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[Editorial] La réindustrialisation des économies matures a déjà commencé

Publié le , mis à jour le 13/06/2016 À 15H26

La réindustrialisation des économies matures a commencé. Elle touche déjà le Sud des États- Unis, mais d’autres vont en bénéficier : Pays-Bas, Royaume-Uni, Pologne… et la France, si elle s’en donne les moyens. Vous avez bien lu : nous pouvons retrouver des usines, de la croissance et de l’emploi. « Il ne tient qu’à nous de créer les conditions favorables », affirme Olivier Scalabre, directeur associé au Boston Consulting Group (BCG), chargé des opérations pour l’Europe, qui observe ce changement de paradigme. Qu’est-ce qui a changé ? Tout, ou presque. Les grands principes du manufacturing, qui gouvernaient la localisation des centres de production depuis trente ans et les poussaient à s’installer en Chine ou au Brésil sont caducs. Deux théorèmes sont périmés. Le premier prônait la recherche de l’effet d’échelle (des usines plus grosses pour davantage d’économies d’échelle) et de l’effet d’expérience. Le second imposait l’optimisation des coûts de main-d’oeuvre, favorisant les pays à bas coûts. Les deux militaient pour la construction d’unités géantes et très spécialisées dans des régions lointaines, au niveau de vie faible. 
 

Deux lames de fond rendent ces règles obsolètes. D’abord, la globalisation est entrée dans un nouveau stade de maturité. Les pays émergents, dont les coûts salariaux ont augmenté inéluctablement, connaissent aujourd’hui la crise de productivité qui nous a affectés il y a vingt ans. Désormais, en coût global, la Chine n’est pas moins chère que le Mexique et la France pas plus que le Brésil ! La nouvelle réalité de la globalisation voit monter en puissance des « plaques géographiques » plutôt que des pays ou des continents. L’une d’elle se situe au Mexique et au Sud des États-Unis pour l’Amérique du Nord, une autre au Vietnam-Indonésie pour l’Asie. Une troisième pourrait regrouper l’Afrique du Nord et une partie de l’Europe… C’est déjà du concret.

Pour produire son dernier modèle de tracteur, après étude comparative, le groupe américain AGCO, propriétaire de Massey Ferguson, a préféré le site de Beauvais, en Picardie, à la Turquie et à la Chine, profitant des accords de compétitivité signés en 2012. La deuxième tendance de fond qui bouleverse le paradigme de la mondialisation est l’irruption du numérique. « Avec le digital manufacturing, nous assistons à la quatrième révolution industrielle », assure Olivier Scalabre. Une révolution de la même ampleur que les trois précédentes – la machine à vapeur à la fin du xixe siècle, la division du travail au début du xxe et la robotique dans les années 1970. Cette version 4.0 fait bondir la productivité, la polyvalence et la flexibilité des sites de production. Huit catégories de technologies dopent la performance.

1. Les robots autonomes qui collaborent entre eux et avec les humains, les machines intelligentes, les véhicules automatisés guidés dans les entrepôts.

2. L’impression 3 D pour les pièces, les outillages de production, le prototypage.

3. La réalité augmentée, qui révolutionne la maintenance, la logistique, l’inspection des usines.

4. Les simulations, à partir de données temps réel issues de réseaux intelligents ;

5. Le big data, qui permet une aide à la décision et un suivi des paramètres de production.

6. Le cloud et la cybersécurité, qui autorisent la gestion de grandes quantités de données dans des systèmes ouverts.

7. L’internet industriel (communication multidirectionnelle entre objets connectés, capteurs pour la maintenance prédictive…).

8. L’intégration horizontale-verticale, condition pour une chaîne de valeur entièrement automatisée, du fournisseur au client. L’utilisation combinée de ces technologies, lorsqu’elle joue à plein, entraîne des gains de productivité de l’ordre de 30 %. Chez Massey Ferguson, des lunettes à réalité augmentée développées avec une start-up française permettent, pour tout nouveau tracteur, de faire l’économie du prototype. On peut « grimper » sur le véhicule, le modifier et l’ajuster sans l’avoir fabriqué – un gain de temps substantiel. Les technologies de l’industrie numérisée permettent aussi une extraordinaire flexibilité. Jusqu’alors, les coûts de set-up, l’installation d’une chaîne de montage par exemple, étaient si lourds qu’ils poussaient à monter de très grosses usines et des lignes de production de masse. Aujourd’hui, dans l’automobile, huit à neuf modèles peuvent sortir de la même ligne. C’est la carcasse de la voiture qui indique aux robots comment se configurer pour lui apporter les bonnes pièces… On produit désormais un objet isolé au prix d’un produit de série, faisant l’économie des stocks.


Notre monde de grosses usines spécialisées, localisées loin de leurs marchés et qui vendent sur stocks se change donc en un univers d’usines plus petites, multiproduits, proches de leurs marchés et produisant sur commande. De quoi pousser nos multinationales à réinvestir dans les pays européens. Leur retour en France pose néanmoins trois conditions : un écosystème social et fiscal amélioré (flexibilité du travail, fiscalité de l’investissement incitative) ; une formation adaptée des opérateurs destinés à collaborer avec des robots ; et un écosystème d’innovation dynamique, avec des start-up expertes en big data, en impression 3 D et en réalité augmentée. Nous possédons déjà quelques-unes de ces championnes, reste à les nourrir et à les développer.

Quant aux deux premières conditions, elles sont loin d’être remplies. Le BCG va contribuer à alimenter la seconde en créant cet été une usine école (l’Innovation center for operations) de 1 000 mètres carrés sur le plateau de Saclay. Grâce à des partenaires spécialistes des technologies de pointe, deux chaînes numériques, sur lesquelles hommes et machines collaborent, seront mises en place. L’une assemblera des scooters : les industriels du ferroviaire, de l’aéronautique et des poids lourds s’y reconnaîtront. L’autre produira des bonbons en continu, ce qui inspirera les industriels de la pharmacie et de l’agroalimentaire. Cette usine en veille permanente, dotée d’un comité scientifique, permettra de faire découvrir les technologies les plus impactantes tout en constituant un centre de formation pour les techniciens des sociétés clientes. L’expérience sera dupliquée aux États-Unis.

Avant de se lancer, les entreprises pourront venir s’échauffer dans ces vitrines du futur… Le changement de paradigme est acté, la révolution 4.0 sur les rails. L’élan irrésistible du numérique qui, jusqu’alors, avait surtout transformé le secteur des médias et des loisirs, va révolutionner l’industrie. Il peut réaliser des miracles et faire de l’Hexagone une grande nation industrielle. Saisirons- nous cette chance ? Nos atouts sont patents et nos manques identifiés. Les combler sera le vrai challenge du prochain président.

Christine Kerdellant, directrice de la rédaction

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