Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Financier saltimbanque

,

Publié le

Il a fondé KissKissBankBank, l’une des plus importantes plates-formes de crowdfunding de France. Pourtant, Vincent Ricordeau insiste : il n’aime pas la finance. Ce qu’il aime, c’est changer le modèle de l’économie, en y insufflant un peu plus de fun.

Financier saltimbanque
On était vus comme des Bisounours par la finance. Nous avons l’impression d’avoir un rôle de hacker de l’économie qu’on ne veut pas lâcher.
© stéphanie jayet

Ne lui parlez pas de la finance, il n’aime pas le mot. Pourtant, Vincent Ricordeau est aujourd’hui à la tête de l’une des premières plates-formes de financement participatif de France, avec plus de 25 millions d’euros collectés depuis 2010 pour près de 12 000 projets. Depuis 2008, KissKissBankBank propose ainsi aux internautes de financer des projets artistiques en échange de récompense en nature. L’actrice Mélanie Laurent et Cyril Dion ont, par exemple, récolté 440 000 euros pour leur documentaire « Demain », bien plus que la somme initialement demandée.

Mais Vincent Ricordeau ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il a lancé deux autres plates-formes : HelloMerci, en 2013, qui étend le concept aux prêts sans intérêt pour des projets solidaires, et Lendopolis, en novembre 2014, qui permet aux entreprises d’emprunter aux particuliers avec des taux d’intérêt de 4 à 10 %. « Il crée peut-être le modèle de la banque de demain, s’étonne Jean-Pierre Aubin, le directeur général exécutif de BGC Partners en France, qui a partagé les bancs de l’EAD, une école de commerce parisienne, avec le chef d’entreprise. Il touche une clientèle fantastique, les jeunes de 18 à 35 ans. C’est compliqué de leur faire aimer la banque ! » C’est justement son décalage par rapport aux milieux de la finance qui lui a permis de rompre avec les modèles classiques.

Sa formation, cet entrepreneur de 45 ans l’a faite sur le tas. Étudiant, il avait créé une association pour organiser les soirées des BDE, oubliant d’aller en cours et ratant son diplôme. Lorsqu’il tente de transformer son association en société au début des années 1990, il fait faillite. « J’étais un peu trop court sur la gestion… », se souvient-il. Pas découragé par la création d’entreprise, il monte une régie publicitaire avec son frère, avant d’être recruté par SportFive, une agence de gestion des droits marketing des événements sportifs, qu’il quittera en 2008 peu après son rachat par Lagardère Interactive. C’est à ce moment qu’il opère le tournant de sa carrière. Avec sa femme, Ombline Le Lasseur, et un associé, Adrien Aumont, ils lancent KissKissBankBank.

Self-made man

L’idée de se positionner comme une place de marché entre les artistes et les financeurs sans toucher aux droits vient d’Ombline, qui travaillait dans le milieu de la production musicale. Le principe : permettre aux projets artistiques d’éclore. « On était vus comme des Bisounours par le monde de la finance », s’amuse Vincent Ricordeau. Au début, les trois associés se lancent pour le fun. « Ce qu’on voulait, c’était s’éclater dans notre boulot ! », avoue Vincent. Ce n’est même pas l’argent qui le motive, estime son ami Camille Trumer, qui a participé à la création de KissKissBankBank. « Il y a un côté altruiste dans la démarche, confie le président de l’agence artistique TalentBox. Ils ne sont pas idiots, ils savent qu’il faut gagner de l’argent. Mais ce n’est pas le but premier. »

Vincent Ricordeau n’a pourtant rien du dilettante, au contraire. Rodolphe Ménégaux, le directeur associé du fonds XAnge, qui a investi dans la société dès ses débuts, l’a vite constaté. « Quand je me suis renseigné sur lui, on m’a dit qu’il était capable de résister à n’importe quelle attaque nucléaire, explique-t-il. C’est ce qu’on recherche chez un entrepreneur, une capacité de rebond pour savoir se repositionner vite. »

Cette faculté de rebondir, Vincent Ricordeau l’a pas mal utilisée pour faire avancer la réforme du crowdfunding. Lui qui évite de porter cravate et veston s’est retrouvé à arpenter les couloirs austères du ministère de l’Économie pour défendre son business. Quitte à devenir, à force, gênant pour les banques. À Bercy, on lui reconnaît une compréhension fine du secteur et une capacité d’argumentation. Au point qu’un détail de la réforme lui est même quasiment dédié : la possibilité de justifier de deux ans d’expérience professionnelle à la place d’un diplôme pour gérer une plate-forme de prêts. L’ordonnance a ajouté cette option sur mesure sur l’insistance de ce self-made-man !

Son rôle aux avant-postes de la défense du financement participatif a peut-être aussi modifié sa façon de voir son métier. « Au début, c’était très ludique pour nous, se rappelle-t-il. Mais on a changé d’état d’esprit en cours de route. On a l’impression d’avoir un rôle de hacker de l’économie qu’on ne veut pas lâcher. » 

En quelques mots

  • Peer-to-peer  : Pour évoquer le mode de rupture avec l’économie traditionnelle, il préfère parler de partage de contenus sur internet plutôt que d’économie du partage ou de financement participatif.
     
  • Artiste : En cofondant KissKissBankBank, sa motivation était de trouver des financements pour des musiciens.
     
  • Hacker : Il revendique un esprit de pirate de l’économie. « Ceux qui entrent dans le business du crowdfunding aujourd’hui, ce sont des financiers, soupire-t-il. Des saltimbanques comme nous, il n’y en a plus beaucoup… »

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus