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Voeux pieux

Le 02 juillet 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
PierreOlivierRouaudPortrait

Les sénateurs ont fait perdre au texte sur les délais de paiement une bonne part de son sens.

«PME, PME, PME...» De Matignon à Bruxelles, de l'Elysée à Strasbourg, ces trois lettres sont sur toutes les lèvres. Pourtant, tout comme le général de Gaulle se gaussait de ceux qui clamaient «l'Europe, l'Europe, l'Europe... », les mots sont vains pour soutenir les PME. Seuls comptent les actes. Après des années de voeux pieux, qu'en est-il ?

Deux points encourageants, d'abord. L'audit sur les pôles de compétitivité vient de livrer un verdict rassurant : dans de nombreux pôles, les PME captent une part réelle des financements.

Tant mieux.

Deuxième fait positif, le projet de «small business act» (SBA), proposé cette semaine par la Commission européenne. Pour certains, on est loin du compte. Le Comité Richelieu regrette que des quotas de marchés publics ne soient pas réservés aux PME. C'est ce qui se passe aux Etats-Unis depuis le SBA (le vrai), voté en 1953 à l'initiative du président Eisenhower.

C'est aussi la position du gouvernement, qui veut faire évoluer le projet. Mais cette directive est un vrai pas en avant. Bravo.

Quelques sujets qui fâchent maintenant. Ils sont tous dans la loi de modernisation de l'économie (LME), discutée au Sénat cette semaine. Le premier a trait aux conditions générales de vente. Lutte contre la vie chère oblige, le gouvernement a pris le parti de la grande distribution en laissant la possibilité aux parties de négocier les conditions de vente, jusque-là immuables. On se doute du résultat pour les PME de l'agroalimentaire. Deuxième point, la LME prévoit de réserver 15% des marchés publics de haute technologie aux PME innovantes à titre expérimental pendant cinq ans. Cette tentative de «small business act» à la française est si complexe qu'il n'en sortira sans doute rien. Dommage.

Dernier sujet, les délais de paiement. Là, on touche au dur. Après bien des batailles, la LME tranchait pour un règlement à soixante jours. De quoi soutenir les sous-traitants face à leurs grands donneurs d'ordres, notamment dans l'automobile, où l'accord volontaire conclu en janvier 2007 n'a guère produit d'effet. Las! La semaine dernière, en commission, les sénateurs ont fait perdre au texte une bonne part de son sens, notamment en laissant la porte ouverte à des accords interprofessionnels moins favorables. Le débat - à l'issue incertaine - sera tranché sous deux semaines à l'Assemblée.

Pour les PME, il montre en tout cas que les actes ont du mal à remplacer les voeux. Fussent-ils pieux.


Pierre-Olivier Rouaud,
rédacteur en chef délégué
«L'Usine Nouvelle»

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Réaction de Patrick Martin,
Président du Directoire Martin-Belaysoud Expansion


Monsieur,

Je me permets de réagir à votre éditorial (USINE NOUVELLE du 3 juillet 2008), singulièrement s'agissant des dispositions relatives aux délais de paiement prévues par la LME.

Si je mesure l'intérêt de la réduction de ces délais pour les sous-traitants de l'industrie et les fournisseurs de la grande distribution (les uns et les autres pouvant être clients de ma société), je trouve un peu rapide votre analyse selon laquelle le principe de cette réduction serait systématiquement favorable aux PME... et donc les exceptions ou dérogations à ce principe défavorables.

Le commerce inter-industriel, très essentiellement composé de PME, serait au contraire ravagé par l'application brutale de cette réduction. Or ce secteur défendu par la CGi, représente plus d'un million d'emplois et des milliers d'entreprises. Au vu de la croissance de ces entreprises, leur rôle économique est avéré.

Parmi elles, celle que je dirige (MARTIN-BELAYSOUD EXPANSION - 470M€ de chiffre d'affaires, 2.100 salariés, entreprise familiale) intervient dans la distribution de Fournitures Industrielles d'une part, de matériel de plomberie d'autre part. En application de la LME, ses BFR croîtraient considérablement, son endettement en conséquence. Il en irait de même chez tous nos confrères : les entreprises françaises de ce secteur se trouveraient ainsi, faute de disponibilités financières, exclues du jeu de la concentration européenne en cours - du moins en tant qu'acquéreurs. Certaines seraient rapidement confrontées à des difficultés de trésorerie (pas significativement la mienne pour être franc).

Il n'est pas indifférent de souligner ici que les transferts de trésorerie découlant de la LME bénéficieraient à des fabricants-fournisseurs qui sont quasi-systématiquement des grands groupes, le plus souvent cotés, ou contrôlés par les fonds d'investissement, et très majoritairement étrangers.

En fait d'aide au PME... on a vu mieux !

Bien à vous,

Patrick MARTIN
Président du Directoire MARTIN-BELAYSOUD EXPANSION
Administrateur Fédérations FNAS et FENETEC


Réaction de Alain Verboom,
Export sales CMF


Mr.Rouaud,

Je suis, comme vous, étonné du fait que des délais de paiement doivent être validés par des sénateurs qui font parti de la vie politique. Hors les politiciens ne sont et ne seront jamais dans le besoin, n'ont jamais participé et ne participeront jamais à la vie industrielle, ne connaissent et ne connaitront jamais le calvaire des entreprises pour se faire payer.

Nous demandons à ces mêmes personnes de trancher sur quelque chose dont ils ne connaissent rien.

Je suis actif dans le commerce international et mes délais de paiement sont standards, 30 jours date de facture. En Allemagne il existe une formule qui permet de payer sous 15 jours moins 3% d'escompte.

Quand mettrons- nous fin au nombrilisme ? Pour voter des conditions particulières qui concernent les sénateurs et le reste du monde politique ils tombent comme par enchantement d'accord.............. et là, pas un mot de travers et ne surtout pas le divulguer au grand public car on ne sait jamais.

Merci d'avoir pris votre temps pour lire ce petit message

Bien à vous et bon week-end,

Alain Verboom
Export sales
CMF

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