ANALYSE L’assignation de Veolia devant le tribunal de commerce de Paris ? Avant tout un combat de dirigeants. D’un côté, Henri Proglio, PDG d’EDF ; de l’autre, Antoine Frérot, patron de Veolia, son ancien disciple.
Deux des plus grands groupes industriels de France se retrouvent face à face dans les tribunaux : d’un côté, EDF (65,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 156 000 salariés) ; de l’autre, Veolia Environnement (29,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 331 000 salariés).
Ces deux mastodontes s’affrontent autour d’une filiale de services à l’énergie, Dalkia, détenue à 34 % par EDF et à 66 % par Veolia. L’électricien souhaiterait monter à 50 % au capital de cette société… mais Veolia s’y oppose. L’accord permettant cette opération (signé par Henri Proglio alors qu’il était encore PDG de Veolia), serait caduc depuis 2005. Une clause qu’EDF entend bien faire lever.
Cette assignation est surtout le dernier épisode d’une bataille qui fait s’affronter les deux PDG depuis deux ans. Lorsque, fin 2009, Henri Proglio quitte Veolia pour prendre la tête de l’électricien national, il place à la direction générale de Veolia un homme de confiance : Antoine Frérot. Fin 2010, Henri Proglio est forcé de quitter la présidence du géant de l’eau et des déchets, à la faveur de son dauphin. L’ancien patron demeure toutefois au conseil d’administration.
Une perte du soutien de la classe dirigeante
Antoine Frérot coupe en partie avec la politique de son prédécesseur en engageant la société dans une politique de cessions et de désendettement. Désendettement qui s’accompagne d’un plongeon de l’action en Bourse. Henri Proglio n’hésite pas à faire savoir qu’il désapprouve ces choix. Les relations entre les deux hommes se distendent peu à peu. Henri Proglio aurait alors organisé le remplacement d’Antoine Frérot par l’ancien ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo. Mais les actionnaires de Veolia s’inquiètent à l’idée de voir débarquer à la tête du groupe un politique sans expérience de l’industrie. Ce plan tombe à l’eau en février 2012.
Depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir, Henri Proglio a perdu une partie de son soutien dans la classe dirigeante. Invité par le gouvernement avec insistance à quitter son poste d’administrateur de Veolia dès le début de l’été, il envoie finalement sa lettre de démission le 11 octobre dernier, rompant le dernier lien officiel avec la maison qu’il a construite pendant tant d’années.
On aurait pu croire que cette démission marquerait la fin du conflit entre ces deux géants de l’économie française. Mais l’assignation de Veolia par EDF va relancer le combat pour de nombreux mois. On est loin du rêve initial d’Henri Proglio qui, en 2010, imaginait un rapprochement d’EDF et Veolia pour en faire un concurrent de GDF Suez.









