé des quatre grands de la zone euro ! Certes, la diminution des emplois industriels – 13 % du total, contre 24 % en 1980 – est en partie un trompe-l’œil : un quart du déclin est imputable à l’externalisation accrue des tâches industrielles vers le secteur des services via le recours massif à l’intérim.

Mais notre déficit de croissance des dernières années, comparé à celui de nos voisins, provient de cette part trop faible de l’industrie. Or grâce au Cice, il s’agit moins désormais d’une question du coût du travail que de fiscalité du capital, de flexibilité, de formation initiale et de soutien à l’investissement. Malheureusement, la plupart des candidats ignorent royalement ces enjeux, dont dépend pourtant notre taux de croissance et, partant, notre taux de chômage. La campagne présidentielle, de rebondissement en rebondissement, est en train de passer à côté du vrai débat, celui du socle de notre puissance. ??

 

 

 

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