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Voyage au pays du plein emploi

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3236
Laboratoire
© ULRICH LEBEUF/MYOP

  Les Français ne sont pas égaux face au chômage. Grâce au dynamisme de leurs élus et des industriels locaux, certains territoires réussissent, malgré les crises, à produire un bien précieux : le travail.

Avant de partir sur les routes de France pour comprendre les ressorts de ces contrées riantes où l'emploi est un bien partagé, nous avons cherché la définition du plein emploi. Quête vaine : il n'y a pas de consensus d'économistes sur ce concept. Tous s'accordent, en revanche, pour juger qu'il n'est pas synonyme d'un taux de chômage zéro. Le seuil incompressible se situerait entre 3 et 5 % avec le turn-over "naturel" lié aux évolutions de carrière.

L'idée la plus répandue est que le plein emploi existe lorsque toute personne désirant et pouvant travailler réussit à trouver un emploi dans un temps raisonnable. L'Organisation international du travail (OIT) a plus d'ambition. Selon elle, le plein emploi doit aussi être "productif, librement choisi et en rapport avec ses compétences et qualifications".

En 2000, le rapport de l'économiste Jean Pisani-Ferry intitulé "Plein emploi" tentait de fixer des orientations pour atteindre un taux de chômage inférieur à 5 % à horizon 2010 en France. Dix ans plus tard, avec une moyenne nationale de 9,6 %, la cible a visiblement été ratée. Mais pas partout : 12 territoires en France affichent un taux de chômage inférieur à 6 % comme la Lozère (4,2 %) et le pays de Vitré (5,3 %).

À l'heure où la France a fait de l'emploi une priorité nationale, L'Usine Nouvelle est allé dénicher, sur ces territoires, les recettes de leur succès. Pour comprendre pourquoi la zone de la Sambre-Avesnois tutoie presque 17 % de taux de chômage alors que le pays de Rodez, lui, ne déplore que 5,1 % de personnes sans emploi. Tordons tout de suite le coup aux questions démographiques. Elles comptent mais ne sont pas déterminantes. Certes, il est assez aisé à la ville de Mauriac qui compte 19 habitants au km2 et qui a perdu 0,69 % de sa population en dix ans d'avoir un taux de chômage de 4,9 %. Mais à l'autre bout de la France, la zone de Molsheim-Schirmeck compte 140 habitants au km2, a accru sa population de 0,85 % sur la même période et tourne à 5,6 %

La réussite du volontarisme politique

Notre enquête montre que les pays du plein emploi ne sont pas forcément les plus gros recruteurs en volume. C'est l'apanage des grandes métropoles dont l'intensité économique est plus forte. Le rythme n'est pas non plus la clé. "Le Nord a repris une courbe de création importante d'emploi mais le département a tellement été affecté par les restructurations que cela ne suffit pas à rattraper les destructions accumulées", explique le directeur du cabinet FIE, Michel Ghetti.

Le plein emploi se niche en général dans des régions semi-rurales qui ont réussi sur le long terme un développement économique équilibré entre agriculture, services et industrie. Ce secteur demeure un moteur de l'activité des territoires en jouant la carte de la recherche à Orsay, à Vitré ou à Rodez. Dans la capitale aveyronnaise, le troisième employeur local, le semencier RAGT, compte ainsi 280 chercheurs sur 650 salariés.

La diversification de l'industrie elle-même permet de résister au cycle qui affecte les secteurs d'activité : le nord de l'Alsace, très centré sur la sous-traitance automobile, est mal en point en comparaison de la zone de Molsheim qui conjugue mécanique, agroalimentaire et pharmacie.

Le dynamisme des territoires dépend du travail de leurs élus. À Vitré, Pierre Méhaignerie mouille sa chemise depuis 30 ans pour séduire les entrepreneurs. Le dynamisme des politiques est d'autant plus fécond qu'ils entretiennent un dialogue actif avec les chefs d'entreprise pour faire éclore un écosystème. La qualification des salariés est aussi un atout : plus de cadres, c'est moins de chômeurs.

Et puis, il y a le petit plus intangible lié au tempérament régional : le goût du travail et le sens de la solidarité qui favorise l'insertion. Non pas que les Picards soient paresseux et les Bretons ou les Aveyronnais travailleurs, mais des régions longtemps rudes ont peut-être poussé leurs habitants à se dépasser un peu plus que la moyenne. En comptant essentiellement sur eux pour assurer leur avenir.





 

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