Une belle acquisition, mais payée un peu cher. Le suisse Nestlé a annoncé hier, le 23 avril, le rachat de Wyeth, l’activité de nutrition infantile (c’est-à-dire les laits en poudre) du laboratoire pharmaceutique Pfizer, qui se désengage du secteur, à l’instar de l’ensemble des opérateurs de la pharmacie.
Nestlé (88 milliards d’euros de chiffre d’affaires) rachète ainsi une activité d’environ 2,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires à forte croissance (environ 13 % par an sur les quatre dernières années) et à marges élevées (environ 25 % d’Ebitda), et particulièrement bien placée sur l’Asie.
Dans un marché mondial de la nutrition infantile estimée à 30 milliards de dollars (en croissance d’environ 13 % par an), la Chine est devenu le premier marché avec 7,306 milliards et sera dans les prochaines années le principal moteur avec une croissance de 19 %, devant le reste de l’Asie (6,475 milliards, +6,7 %). Or Wyeth est très bien positionné sur ces marchés, puisqu’il réalise 85 % de ses ventes sur les émergents et 60 % sur la zone asiatique.
L’acquisition devrait servir l’objectif fixé par Paul Bulcke, le patron de Nestlé, de réaliser 45 % de son chiffre d’affaires en Asie d’ici 2020, contre 38 % actuellement. Et pourtant, à l’annonce de ce rachat stratégique, le titre Nestlé était orienté à la baisse. Les investisseurs ont tiqué sur le prix de l’acquisition (près de 20 fois l’Ebidta), beaucoup plus élevé que les 7 milliards anticipés par les analystes.
Avec sa forte croissance, Wyeth devrait soutenir la position de Nestlé en tant que champion de la croissance dans le secteur agroalimentaire. Le groupe s’ancre également comme leader mondial d’un marché mondial de la nutrition infantile encore très éclaté.
Si Nestlé, qui a accepté de débourser 8,98 milliards d’euros, c’est qu’il devrait tirer beaucoup de synergies de cette opération : le suisse les estime d’ores et déjà à 160 millions de dollars par an. C’est sans doute plus que Danone, qui était en lice pour la reprise de Wyeth, et qui n’a pas poussé les enchères. Le Français, qui avait lui aussi cassé sa tirelire en 2007 pour acheter le néerlandais Numico, n’a pas la plantureuse trésorerie du groupe de Vevey (13 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent chaque année 6 milliards de cash).
Il pourrait néanmoins ne pas tout perdre dans cette opération, récupérer des éléments de Pfizer qui feraient doublon chez Nestlé, notamment en Australie, au Venezuela et en Thaïlande.









