VEOLIA REDÉCOUVRE LES CHARMES DE L'INDUSTRIE
Par PAR CAMILLE CHANDÈS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3266En pleine restructuration, le leader mondial des services à l'environnement veut renforcer ses activités de services à l'industrie. Il en attend 40 % de ses revenus en 2014.
Un mur de dette de 15 milliards d'euros, une rentabilité en perte de vitesse qui rendait son escalade de plus en plus improbable, un cours de Bourse qui s'effondre : la situation de Veolia était intenable. Le mardi 6 décembre, le numéro un mondial de l'environnement a dévoilé aux investisseurs sa stratégie pour redresser la situation. D'abord un grand ménage : exit le transport (cession de Veolia Transdev), bye-bye certaines filiales (marché régulé de l'eau au Royaume-Uni, déchets solides aux États-Unis), adieu divers pays (37 au total représentant 10 % du chiffre d'affaires). Le montant des désinvestissements est estimé à 5 milliards d'euros sur les deux ans à venir. Deuxièmement, une drastique réduction des coûts et une refonte de l'organisation. Au-delà des coupes claires et du remaniement, il faut aussi imaginer un levier de croissance. Dans son recentrage sur les activités eau, déchets et énergie, Veolia mise sur le développement d'un filon assez peu exploité jusque-là : les services à l'industrie.
Une valeur sûre
Cette activité n'est pas la plus visible de la galaxie Veolia, puisque l'on connaît surtout ses clients de collectivités locales. Mais elle tend à se renforcer. Surtout, elle est appelée à devenir l'une des locomotives du français, comme le souligne le directeur général exécutif de Veolia Environnement, Denis Gasquet, à la manoeuvre sur la transformation du groupe. « Nos revenus provenant de l'industrie passeront de 30 % en 2010 à 40 % en 2014, assure-t-il. Ils n'étaient que de quelques pour-cent il y a encore dix ans. » Le groupe collecte, trie et traite actuellement les déchets de plus de 127 000 industriels. Dalkia, filiale de Veolia et de EDF, compte de son côté 4 500 clients industriels (efficacité énergétique, production autonome d'électricité, cogénération...). Dans l'eau, le géant assure le traitement des effluents et la production d'eau pour une multitude de secteurs.
Afin d'assurer le développement de ces activités, une direction marketing industriel va voir le jour. « Ce département va être créé afin de concevoir et de commercialiser des offres intégrées à destination de nos clients industriels », avançait Antoine Frérot, le PDG de Veolia Environnement lors de la réunion du 6 décembre. L'idée ? Multiplier les contrats, comme celui que Veolia a conclu avec Renault pour son usine de Tanger au Maroc : une gestion complète des utilités (eau, déchets, énergie). L'entreprise enregistre actuellement un chiffre d'affaires de 470 millions d'euros avec des contrats multimétiers de ce type. « Ce savoir-faire, il faut le développer de manière plus ambitieuse dans le groupe. Il est dommage que notre organisation ne soit pas en ligne avec notre expertise. Cela ne nous permet pas de tirer pleinement profit de nos atouts », constate Denis Gasquet.
Pourquoi un tel intérêt pour l'industrie ? Dans ces temps agités pour Veolia Environnement, comme pour son principal concurrent Suez Environnement, elle reste une valeur sûre. Tout d'abord parce que les usines sont soumises à des réglementations toujours plus strictes (rejets de polluants, déchets...), mais aussi parce que les industriels se sont lancé dans une course aux économies d'énergie et à la valorisation de leurs déchets. Dans les deux cas, ils sous-traitent ces questions éloignées de leur coeur de métier. « Nous avons choisi Dalkia, car nous sommes des experts de la fabrication du fromage pas des centrales biomasse », souligne Chris Terret, le directeur du site de Davidstow du fromager britannique Dairy Crest. Un contrat de dix ans a été signé avec Dalkia pour l'installation et l'exploitation de chaudières à bois. Ensuite, peu d'entreprises sont aujourd'hui capables de répondre aux demandes d'industriels de plus en plus désireux de solutions globales. Ce qui, de fait, limite la concurrence. Enfin, les industriels hésitent moins à investir que les collectivités dont les caisses se vident. Et ces industriels ont le bon goût de faire rarement défaut : « Durant toute la période de crise depuis 2008, nous n'avons eu qu'un seul cas majeur de retard de paiement », avance Denis Gasquet. Au final, les services à l'industrie constituent un levier de croissance, même dans les pays matures.
Miser sur les secteurs majeurs
L'industrie se retrouve aussi être une porte d'entrée pour Veolia Environnement dans les pays à forte croissance. Le groupe suit ainsi ses clients français dans leur déploiement à l'international : Renault au Maroc, ArcelorMittal au Brésil ou L'Oréal en Chine. Veolia Eau solutions et technologies a remporté en 2006 un appel d'offres pour la construction d'une usine de traitement des eaux usées sur le site de production de L'Oréal de Suzhou, à l'est de la Chine. La conception a été optimisée afin de réduire les émissions de CO2 et la consommation d'eau. « En cas de résultats satisfaisants, nous déploierons cette solution dans nos autres sites asiatiques », affirme le géant de la cosmétique. Une perspective intéressante pour Veolia... « Nous sommes présents dans des régions en plein boom, qui pourraient difficilement être captées autrement », avançait Jean-Michel Herrewyn, le directeur général de Veolia Eau lors d'une rencontre avec « L'Usine Nouvelle » en novembre dernier. Ainsi, alors que Veolia envisage de se retirer de 37 pays jugés risqués, il n'exclut cependant pas de maintenir une présence dans certains d'entre eux, « à la demande d'industriels ». Plus facile de se mettre dans la roue d'une grande entreprise occidentale que de se battre seul sur des marchés publics complexes ou des régimes politiques instables.
En parallèle, Veolia Environnement entend miser sur des industries majeures comme l'automobile, l'aéronautique mais aussi le pétrole et le gaz. En 2010, l'entreprise a signé un contrat avec le brésilien Petrobras pour construire et exploiter la plate-forme offshore du bassin de Campas au Brésil. Cette unité de dessalement d'eau de mer vise à fournir l'eau nécessaire à l'extraction de pétrole. Elle traite et recycle également les eaux gorgées de produits chimiques utilisées pour l'extraction des gaz de schiste en Pologne et celles des sables bitumineux au Canada. Parmi ces autres cibles : les laboratoires pharmaceutiques, les électroniciens et l'agroalimentaire qui, tous, cherchent désormais à valoriser leurs déchets. Ces ambitions restent cependant conditionnées à la réussite de la réorganisation de l'entreprise. « Elle va prendre des années. Le groupe est malade et, qui plus est, affecté par la crise mondiale », avance Hervé Deroubaix, le représentant CFDT de Veolia Eau au Comité européen. Le défi de changer un groupe de 317 000 salariés est en effet ardu. On ne met pas facilement au pas une organisation marquée par l'autonomie de ses structures !
25 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2014 (contre 34,8 milliards d'euros en 2010) Trois métiers Eau, déchets, énergie Présence ramenée à 40 pays (contre 77 actuellement) Pays prioritaires Europe centrale, Chine et la région Asie-Pacifique, la France et les États-Unis Organisation unique et centralisée
Veolia Environnement souhaite se séparer de Veolia-Transdev. Le 3 mars, Antoine Frérot, le PDG de Veolia Environnement, et Jérôme Gallot, le directeur général de la filiale transport, annonçaient la fusion de Veolia Transport et de Transdev. Tout le monde applaudissait la création de ce géant français du transport public au chiffre d'affaires de 8 milliards d'euros. Neuf mois plus tard, c'est la désillusion. Le capital est détenu à parts égales par Veolia Environnement et la Caisse des dépôts, qui a affirmé ne pas vouloir se désengager. Reste à trouver un partenaire solide. La RATP, évincée de Transdev par le duo Proglio-Sarkozy, suivra le dossier de près. A-t-elle les moyens financiers nécessaires ? Ce n'est pas un frein pour la Deutsche Bahn et sa filiale Arriva. Mais la France est-elle prête à ouvrir son marché ? Un spécialiste des concessions comme Vinci pourrait aussi s'intéresser à ce joyau. À moins qu'un fonds d'investissement ne vienne faire trembler les 119 000 salariés.

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