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Yoplait et la tentation chinoise

Par Patrick Déniel - Publié le
Yoplait
© FlickRCC-PKMousie

Opération séduction. Les dirigeants du groupe chinois Bright Food multiplient les rencontres : ministère de l’Economie, ministère de l’Agriculture, présidence de la République, et jusqu’à Jean-Pierre Raffarin, missi dominici du gouvernement français en Chine… Ils auront écumé tous les réseaux d’influence parisiens, y compris les principaux titres de la presse économique.

L’objet de cette activité : Yoplait. Bright Dairy, la filiale de Bright Food sur les produits laitiers, est candidate au rachat des 50 % de Paribas Affaires Industrielles (PAI) dans la marque à la petite fleur, deuxième signature mondiale sur le marché des produits laitiers. Une belle cible, pour le chinois, qui a déjà tenté de prendre pied en Europe en tentant de racheter United Biscuits et ses fameux BN, une opération qu’ils n’ont pas réussi à conclure. Il semblerait, selon les infos que PAI veut bien laisser filtrer, que le chinois soit pour l’instant le mieux-disant dans cette procédure d’enchères.

 
Partenaire de Danone en Chine jusqu’en 2007, Bright Food est à l’affût d’une marque internationale qu’il pourrait développer sur son marché national, mais aussi en Inde ou en Indonésie, « deux marchés qui ressemblent au marché chinois d’il y a vingt ans », explique Ke Li, vice-présidente de Bright Dairy, en charge du marketing.
 
Côté chinois, on a bien compris que Sodiaal aura son mot à dire dans le choix du futur repreneur de Yoplait. On met en avant les similitudes entre le groupe coopératif français et l’organisation de Bright Dairy : « Notre président appartient à l’association des producteurs de lait de Shangaï », explique la responsable du marketing.
 
Et la candidature chinoise a de quoi intéresser le groupe coopératif. D’abord, contrairement à un Lactalis ou un Bel, il est peu probable que Bright Dairy ne mette son nez dans les affaires franco-françaises de Sodiaal, que ce soit les histoires de collecte de lait ou dans les usines françaises de Yoplait. Et Yoplait se verrait ouvrir le marché chinois, où la marque n’est pour l’instant pas présente. « Nous pensons que nous pouvons développer sous cinq ans les ventes de Yoplait à hauteur de deux milliards de yuans (220 millions d’euros) », affirme Ke Li, qui souligne que la moitié de la croissance du marché mondial des produits laitiers se fait aujourd’hui en Chine… « Bright Dairy est plutôt spécialisé dans des produits comme les yaourts nature et les produits fonctionnels de type Activia. Alors que Yoplait possède une grande expertise dans les yaourts aux fruits, les fromages ou des produits comme Perle de Lait. Nos deux portefeuilles sont complémentaires », souligne la responsable marketing.
 
Bright Food laisse également entendre qu’il pourrait acheter des produits laitiers de commodités (beurre, poudre, sérum…) auprès de Sodiaal plutôt qu’aux Américains. Un argument qui doit porter côté français.
 
Alors, qui dit mieux que Bright Food ? Cinq autres acheteurs – plutôt discrets - seraient encore sur les rangs : le Français Bel, le suisse Nestlé, le mexicain LaLa, l’américain General Mills et le fonds Axa Private Equity. Difficile de penser que le Français Lactalis a déjà dit son dernier mot. Résultat le 7 avril prochain, date limite de dépôt des offres. PAI et Sodiaal devraient ensuite rapidement prendre leur décision.

Bright Food en chiffres
90 milliards de yuans, doit 9,83 milliards d’euros de chiffre d’affaires
2,31 milliards de yuans de bénéfice net, soit 250 millions d’euros
7 pôles d’activité : production agricole, produits laitiers (10 % du chiffre d’affaires), alcool, confiserie, alimentation générale, distribution en propre, distribution en franchise.
23 usines de produits laitiers en Chine


Source photo : PKMousie
  

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