Yoplait : General Mills, le choix de la raison
Par Patrick Déniel - Publié le
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Yoplait : General Mills en "négociation exclusive"Il sera intéressant de disséquer le contenu du pacte d’actionnaires qui sera signé dans les prochains jours entre Sodiaal et l’américain General Mills autour de Yoplait. Pour l’instant, on sait juste que l’américain prendra 51 % de la marque à la petite fleur pour plus de 800 millions d’euros (ce qui valorise Yoplait à 1,6 milliards d’euros). L’opération se fera en deux temps : d’abord le rachat de 50 %, puis ensuite l’américain prendra le contrôle de 1 % du capital pour devenir majoritaire.
Le choix de General Mills (11,43 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010) est un peu le choix de la raison. Depuis 1977, l’américain est le principal franchisé de Yoplait, et à ce titre, il est celui qui réalise le plus de chiffre d’affaires avec la marque à la petite fleur. Yoplait a tenté, juste au moment de la mise en vente, de dénoncer la franchise signée avec l’américain : une manœuvre de PAI pour mettre la pression sur General Mills et signifier aux autres acquéreurs potentiels que le champ pouvait être libre aux Etats-Unis. Mais la dénonciation du contrat aurait sans doute été juridiquement et financièrement lourde à porter pour Yoplait.
Un choix raisonnable aussi car le marché nord-américain est probablement le marché à plus fort potentiel actuellement au niveau mondial. Les américains, dont le niveau de consommation est largement inférieur à celui des européens, se ruent sur les produits laitiers. Lactalis ne s’y trompe pas non plus car il vient de prendre environ 11 % du capital de l’Italien Parmalat, dont les positions sur le marché canadien sont importantes.
Le marché américain passe avant la Chine, ont du se dire les dirigeants de Sodiaal. L’offre du chinois Bright Food était, elle aussi, alléchante, mais sans doute plus « risquée » que celle de General Mils, numéro six mondial de l’agroalimentaire, habitué à gérer de grandes marques.
Le marché chinois est certes lui aussi en pleine expansion et Bright Food a acquis des positions significatives. Les grands laitiers comme Lactalis ou Yoplait s’intéresseront un jour à ce marché, mais le scandale du lait mélaminé, qui a touché les opérateurs chinois il y a deux ans (ainsi que des opérateurs internationaux comme Fonterra et Nestlé) a calmé les ardeurs des grands opérateurs internationaux. Il faut sans doute attendre encore que le marché se structure avant d’y investir.
Les deux options françaises étaient elles aussi hasardeuses. D’abord Lactalis. Les salariés français de Yoplait peuvent pousser un ouf de soulagement. Car Lactalis aurait mené un sérieux plan pour dégager des synergies entre ses usines de yaourts détenues en joint-venture avec Nestlé (La Laitière, Yoco, BA) et les trois usines de Yoplait.
Mais les relations entre les deux groupes sont loin d’être bonnes et on aurait probablement assisté à une guerre des tranchées entre Lactalis et Sodiaal pour le contrôle de Yoplait. Emmanuel Besnier n’a semble-t-il pas su enterrer la hache de guerre avec Sodiaal et son président Gérard Budin : une occasion est gâchée de construire un challenger solide de Danone au niveau européen. Si Emmanuel Besnier se consolera avec une prise de participation dans l’Italien Parmalat, il doit déjà avoir les yeux sur d’autres cibles possibles, notamment la pépite allemande Müller.
Ensuite Bel. Qu’est-venu faire la groupe fromager dans cette histoire ? Certains y auront vu le faux-nez de Lactalis, actionnaire minoritaire de Bel. Il semblerait que le groupe d’Antoine Fievet, dont le savoir-faire marketing à l’international n’est plus à démontrer, s’est surtout intéressé à la marque Yoplait et à son potentiel sur de nombreux marchés où le fromager est présent. Mais Yoplait évolue sur un univers commercial et industriel tellement différent de La Vache qui Rit, le Kiri ou le Babybel, que les synergies auraient été très faibles. Le seul dénominateur commun est la matière première laitière : trop faible pour en faire un acquéreur sérieux.
Le tandem General Mills-Sodiaal, c’est l’alliance entre une multinationale américaine et un groupe coopératif français. Un choc des cultures est à prévoir. Le pacte d’actionnaires sera donc intéressant à détailler pour voir quelle partition chacun va jouer, et notamment pour savoir si l’Américain va mettre son nez dans les affaires de Sodiaal en France ou se contenter de gérer le développement de Yoplait à l’international. Réponse dans les prochains mois.

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