TRIBUNE Dans une campagne de juin dernier, Sodexo, leader mondial de la restauration collective, a voulu communiquer sur le développement durable en mettant en affiche un argument généralement utilisé par les mouvements anti-viande selon lequel consommer un kg de viande de veau correspondrait à parcourir 220 km en voiture… La polémique a eu pour conséquence le retrait rapide de cette campagne par Sodexo. Dans cette tribune, Pierre Halliez, directeur général du Syndicat des Entreprises Françaises des Viandes (SNIV-SNCP), s'insurge contre cette comparaison et en donne les raisons.

Il nous est rarement donné de choisir entre un steak et …un trajet en voiture ! Si l’on veut comparer, comparons alors la protéine de viande à la protéine de pois, de lentille, de féverole ou, mieux si l’on veut parler km, à la protéine de soja très majoritairement importée du reste du monde… En comparant le poids protéique par kg de matière, on comprend vite l’intérêt nutritionnel et alimentaire de la première. Et en comparant un steak de bœuf (on ne consomme pas un kilo de viande, mais un steak) avec un 4x4, la viande ne représente plus… qu’un km. Nous sommes donc loin d’une pédagogie de l’environnement !
Toute vérité est bonne à dire
Les méthodes de calcul de l’émission de gaz à effet de serre (GES) des animaux et celui des voitures ne couvrent pas les mêmes périmètres. Pour les animaux, le périmètre des activités va de l’élevage jusqu’au transport sur le lieu de vente. Or pour l’automobile, il ne porte que sur la consommation de carburant ; il reste à lui affecter l’impact des matériaux de construction et des pièces de rechange, de leur transport, la pollution des usines, des concessions et des ateliers de mécanique, l’huile, les pneus, l’élimination du véhicule à la casse, etc… Tout calcul fait, on pourrait d’ailleurs affirmer qu’une seule voiture représente la quantité de protéines nécessaires à un homme pour vivre 15 ans !
Par ailleurs, l’impact du raffinage d’un litre de carburant, qui puise dans des ressources fossiles et à quantité limitée, n’est pas comparable à la vache, qui broute de l’herbe, une ressource renouvelable grâce au processus de photosynthèse ; de plus, et c’est là l’essentiel, les ruminants peuvent digérer et assimiler l’herbe.
De l’art du discours de la méthode
Comparer est une chose. Se référer à des données extraites de rapports anciens en est une autre. Or les méthodes de calculs et les références acquises sont en constante évolution. Si les connaissances scientifiques progressent, les travaux sur l’environnement devant intégrer différentes options possibles nécessitent un pilotage par consensus dont le cheminement est particulièrement long.
Un seul exemple : le stockage du carbone dans les prairies - qui est bien une réalité - n’est pas retenu en France dans le calcul des émissions de GES des élevages de ruminants par manque de consensus scientifique sur le sujet.
Au total, il n’est pas juste de rejeter la production de viande à l’aune d’un seul indicateur. Il ne faut pas oublier que l’élevage des ruminants, en dehors de son extraordinaire capacité à transformer en lait et viande l’herbe non assimilable par l’homme, apporte d’autres services environnementaux, notamment au travers des prairies (lutte contre les inondations, biodiversité, exploitation de surfaces incultivables, etc.).
Attendons d’avoir la vue d’ensemble avant de sacrifier tel ou tel pan de l’agriculture ou une filière toute entière. Consciente des enjeux et responsable, la filière viande travaille très activement sur le sujet depuis de nombreuses années.
Il s’agit de trouver des solutions au quotidien pour réduire l’impact des filières sur l’environnement, tout en continuant d’apporter les protéines nécessaires à l’alimentation des hommes. Il faut aussi savoir reconnaître la noblesse de la fonction nourricière qu’assument l’élevage et toute la filière viande française.
Par Pierre Halliez, directeur général du Syndicat des Entreprises Françaises des Viandes (SNIV-SNCP)









