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L'usine Agro

Blockchain, une révolution industrielle

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La blockchain n’est pas réservée aux transactions financières. Les industriels s’intéressent à cette technologie de transmission de données, dont le potentiel pourrait bouleverser leur métier.

Blockchain, une révolution industrielle
À Brooklyn (New York), TransActive Grid a créé un réseau d’électricité local reposant sur la blockchain. Ses utilisateurs échangent de l’énergie solaire de façon sécurisée.
© crédit photo

Bitcoin, Ethereum, smart contract, cryptomonnaies. Ces mots, encore barbares il y a quelques mois, sont désormais au cœur des conversations du monde de l’industrie. Les conférences sur la technologie informatique de la blockchain, le dénominateur commun de tout ce nouveau vocable, se multiplient. Et font salle comble. « Il y a une vague d’engouement claire pour le sujet, assure Raphaël Schoentgen, le directeur recherche et technologie d’Engie. Il s’agit d’une technologie de rupture sur laquelle nous travaillons depuis deux ans. » Les équipes de recherche de l’énergéticien français ont développé leurs propres tests de la chaîne de blocs, notamment dans le cadre de leurs projets smart grid. Mais les industriels commencent tout juste à se saisir d’une innovation jusque-là réservée au monde de la finance et de l’assurance.

La blockchain est, pour le moment, surtout utilisée pour les échanges de monnaie virtuelle. L’attention s’est focalisée sur le bitcoin, la première chaîne de blocs et la première cryptomonnaie à avoir vu le jour juste après la crise financière de 2008. Pourtant, la technologie qui sous-tend ces échanges présente un potentiel d’application bien plus vaste. La blockchain est souvent comparée à un registre commun, distribué dans plusieurs serveurs informatiques, sur lequel des transactions sont inscrites de manière publique et indélébile. Concrètement, une personne connectée à la blockchain peut y envoyer un message ou une transaction. Celle-ci est reçue par les nœuds du réseau, des serveurs informatiques chargés de l’authentifier et de la valider. Ces transactions sont mises en attente dans les différents nœuds puis, à intervalles réguliers, sont analysées pour vérifier la validité des informations. Chaque nœud du réseau, composé en général de serveurs disposant d’une forte puissance de calcul, est récompensé pour son travail avec de la cryptomonnaie (bitcoin, ether…). Une fois validées, les données forment un bloc auquel est associé un identifiant informatique, par hachage cryptographique. Ce bloc est ensuite ajouté dans la chaîne. Avec un petit truc en plus qui les rend infalsifiables. Les identifiants de chacun de ces blocs sont liés les uns aux autres ; on ne peut pas en modifier un sans modifier tous les autres… Le système est réputé incorruptible. Pour l’instant, les piratages ont eu lieu sur des applications d’une blockchain, pas sur la technologie elle-même.

De quoi séduire la logistique et l’agroalimentaire

« Ce qui résume la blockchain, c’est la sécurisation des données et du registre dans lequel elles sont inscrites, explique Christophe de Courson, le directeur général d’Agentic France, une agence de conseil en nouvelles technologies spécialisée dans la blockchain. À partir du moment où elles sont diffusées dans la communauté, ces données ne peuvent pas être réécrites, donc falsifiées. » L’aspect communautaire permet aussi de se passer d’un tiers de confiance unique ou d’une autorité de contrôle, la validation synchronisée des données servant de garantie. Les applications industrielles sont ainsi multiples. Agentic France, une filiale de l’agence américaine créée cette année, a ainsi été sollicitée pour participer au congrès annuel de la Fapics, l’association française de supply chain management. Avec pour objectif de sensibiliser les responsables logistiques des groupes français aux nouvelles possibilités offertes par cette technologie. « Tout ce qui permet d’accélérer et de sécuriser les échanges est inéluctable dans notre métier », assure Michel Ducroizet, le président de la Fapics. Il pointe notamment la problématique de l’industrie agroalimentaire, qui doit garantir les dates limites de vente, la provenance des aliments, la notion d’appellation d’origine contrôlée. « Aujourd’hui, toute cette gestion est quasi artisanale, reprend-il. Le seul moyen de l’industrialiser, c’est un système qui garantisse la fiabilité des informations, qui soit accessible au plus grand nombre et qui ne puisse pas être altéré. C’est la définition de la blockchain. »

Premières initiatives dans l’énergie verte

D’autres secteurs ont déjà commencé à construire leurs projets [lire ci-dessous]. Celui de l’énergie est sans doute le plus avancé, après la finance et l’assurance. À Brooklyn (New York), la coopérative TransActive Grid a développé, cette année, un système d’échange d’énergie renouvelable entre les habitants d’une rue. Ceux équipés de panneaux solaires revendent leurs surplus de production aux autres, l’énergie étant tracée par des compteurs intelligents qui inscrivent les échanges sur la blockchain. Une application fondée sur la blockchain Ethereum permet de sécuriser les transactions entre les habitants et de certifier l’origine « verte » de l’énergie achetée. Autre initiative, en France, la plate-forme de financement participatif Lumo, spécialisée dans l’investissement en capital de centrales d’énergie renouvelable, travaille sur un projet visant à récompenser ses investisseurs en « solarcoins ». Lumo a rejoint le consortium américain ElectricChain, qui développe les solarcoins, pour inciter au développement des énergies vertes. « En les distribuant à une multitude d’internautes, ces solarcoins vont intéresser d’autres entreprises, comme Ikea ou Nature et Découvertes, explique Alex Raguet, le président de Lumo. Celles-ci pourront, par exemple, valoriser ces solarcoins en discounts ou dans leurs programmes de fidélité. » Le projet n’en est qu’à ses débuts. Lumo se donne six mois pour apporter une preuve de concept. C’est encore le cas de tous les projets blockchain, aussi avancés soient-ils. « Il y a une vraie promesse, même si elle est encore balbutiante », estime Bruno Teboul, le directeur scientifique, R & D et innovation de Keyrus, un cabinet de conseil en transformation digitale.

« Par petits bouts »

« Le bitcoin fonctionne très bien parce qu’il s’agit d’échanges entre personnes de la blockchain, confirme François Dorléans, le cofondateur de Stratumn, une start-up qui veut installer des infrastructures de blockchain publique ou privée pour les entreprises. Si on veut ajouter des informations qui viennent du dehors, il faut pouvoir apporter des preuves très solides et c’est très long à mettre en place. Cela se fait par petits bouts. » Le relais entre la blockchain et les activités industrielles implique de traduire des savoir-faire propres à chaque métier. « Faire circuler des électrons dans un réseau n’est pas si facile, souligne Raphaël Schoentgen, d’Engie. On a tendance à confondre la blockchain, qui est une technologie transactionnelle permettant un paiement, avec d’autres technologies qui concernent le réseau physique à la base du smart grid et qu’il faut pouvoir maîtriser. »

Sans compter que le passage à l’échelle supérieure de la technologie est loin d’être atteint. Le volume de données contenu dans chaque bloc est limité, de même que la fréquence de validation de ces blocs. « Le bitcoin permet de réaliser sept transactions par seconde, tandis qu’un système de paiement comme Visa est plus proche de 20 000, rappelle Emmanuel Viale, le directeur du laboratoire d’Accenture de Sophia-Antipolis. On est dans une phase d’industrialisation rapide sur la technologie. Les applications métiers mettront un peu plus de temps. » Or il y a urgence. « Les meilleures entreprises du big data sont celles qui sont entrées en expérimentation le plus tôt », prévient Éric Lévy-Bencheton, spécialiste blockchain chez Keyrus. Après internet pour la communication, le big data pour la gestion de données, les industriels n’ont pas intérêt à louper la révolution blockchain. 

Privé ou public, quel modèle choisir ?

Issue d’une idéologie libertaire, la blockchain se veut à l’origine entièrement publique et sans système de régulation. Le pouvoir appartient aux individus ! Mais la vie des affaires ne s’embarrasse pas de philosophie. Des systèmes de blockchain privés, au sein d’une entreprise ou entre une poignée d’entreprises autorisées, émergent. C’est le cas du consortium R3 CEV, qui réunit une quarantaine de banques dans le monde et qui réfléchit à faire fonctionner le système interbancaire par la blockchain. Le registre des transactions entre les banques ne serait alors distribué qu’entre ces mêmes banques qui valideraient elles-mêmes les blocs. L’avantage pour ces établissements, c’est de conserver la main sur leurs échanges. Et aussi de se passer d’un intermédiaire, tel le réseau Swift, donc de réduire leurs coûts.

Quatre applications industrielles à l’essai

Engie, teste le dépannage automatique

  • Secteurs Énergie, environnement

Dans l’Yonne, Engie a mis en place une infrastructure blockchain sur un réseau de compteurs d’eau connectés. Il a développé une application d’Ethereum gérant les données des compteurs et déclenchant automatiquement l’appel du dépanneur en cas de fuite. Et ça marche. « Cette expérience va se poursuivre. Nous allons l’enrichir d’autres objets connectés pour voir ce que la blockchain peut apporter de plus », confie le responsable du projet.

BlockPharma, veut stopper les médicaments contrefaits

  • Secteur Pharmacie

La start-up développe une application permettant de pister les boîtes de médicaments de la chaîne de production jusqu’au patient. Le logiciel de Blockpharma s’intègre au système d’information du laboratoire pharmaceutique et l’alerte en cas de falsification. Le patient peut également vérifier que son médicament est bien authentique.

Oridao, connecte les voitures à la blockchain

  • Secteurs Automobile, transport

L’application d’Oridao doit permettre aux automobilistes d’effectuer des transactions rapides et sécurisées. Le péage, le parking… pourront être réglés via la voiture connectée, même… hors connexion. La transaction sera réalisée en temps réel, puis synchronisée via la blockchain une fois la connexion au réseau retrouvée. L’entreprise montpelliéraine a gagné le concours de start-up de BMW et travaille déjà sur une application avec Air France.

Microsoft, déploie la Blockchain « as a service »

  • Secteur Cloud

Le géant de l’informatique ne pouvait pas passer à côté de la blockchain. Microsoft a ajouté à sa plate-forme de service Cloud Azure une composante blockchain. Fondée sur la technologie d’Ethereum, celle-ci permet aux entreprises de tester facilement leurs propres applications blockchain, hébergées sur le cloud de Microsoft. Baptisée Azure BaaS (pour Blockchain as a service), l’offre de Microsoft a été lancée en novembre 2015.

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