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ENQUÊTE Le premier établissement de ces nouveaux instituts de recherche mutualisée entre en fonctionnement à Nantes. Il essuie les plâtres avec moult innovations... administratives.
Jules Verne était un visionnaire. L'Institut de recherche technologique (IRT) qui porte son nom a lui aussi une longueur d'avance. Il est le premier des huit IRT à entrer en fonctionnement. Implanté à Nantes (Loire-Atlantique), avec des annexes au Mans (Sarthe) et à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), il doit devenir un centre de référence pour les technologies de production composites, métalliques et de structures hybrides utilisées dans de multiples secteurs comme l'aéronautique, le naval, l'automobile ou l'énergie. L'État a décidé de doter cet IRT de 44 millions d'euros au cours des trois premières années d'existence. Les entreprises fondatrices, les collectivités territoriales et les partenaires académiques apporteront, eux, 52 millions. Et, au total, d'ici à 2022, c'est plus de 350 millions d'euros qui seront engagés dans ce centre R et D d'un nouveau genre. Issus de l'imagination fertile des promoteurs du grand emprunt, rebaptisé programme d'investissements d'avenir, les IRT sont des centres de recherche mutualisée entre différents industriels et structures publiques. Des structures hybrides, disposant de leurs propres locaux, de leurs équipements et de leurs équipes de recherche, qui n'existaient pas jusque-là et qu'il a fallu inventer. « Et bien sûr, le diable se niche toujours dans les détails », sourit Stéphane Cassereau, le délégué général de l'Association des membres fondateurs de l'IRT Jules Verne (Afirt). Il sera le premier directeur général de l'institut nantais [lire page suivante].
Un consortium pour inclure les PME
L'homme, ancien directeur de l'École des mines de Nantes, n'est pas peu fier d'être aux commandes du premier IRT opérationnel en France. Ce fin connaisseur des partenariats public-privé mesure le chemin parcouru et s'amuse de voir les autres porteurs de projets venir lui demander conseil. Porté par le pôle de compétitivité EMC2, spécialisé dans les composites pour l'aéronautique, l'IRT Jules Verne ne figurait pas parmi les favoris lors de la sélection à la mi-2011. Mais, aujourd'hui, c'est lui qui sert de modèle... Statut, organisation, propriété industrielle, négociation avec les collectivités territoriales, rapports avec les services de la Commission européenne... Rien n'est simple. « Nous avons dû inventer de nouvelles règles du jeu car rien n'était défini en amont, sur le volet fiscal notamment, souligne Stéphane Cassereau. Nous avons apporté au moins autant d'innovations administratives que nous en développerons en termes de technologies dans l'institut! » Pour le statut, par exemple, le choix s'est porté sur une fondation de coopération scientifique. Cette nouvelle forme, créée en 2006, permet notamment d'obtenir un agrément crédit impôt recherche qui rend les contrats de recherche passés avec l'institut déductibles à 60%! « En revanche, vis-à-vis de Bruxelles, nous nous présentons comme une PME obtenant des financements pour chacun de ses grands programmes de R et D, et non comme une entité unique. Sinon, il nous faudrait demander une autorisation pour les subventions de l'État, car elles dépassent 10 millions d'euros », explique Stéphane Cassereau.
Pour inclure les PME, comme le demandait René Ricol, le commissaire général à l'investissement, le pôle de compétitive EMC2 a mis sur pied un consortium. « Nous avons réuni les dix entreprises qui souhaitaient participer à l'IRT dans un GIE, baptisé Albatros pour filer la métaphore de l'univers de Jules Verne », explique Laurent Manach, le directeur du pôle EMC2 et délégué général adjoint de l'Afirt. Ils participeront ainsi aux projets du pôle aux côtés de DCNS et STX pour le secteur naval, Daher et Airbus pour l'aéronautique, Alstom pour l'énergie et Faurecia pour le transport terrestre... « Nous sommes très déçus que PSA et Renault, qui devaient participer à l'IRT, aient finalement abandonné. Ce n'était pas le bon moment pour eux, ils sont en pleine réorganisation », reconnaît Stéphane Cassereau. Au conseil d'administration de l'IRT, les industriels occupent six sièges sur quatorze. Le GIE Albatros et le pole EMC2, chacun un. Cinq autres sont occupés par les partenaires académiques (Pres université Nantes - Angers - Le Mans, l'université de Nantes et L'École centrale de Nantes) et de la recherche publique (CNRS et Cetim). Le dernier étant réservé au représentant du personnel. « Les collectivités territoriales, qui investissent dans les infrastructures de l'IRT, voulaient aussi un siège permanent. J'ai négocié qu'elles aient juste cinq sièges d'invités permanents, sans droit de vote », précise Stéphane Cassereau. Pourtant, ces collectivités vont investir près de 100 millions d'euros sur dix ans, dont les deux tiers en infrastructures.
Pépinière, incubateur et formation
L'IRT devrait disposer, à terme, de 100 000 m2 de bâtiments, laboratoires, centre de formation, incubateur et pépinière : 65 000 m2 à Nantes près de l'aéroport ; et 35 000 m2 au Mans, dans le pôle de contrôle acoustique de l'université du Mans, et à Saint-Nazaire, dans un nouveau pôle de réalité virtuelle à construire. L'institut a aussi, dans ses objectifs, un fort volet formation, avec 15 000 m² de bâtiment qui devront accueillir jusqu'à 1 000 étudiants permanents, ainsi qu'une pépinière et un incubateur. Aux collectivités territoriales d'organiser les infrastructures. « Nous sommes en discussion avec Nantes Métropole pour que tous les composants soient en place entre 2015 et 2018. Il faut notamment que le tram arrive jusque-là, pour que le campus Jules Verne devienne un véritable lieu de vie », annonce le responsable de l'IRT.
À la fin mars, les membres fondateurs de l'IRT Jules Verne ont élu Gérald Lignon à sa présidence. Son mandat sera d'une durée de trois ans. Âgé de 54 ans, diplômé de l'Ensae (Sup'Aero), Gérard Lignon est vice-président senior chez Airbus depuis 2009, chargé de la direction de l'usine de Saint-Nazaire, dédiée à l'assemblage des sections avant et centrales des avions de la gamme Airbus. Spécialiste des technologies de production métalliques et composites, il a été l'un des artisans majeurs de la création du pôle de compétitivité EMC2, puis de celle de Technocampus EMC2, alors qu'il était le directeur de l'usine Airbus de Nantes.
En attendant sa plate-forme de recherche Technocéan (qui se déploiera sur 17 000 m2 à la fin 2013 ou début de 2014), l'IRT va débuter ses activés au sein du Technocampus d'EMC2, créé il y a trois ans par Airbus et une vingtaine d'acteurs de l'aéronautique pour développer leurs produits et leurs process de production de composites. De quoi lancer les cinquante premiers programmes de recherche inscrits sur la feuille de route de cet IRT dédié aux composites.
Interview de STÉPHANE CASSEREAU, futur directeur général de l'IRT Jules Verne : « S'autofinancer est irréaliste »
Quels sont les objectifs économiques fixés à l'IRT?
À l'origine du projet, nous avions pour ambition la création de 5 000 emplois sur la région. Mais c'est difficile à mesurer. Nous préférons désormais raisonner en termes de création d'entreprises, avec un objectif de 20 start-up en dix ans.
Serez-vous autonome dans dix ans, comme prévu?
La rentabilité à dix ans n'est pas réaliste. C'est une vue de l'esprit. Même les meilleurs au monde, comme les instituts Fraunhofer allemands, ne s'autofinancent qu'à 50%. Je vise au mieux, un autofinancement de 30% à dix ans. Personne dans le monde ne fait de la recherche mutualisée autofinancée.
Comment avez-vous résolu le problème de la propriété industrielle?
C'est l'IRT qui déposera tous les brevets issus des travaux de recherche. Les membres auront un droit d'accès prioritaire sur leur exploitation. Si cela ne les intéresse pas, nous les valoriserons. Des discussions avec France Brevets et la future Société d'accélération de transfert de technologies Ouest valorisation ont déjà été entamées.
Un plan sur dix ans
- 350 millions d'euros de budget, dont 115 de l'État, 126 des industriels et 33 des collectivités territoriales (hors infrastructure)
- 32 membres : 16 industriels, 11 établissements et organismes de recherche et 5 collectivités territoriales.
- 242 personnes, dont 197 personnels de recherche en 2021
- 1 000 articles publiés
- 225 thèses lancées
- 20 start-up créées









