Eolien Offshore
© Mariusz Pazdziora - C.C.
Investissement. Trois questions à Pierre Peysson, chef de projet éolien offshore de Fécamp en Seine-Maritime, porté par le groupe allemand WPD. Pour rappel, le projet initial, appelé désormais à changer en fonction de l’appel d’offres était de 60 éoliennes, d’une capacité annuelle de 300 MW pour un investissement de 700 millions d’euros. Et opérationnel en 2013.
Votre projet de parc éolien offshore de Fécamp en Seine-Maritime est éligible dans le cadre de l’appel d’offre gouvernemental, est-il aujourd’hui mature et quels en sont les paramètres ?
Nous attendions de longue date cette confirmation que nous accueillons avec beaucoup de satisfaction. C’est la reconnaissance du travail de concertation que nous menons depuis près de quatre ans maintenant avec les pêcheurs, les élus, les associations, la plate-forme technologique de Fécamp, les industriels, etc.
L’identification de la zone date de plus de deux ans. Afin de l’identifier, nous avons créé dès le début de l’année 2008 un comité local de concertation qui compte 50 membres et regroupe l’ensemble des parties prenantes du projet. Cette démarche a permis d’identifier de manière consensuelle la zone la plus favorable pour l’implantation du projet, en tenant compte des enjeux locaux (paysage, pêche, environnement, tissu industriel). Zone qui a recueilli l’unanimité.
Ensuite, nous avons mené de nombreuses études qui ont confirmé la faisabilité technique et environnementale d’un projet dans cette zone. Celle-ci dispose de multiples atouts, faible profondeur des fonds, géologie favorable, important gisement éolien, proximité du raccordement électrique. Elle laisse entrevoir un projet bénéficiant d’un ratio « coût/énergie produite » très compétitif.
Aujourd’hui, le projet est évalué entre 1 et 2 milliards d’euros, plusieurs configurations de parc étant désormais possibles, la zone ayant été identifiée par le gouvernement pour une capacité maximale de 500 MW. Le choix final du projet dépendra du cahier des charges de l’appel d’offres, notamment de la puissance précise alors visée par l’Etat dans la zone, et de la concertation que nous allons continuer de mener avec nos interlocuteurs locaux.
Concernant le volet économique, notre projet porte sur une exploitation sur le long terme d’une durée de vingt à trente ans. Le retour d’expérience des autres pays européens démontre l’impact très positif de cette filière sur le plan économique, social et touristique.
Nous travaillons actuellement à un plan industriel qui se voudra « made in France », particulièrement en Haute-Normandie. En ce sens, nous partageons avec tous les acteurs économiques régionaux notre expérience dans le développement, la construction et l’exploitation de parcs en mer (WPD vient d’achever la construction du 1er parc offshore allemand dit « Baltic 1 »).
Ces échanges permettent de mieux comprendre les enjeux d’un tel chantier et participent pleinement à structurer et développer la filière localement. Dans le cadre de la réponse à l’appel d’offres, nous souhaitons former un consortium de partenaires capable de créer une véritable filière industrielle pérenne en Haute-Normandie. Des discussions très avancées sont en cours.
Quels sont ses atouts pour remporter ensuite l’appel à projets ?
Le principe de l’appel d’offres induit une remise en concurrence du projet. Le cahier des charges permettra de préciser les critères qui permettront de sélectionner le meilleur projet. Mais, en tout état de cause, tous nos travaux conduits depuis quatre ans, le travail de concertation pratiqué et les relations entreprises avec les industriels afin de proposer un projet « made in France » nous donnent une avance confortable pour le prochain appel d’offres. L’enjeu sera de la conserver.
Si vous gagnez cet appel à projets, quel est votre calendrier pour construire et mettre en service la plate-forme, quelles en seront les retombées économiques ?
Le calendrier final découlera directement de la procédure d’appel d’offres et d’attribution des projets. Cependant, l’avancement des études techniques et environnementales que nous avons déjà réalisées doivent nous permettre de proposer un calendrier de mise en route industrielle rapide. Les travaux de construction pourraient débuter dès 2014 pour une mise en service des installations en 2016.
Côté emploi, le parc représente environ 1 000 emplois pour sa construction et une soixantaine pour l’exploitation. La construction du parc et la maintenance appellent à structurer et développer de nombreuses filières sur le plan local. Elle implique en effet électromécaniciens, électriciens, mécaniciens, chaudronniers, soudeurs, manutentionnaires, ingénieurs météo, ingénieurs HSE, ingénieurs planificateurs, hydrauliciens, techniciens en matériaux composites, experts en coordination de travaux maritimes, plongeurs, pilotes maritimes, gestionnaire des stocks, responsable logistique, magasiniers, métiers liés à la maintenance et à la réparation navale, pilotes d’hélicoptères.
Quant aux retombées financières, elles seront à la mesure de la puissance installée et se chiffreront en millions d’euros.