Wipro : merci les subventions, bye-bye les cerveaux
Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3161A Sophia-Antipolis, le géant indien de l'informatique a décidé de fermer son centre de R et D sur la connectivité. Jusqu'au bout, il aura largement profité des aides françaises.
Senthil Murugasan, le PDG de Wipro New Logic, décroche son portable mais, confronté à la presse, roule un cordial « Sorry, I'm in a meeting » et renvoie sur la direction de la filiale française. C'est à elle de s'expliquer sur le projet de fermeture du site de Sophia-Antipolis depuis que les 60 ingénieurs de Wipro France ruent dans les brancards.
Pourtant, en 2006, lors du rachat de l'entreprise autrichienne New Logic par le géant indien de l'informatique, le PDG monde, Azim Premji, 24e fortune mondiale selon « Forbes », s'était déplacé en personne à Nice. Accueilli en grande pompe par le sénateur Lafitte et la CCI, il déclarait : « Nous réalisons 35 % de nos activités avec la R et D. New Logic nous apporte un capital précieux de propriété industrielle et un savoir-faire en matière de puces électroniques et de design analogique. Le groupe ne fait que commencer sa percée sur le Vieux Continent. »
Trois ans après, ces propos laissent un goût amer aux salariés, tandis qu'un scandale s'annonce. Car mi-septembre, la direction avouait qu'elle avait demandé à bénéficier des mesures du plan de relance. Elle a ainsi perçu 3, 7 millions au titre de l'avance sur le crédit impôt recherche (CIR). Qui s'ajoutent à un versement déjà perçu de 1,3 million du CIR classique. Au total, comme le confirme le ministère de l'Industrie, plus de 5 millions en 2009. Ironie du sort, le dernier versement du trésorier-payeur est intervenu deux semaines avant l'annonce du désengagement de Wipro.
Ce centre développait en IP (propriété intellectuelle) des solutions de connectivité sans fil, principalement pour les fabricants de semi-conducteurs. Pour Loïck Le Moigne, le directeur marketing de Wipro France, le marché connaît « de moins en moins de demande et une pression sur les prix ». L'expert auprès du CE a pourtant pointé les premiers signes de reprise d'activité après la chute de 2008 et de début 2009. De son côté, le cabinet Gartner publiait le 11 septembre une prévision de reprise des investissements des fabricants de semi-conducteurs de 47,3 % pour le deuxième semestre 2009. Selon une source interne à Wipro, un contrat de 5 millions avait même été signé avec STMicroelectronics en mai. Les salariés crient au hold-up technologique. Pour Bruno Jechoux, ingénieur, « officiellement, ils veulent se désengager de ce segment mais en fait, c'est le transfert technologique qui est presque arrivé à son terme. Ils vont pouvoir partir avec le savoir-faire et les brevets ». La direction récuse : « C'est un échange de technologie, le modèle offshore est basé sur des équipes mixtes de Français et d'Indiens. Et le sort des salariés indiens sur l'IP est également posé. »
ELUS ET GOUVERNEMENT S'EN MÊLENT
Le dossier a désormais pris une tournure politique. René Vestri, le sénateur des Alpes-Maritimes, et Patrick Allemand, le vice-président (PS) du conseil régional, montent au front. Ce dernier s'étrangle : « On ne peut pas piller une technologie et partir avec la caisse. » Quant à Christian Estrosi, il a donné quinze jours à Wipro pour faire la preuve qu'ils ne « sont pas des patrons sans scrupules ». Sur place, les discussions patinent pour obtenir les droits de propriété intellectuelle afin de monter des spin-off et un plan de reclassement plus avantageux.

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