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L'industrie, oubliée de la campagne

Publié le

J’ai cru qu’il allait arracher un à un les derniers cheveux qui lui restent. J’ai regardé le débat de la primaire de la gauche avec un vieil ami, patron d’une petite entreprise spécialisée dans le titane. Un électeur de gauche. Un poisson volant donc*. Le revenu universel de Benoît Hamon l’a à peine fait tiquer (« Je n’y crois pas aujourd’hui, ce serait la fin de la valeur travail – et du smic, accessoirement –, mais peut-être un jour, en 2050 ou en 2100, faudra-t-il y venir. ») À l’évocation des 32?heures, mon ami a tout de même grimacé. Sa PME ne s’est pas encore remise des 35?heures, car lorsque certaines catégories de postes sont occupées par une seule personne, impossible de compenser. Mais la taxe sur les robots l’a carrément fait bondir.

« L’Allemagne et la Suède ont pris de l’avance sur nous parce qu’elles ont robotisé leurs usines. Cette année, quelques-uns de mes clients se sont remis à investir – au compte-gouttes –, grâce au suramortissement. Si le gouvernement décide de taxer les robots, nous ne nous moderniserons jamais ! Nous resterons définitivement à la traîne, avec des entreprises de moins en moins compétitives, qui vont crever les unes après les autres ! Pour préserver dix emplois cette année, on en perdra cent l’an prochain ! »

Comme il est difficile – même lorsque l’on n’est pas chef d’entreprise – d’écouter un candidat qui ne croit plus à la croissance ! Qui ne se battra pas pour qu’elle revienne. Qui ne veut pas voir qu’en Allemagne et en Suède, malgré les robots, le plein-emploi existe – donc que le travail n’est pas mort et ne mourra pas de sitôt. Qui pense à redistribuer la richesse sans se demander comment on la produit, ni si quelqu’un la produira encore lorsque son programme confiscatoire s’appliquera. Qui ne comprend pas que tous nos maux proviennent de l’absence de croissance : le monde n’est pas le même lorsque vous savez que le pouvoir d’achat de demain sera meilleur que celui d’aujourd’hui et que le destin de vos enfants sera meilleur que le vôtre. Bref, qui s’accommode de l’idée du déclin et, ce faisant, est prêt à l’accélérer, à le transformer en prophétie auto-créatrice. Car le déclin, pour l’heure, sévit en France bien plus qu’ailleurs !

Las ! Pendant cette campagne, Benoît Hamon n’était pas le seul candidat peu au fait des réalités de l’industrie. Elle est loin l’époque où Mitterrand et Jospin savaient réconcilier « socialisme de production » et « socialisme de redistribution ». Pas un de leurs héritiers, depuis le début de la campagne – à droite comme à gauche –, n’a fait allusion à la quatrième révolution industrielle que nous vivons, sauf, bien sûr, du point de vue du salarié. Pas un n’a évoqué les enjeux de la transformation numérique, sauf, bien sûr, pour leurs répercussions humaines. Nos voisins vont relocaliser des sites de production grâce au numérique, et par conséquent créer des emplois – certes dix fois moins nombreux qu’autrefois, mais des emplois qualifiés et bien payés. La France risque de passer à côté de cette manne. On ne forme pas assez de diplômés dans ces filières. On ne fait rien pour adapter notre fiscalité et notre réglementation sociale afin d’attirer ces usines prodigues. Quel candidat s’en préoccupera et proposera un plan de reconquête ambitieux ? Qui enrayera enfin la spirale du déclin ? ??

* « Il y a des patrons de gauche. Il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre. » (Michel Audiard)

 

 

 

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