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Vraiment verte la high-tech ?

Par Par aurélie barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3152

ENVIRONNEMENT I Le Green IT serait l'arme fatale antiémission de CO2. Relayé par tous les acteurs de la high-tech à grand renfort d'études, de communiqués et de publicités plus ou moins objectives, le concept ne fait pas l'unanimité. Décryptage.

Encore un peu de patience ! Les préconisations du groupe de travail Green IT (EcoTIC en français), piloté par le Conseil général des technologies de l'information, ne devraient pas tarder à arriver sur le bureau de Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi. Au menu : les pistes pour rendre les technologies de l'information et de la communication (TIC) moins polluantes - il y a du travail -, mais aussi des idées pour favoriser leur utilisation au service du développement écoresponsable des entreprises. Vaste programme. Elles complèteront les 25 recommandations du rapport TIC et Développement durable, remis en décembre 2008 à Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie. De quoi aussi faire écho au communiqué de la Commission européenne de mars 2009, qui encourage les Etats membres à recourir aux TIC pour réduire de 15 % les émissions totales de carbone en Europe d'ici à 2020. Le concept de Green IT inventé par les industriels de la high-tech pour se donner une caution environnementale, a donc atteint son but : persuader que les TIC peuvent sauver la planète du réchauffement. Vrai au faux ? .

L'impact des TIC sur l'environnement est sous-estimé

VRAI - Selon une estimation du cabinet américain Gartner, reprise par la quasi-totalité des organismes (gouvernement, entreprises...) s'intéressant au Green IT, les TIC seraient responsables de 2 % des émissions mondiales de CO2, soit autant que le transport aérien. Or ce chiffre ne tient pas compte des équipements audiovisuels et date de deux ans déjà (avril 2007). L'infrastructure internet aux Etats-Unis représentait déjà, à elle seule, 3 % de la consommation totale d'électricité en 2003, selon l'Environnemental Protection Agency (EPA). Et, selon l'étude Smart 2020, l'empreinte des TIC devrait au moins doubler d'ici à 2020. Enfin, rien qu'en France, la consommation d'énergie des TIC (audiovisuel compris) atteindrait aujourd'hui plus de 13,5 % de la consommation d'électricité (50 à 60 TWh) et pourrait monter à 20 % dans les années à venir si le rythme de croissance annuel (8 à 10 %) continue et si l'arrivée de la TNT et de la haute définition n'est pas mieux réglementée. En effet, l'audiovisuel et l'informatique constituent le deuxième poste (30 %) de consommation d'électricité spécifique (après le chauffage et l'eau chaude sanitaire) des ménages. En outre, de 1995 à 2007, les gains de consommation réalisés sur les appareils électroménagers et l'éclairage ont été annulés par la progression des TIC.

Une arme fatale antiréchauffement

FAUX - Globalement, les TIC auraient effectivement un apport positif pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon les estimations, elles pourraient même permettre d'économiser de une à quatre fois leurs propres émissions sur le reste de l'économie. L'étude européenne Smart 2020 parle même d'un facteur cinq. Comment ? Grâce au télétravail, à la vidéoconférence, à la dématérialisation des échanges, à l'e-commerce, aux logiciels d'optimisation énergétique, au GPS qui évite aux automobiles de polluer dans les embouteillages, aux capteurs qui optimisent les consommations de carburant, les durées d'éclairage public ou le chauffage des habitats. La liste n'est pas close.

Le problème, c'est que la consommation des TIC est encore très mal contrôlée : chaleur dissipée par les centres de données non récupérée, absence de fonction de veille optimisée dans les boîtiers internet, absence d'étiquetage énergie affichant les consommations sur les équipements multimédias...

Du côté des usages, malgré le potentiel du télétravail, seuls 6 % des Français le pratiqueraient (contre 25 % au Pays-Bas). Idem pour la téléconférence : deux tiers des entreprises européennes n'ont pas essayé et n'envisagent pas de le faire.

Bref, pour réellement transformer les TIC en arme antiréchauffement, il faut leur donner des munitions. Elles sont connues : réglementation, bonus-malus, taxe carbone et autres certificats blancs pourraient être efficaces. Encore faut-il avoir le courage politique de les imposer.

PC et mobiles virent au vert

VRAI - Les efforts d'écoconception sont timides mais réels. Coque en bioplastique, alimentation intelligente (qui se coupe une fois le téléphone chargé), emballage réduit, manuel électronique, les derniers modèles de mobiles (Greenheart de Sony Ericsson ou Evolve de Nokia) virent au vert pâle. Les constructeurs réfléchissent même à une alimentation commune pour tous. Balbutiements similaires du côté des fabricants de PC, avec des alimentations optimisées, une veille zéro watt et de plus en plus de matériaux recyclés dans les imprimantes. Fujitsu s'est même inventé un logo-label Green IT, qui indiquera le rendement énergétique et l'impact de ses produits sur l'environnement, depuis la fabrication jusqu'au recyclage.

Louables efforts, pourtant réduits à néant par une gestion famélique des déchets électroniques dans la plupart des pays, et surtout une durée de vie des produits qui ne cesse de se réduire. « Pour les PC, elle est passée de six ans en 1997 à deux ans en 2005 et dans les pays industrialisés, elle est à moins de deux ans pour les téléphones portables », rappelle Fabrice Flipo, maître de conférences à l'université d'Evry. Pire, selon une étude Gartner-Syntec, sur 180 millions de PC remplacés en 2008 en France, 20 % (soit 35 millions) ont purement et simplement été jetés dans la nature. Sans parler des mobiles qui s'entassent dans les tiroirs, les programmes de renouvellement de contrat des opérateurs mobiles poussant à la consommation.

Internet, un monstre énergivore

VRAI - Quoi qu'en dise Google, les chiffres sont pessimistes. Selon un chercheur de l'université de Dresde, d'ici à vingt-cinq ans, si les technologies n'évoluent pas, internet consommera autant d'énergie que l'ensemble des autres activités humaines. Heureusement, les technologies évoluent. Les constructeurs travaillent d'arrache-pied pour améliorer l'efficacité énergétique des centres de données. Les nouvelles générations de serveurs consomment la même quantité d'électricité qu'une ampoule classique et permettent d'économiser jusqu'à 70 % d'énergie. Les techniques de virtualisation permettent d'augmenter le taux d'utilisation des machines et donc, sur le papier du moins, d'en réduire le nombre. Pour fixer des règles, l'EPA (agence pour la protection de l'environnement américaine) vient même d'accoucher d'un label, Energy Star, conçu pour les équipements bureautiques et adapté aux serveurs. Malheureusement les spécifications ne seront complètes qu'en octobre 2010.

Les entreprises adoptent le Green IT

FAUX - Dans les études, c'est pourtant l'engouement. « Malgré la crise, plus d'un tiers des organisations vont investir au moins 15% de leur budget informatique dans un projet Green IT, et seulement 10 % des sondés n'ont pas de projet Green IT »,

affirmait Gartner en avril dernier. Les DSI européens seraient même des géants verts depuis au moins deux ans ! Selon une autre étude d'octobre 2007, de l'éditeur américain NetApp cette fois, « 85 % des entreprises européennes prennent en compte l'environnement dans leurs décisions d'achats de systèmes informatiques ». Parfait. Mais en y regardant de plus près, le concept de Green IT reste flou. Ainsi, quand la Société générale annonce un programme Green IT, il ne s'agit en fait que de valoriser ses déchets électroniques et d'optimiser un peu l'efficacité énergétique des bâtiments. Heureusement, HP est là pour recadrer les esprits. Le constructeur américain a édité un « Green IT pour les nuls », en anglais uniquement mais téléchargeable gratuitement. Pour une version française, on compte sur Bercy.

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