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Alain Fuchs (CNRS) : "La recherche française se mondialise"

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Président du CNRS depuis 2010, il plaide pour le maintien de la place de la recherche française dans le monde.

Alain Fuchs (CNRS) : La recherche française se mondialise

Sommaire du dossier

Comment voyez-vous le rôle du CNRS, et plus généralement de la recherche publique, dans la France de demain ?

Je défends l’idée qu’un pays qui compte dans le concert des nations doit avoir un appareil de recherche scientifique de niveau international. Mais tandis que les États-Unis, le Japon, et l’Allemagne, continuent d’investir énormément d’argent public dans la recherche, la question est de savoir si la France peut maintenir une recherche digne de ce nom en se satisfaisant d’une stagnation de son budget. En mai, au moment où des prix Nobel français ont dû lancer un appel pour que l’État renonce à des coupes budgétaires, on apprenait que l’Allemagne avait accru les moyens de la recherche fédérale de 75 % sur dix ans. Quant au rôle que doit jouer la recherche dans notre pays, on parle beaucoup de valorisation, avec l’idée que la réindustrialisation de la France passe par la recherche et l’innovation. Mais d’autres défis sont aussi posés à la science, tels que le réchauffement climatique ou le vieillissement de la population, derrière lesquels il n’y a pas de débouchés industriels immédiats. Je continue à croire que l’objectif de la science est d’abord d’accroître les connaissances.

La recherche appliquée a-t-elle sa place dans les laboratoires publics ?

Je ne fais pas de distinction entre recherche amont et aval, car il existe un continuum entre les deux. Ceci dit, le CNRS est un organisme dont la vocation est d’aller chercher, aux frontières, ce que l’on ne connaît pas encore. Dans les laboratoires communs que nous avons avec Saint-Gobain ou Solvay, par exemple, les industriels sont à la recherche de matériaux plus facilement recyclables et dont l’empreinte carbone est réduite. Nos chercheurs y travaillent sur les verrous fondamentaux qu’il faut faire sauter pour qu’un nouveau joint, un matériau pour l’automobile, un isolant, puissent répondre aux critères du développement durable, tout en restant compétitifs.

La recherche française a-t-elle progressé en termes de valorisation ?

Le paysage a beaucoup changé. Les chercheurs ont pris conscience de l’intérêt de valoriser leurs recherches et ont à cœur de le faire. Par ailleurs, l’État a investi dans ce sens, avec le Programme d’investissements d’avenir (PIA). L’autre révolution, c’est la mondialisation de la recherche française. Le CNRS recrute chaque année 30 % de chercheurs étrangers. Dans un laboratoire français, on parle toutes les langues. La conséquence de cette internationalisation est que nos laboratoires font partie des grands réseaux mondiaux au sein desquels circulent les chercheurs et les idées. C’est un point clé pour que la France reste l’un des pôles mondiaux de la science, et participe aux grandes découvertes, comme récemment celle des ondes gravitationnelles, ou à des expérimentations de pointe comme l’exploration d’une comète par la sonde Philae.

Comment le CNRS veut-il développer ses liens avec les entreprises ?

Depuis longtemps le CNRS a des relations étroites avec les grands groupes industriels français – ou actifs en France –comme Total, Thales, Saint-Gobain, EDF, Safran, Solvay… On dispose pour cela d’un outil très efficace, le contrat-cadre, qui définit pour cinq ans une vision commune et règle une fois pour toutes les questions d’organisation du partenariat, notamment en matière de propriété intellectuelle. Une fois signé, cet accord nous permet de lancer très rapidement des collaborations. Plus récemment nous avons beaucoup développé nos liens avec des PME – qui sont aujourd’hui associées à 40 % de nos labos communs CNRS-entreprises. Une autre initiative récente est de s’allier à nos partenaires industriels pour créer ensemble des laboratoires communs avec des universités à l’étranger, par exemple à Shanghai avec Solvay ou à Singapour avec Thales. Plus généralement, l’objectif est de développer les relations directes avec le monde industriel, de multiplier les visites, échanges et contacts sous toutes les formes – sans forcément brandir un contrat ! – pour définir la recherche amont que l’on peut mener avec eux. Pour nous, les entreprises ne sont pas d’abord des utilisatrices de technologies, mais avant tout des partenaires de recherche. Pour progresser encore, il faudra que les initiatives des chercheurs en direction des entreprises soient mieux valorisées. Les critères d’évaluation des chercheurs ont déjà été élargis pour prendre en compte la valorisation de leurs résultats. Il y a encore des progrès à faire, mais je mise sur l’évolution des mentalités pour que la recherche soit perçue comme un vrai continuum, de la science fondamentale jusqu’aux applications.

À quoi ressemblera le futur paysage de la recherche française ?

L’originalité du système français, qui est un atout, est d’avoir fait du CNRS un partenaire stratégique des universités, à travers les unités mixtes de recherche. Alors qu’en Allemagne, par exemple, la Max Planck Gesellschaft est un organisme de premier plan, mais ses relations sont limitées avec les universités. Je pense qu’il faut poursuivre dans cette voie, mais en faisant à présent émerger de grands ­établissements de recherche multidisciplinaires – ce qui, ­partout dans le monde, s’appelle des universités de recherche. C’est le mouvement déjà entamé par les universités d’Aix-Marseille, de Strasbourg, de Bordeaux et de Lorraine. C’est ce qui est au cœur du projet de l’université Paris-Saclay qui est dans une passe difficile mais dont il n’est pas envisageable qu’il n’aboutisse pas. Ce sont ces grandes universités de recherche qui seront visibles de nos partenaires étrangers et qui ­pourront concentrer et démultiplier notre effort de recherche. 

Trois idées phares pour 2017


Un pays comme la France doit continuer à disposer d’une recherche scientifique de niveau mondial « Pour participer à l’innovation technologique, mais aussi et d’abord pour accroître les connaissances et répondre à des défis tels que le réchauffement climatique ou le vieillissement de la population. »

La recherche française s’est considérablement internationalisée « Nos laboratoires font partie des grands réseaux internationaux de la recherche. »

Il faut faire émerger des grands établissements de recherche multidisciplinaires « À partir du modèle français, qui a fait du CNRS le partenaire stratégique des universités, le mouvement est lancé par les universités d’Aix-Marseille, de Strasbourg, de Bordeaux et de Lorraine. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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