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Vers un retour en récession avant l'embellie en Espagne

Publié le

par Nigel Davies

MADRID (Reuters) - Les coupes budgétaires et les réformes drastiques que mettra en oeuvre le futur gouvernement espagnol dans les premiers mois de sa législature devraient refaire plonger la quatrième économie de la zone euro dans la récession et faire s'envoler le taux de chômage avant une possible embellie à moyen terme.

Dans la dernière ligne droite avant les élections législatives anticipées, dimanche, le Parti populaire (PP, opposition de droite) dispose d'une avance confortable, entre 14 et 18 points, sur le Parti socialiste au pouvoir.

Le président du gouvernement sortant, José Luis Rodriguez Zapatero, s'est résolu à organiser ce scrutin face à la crise économique qui a sapé la légitimité de la majorité sortante et réduit sa capacité à mettre en oeuvre des réformes.

Si la tendance se confirme dans les urnes, le Parti populaire aura la lourde tâche de persuader les marchés qu'il peut ramener le déficit public dans les limites imposées par les règles budgétaires européennes.

Mais ces objectifs ne devraient pas être atteints à court terme. Les nouvelles coupes budgétaires prévues par le PP et la réforme du marché du travail vont en effet faire replonger l'économie espagnole dans la récession et faire s'envoler le taux de chômage qui atteint déjà des sommets (21,5%).

"La première partie de l'année sera difficile parce qu'ils vont devoir faire des coupes brutales. Ce sera le moment le plus difficile de la crise", prévient Pablo Vazquez, directeur du centre de réflexion Fedea.

Le Parti Populaire, ajoute-t-il, doit prendre des mesures radicales pour rendre les entreprises du pays plus compétitives. "Cela va être un processus douloureux mais s'il est mené à bien, l'Espagne en ressortira plus forte et cela aidera la zone euro", souligne-t-il.

RÉCESSION LIMITÉE

Une récession limitée pourrait survenir dans les prochains trimestres dans le sillage d'autres pays de la zone euro, ajoute-t-il, mais l'économie espagnole sera touchée encore davantage par cette nouvelle cure d'austérité.

Le centre de réflexion Faes du PP juge même qu'il faudra passer les années 2012 et 2013 avant d'observer un retour de la croissance.

Le chef de file du parti conservateur, Mariano Rajoy, a prévenu qu'il "allait couper dans tout sauf les pensions publiques, la santé et l'éducation".

La priorité numéro un du nouveau gouvernement, a-t-il dit, sera la restructuration des administrations du gouvernement et pourra se traduire par une possible fermeture de fondations publiques et un gel des embauches.

L'économie espagnole, lourdement affectée par la crise financière, a stagné au troisième trimestre et devrait se contracter d'ici la fin de l'année car les exportations, sur lesquelles reposait une fragile reprise, sont affectées à leur tour par le ralentissement de l'activité mondiale.

Frappée par la crise et l'éclatement de sa bulle immobilière, l'Espagne est entrée en récession fin 2008. De 8,6% en 2007, le taux de chômage atteint aujourd'hui plus de 21%.

Pendant dix ans, l'économie s'est appuyée sur un boom du secteur immobilier alimenté par des crédits à faible taux mais la bulle a explosé en 2008 avec la crise financière.

Le PP s'est engagé à accélérer la restructuration du secteur bancaire afin de rétablir la confiance des marchés dans les établissements financiers du pays.

NOUVELLES RÉFORMES À PRÉVOIR

Alors que les analystes doutent de la capacité du gouvernement à ramener le déficit budgétaire à des proportions représentant 6% du PIB cette année, de nouvelles coupes budgétaires semblent inévitables pour atteindre l'objectif - optimiste - de 4,4% en 2012.

Les socialistes ont fixé cet objectif en tablant sur une croissance de 2,3 % l'année prochaine mais les analystes misent sur moitié moins.

Si Rajoy exclut les coupes budgétaires dans l'éducation et la santé, certains autres responsables du PP ont d'ores et déjà taillé dans ces secteurs dans les régions sous leur contrôle, provoquant des manifestations.

"Le nouveau gouvernement doit expliquer clairement que les mesures qu'il prend ne vont pas régler les problèmes à court terme mais qu'elles vont permettre une reprise économique à moyen terme", explique Miguel Cardoso, économiste de BVA Research.

Lors de la campagne électorale, les deux grands partis ont soigneusement évité d'évoquer la crise de la dette qui secoue la zone euro, préférant se concentrer sur la préoccupation numéro un des électeurs : le chômage.

Mais les conseillers économiques de Rajoy estiment que les coupes budgétaires vont rétablir la confiance des marchés et entraîner une baisse des conditions d'emprunt du gouvernement qui ont atteint des niveaux record.

Le programme du Parti populaire est globalement bien perçu par le patronat et les petites et moyennes entreprises qui constituent l'épine dorsale de l'économie espagnole.

"Une victoire probable du PP, étant donné leur programme d'aide aux entreprises, donne un petit espoir de changement dans le cycle économique. Mais les pertes d'emplois, avec près de cinq millions de personnes hors du marché du travail, frapperont encore davantage la consommation des ménages et les PME auront des difficultés à trouver des niches de croissance", souligne Inigo Ibanez, directeur de Censor, un cabinet de consultants madrilène spécialisé dans les PME.

Les syndicats sont encore plus sceptiques sur l'efficacité des coupes budgétaires annoncées par le futur gouvernement et dénoncent l'attitude de Bruxelles qui dicte selon eux sa politique à l'Espagne.

"Ce que le PP annonce, ce n'est rien moins que la poursuite de politiques qui ont conduit l'Europe à la catastrophe", estime Javier Doz, des Commissions ouvrières (Comisiones Obreras, CCOO), la plus grande confédération syndicale du pays.

Marine Pennetier pour le service français

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