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Véhicules électriques : «Nous réfléchissons déjà aux équipements des véhicules de 2ème génération»

Par Raphaële Karayan - Publié le
Henri Trintignac, Valeo
© DR

Valeo, Michelin, Leroy Somer, GKN, Johnson Controls Saft et Leoni se sont réunis dans un consortium créé le 23 juin 2009, afin de développer une offre intégrée d’équipements pour les véhicules électriques. Henri Trintignac, directeur du programme véhicule électrique chez Valeo, revient sur les objectifs et les moyens de cette nouvelle entité.

UN.com. Comment est née l’idée de ce consortium ?

Henri Trintignac. Les premières discussions ont eu lieu à l’époque des Etats généraux de l’automobile, entre Valeo et Michelin. L’objectif était de fédérer des industriels français dans le domaine des équipements pour les véhicules décarbonés. A la fois les équipements nouveaux : les batteries et l’ensemble de la chaîne de traction électrique ; et ceux qui seront fortement impactés par le véhicule électrique : gestion thermique, liaisons au sol, distribution de signaux d’énergie… Ces discussions ont abouti à la création du consortium, qui regroupe des équipementiers complémentaires et non concurrents, capables de répondre à tous les enjeux.
 
Comment ont été choisis les partenaires ?

Nous avions déjà été fournisseurs de PSA et Renault en consortium avec Leoni, Leroy Somer,  Johnson Controls Saft et Michelin, pour les véhicules électriques mis en série entre 1995 et 2005 : Saxo, Berlingo, 106, Kangoo. Une dizaine de milliers de ces véhicules sont encore en service à l’heure actuelle. Ce qui nous place parmi les rares équipementiers à avoir déjà une expérience dans le domaine. Nous connaissions bien GKN, leader reconnu dans le domaine des transmissions, pour avoir travaillé ensemble et nous avions besoin d'un expert dans ce domaine.
 
En quoi les membres du consortium sont-ils complémentaires ? Quelles sont les synergies mises en œuvre ?

L’idée est de mettre au point ensemble des sous-systèmes complets pour le véhicules électrique : gestion thermique, stockage d’énergie, chaîne de traction, liaisons au sol, distribution d’énergie et de signal. Dans chaque sous-ensemble, plusieurs acteurs interviennent. Par exemple, dans l’ensemble stockage d’énergie, Valeo intervient avec Johnson Controls Saft ou pour la chaîne de traction, Valeo, Leroy Somer, GKN et Michelin travaillent ensemble. Chaque équipementier, séparément, ne peut pas faire une offre complète sur ces sous-systèmes.
Les ressources mises en commun sont pour l’instant des ressources techniques. En ce qui concerne les coûts, ils sont supportés par chacun des membres.
 
Est-ce habituel pour Valeo de faire ce genre de partenariat avec d’autres équipementiers ?

Nous l’avons déjà fait soit au cas par cas pour une plateforme véhicule donnée d'un client constructeur, soit afin de proposer un module à plusieurs constructeurs, dans des domaines variés comme par exemple les faces avant, ou les cockpits.
 
Quels sont les avantages compétitifs à se réunir de cette façon ?

Le fait d’avoir travaillé ensemble suffisamment tôt pourra nous permettre de proposer des sous-ensembles, plus optimisés, plus intégrés, moins lourds, moins encombrants et moins chers. Car l’objectif est non seulement d'être présent sur le marché au plus vite en équipant une première génération de véhicule, mais aussi de développer les équipements pour les véhicules décarbonés de deuxième génération, c’est-à-dire des véhicules dont le coût de possession sera équivalent à celui d’un véhicule thermique sans avoir recours à une aide à l'achat. Pour cette deuxième génération, le but est de réussir à gagner environ 5.000 euros, soit le montant de la subvention publique [ndlr : le superbonus devrait disparaître après 2012].

L'effet volume ne permettra pas seul de réduire le coût du véhicule de ce montant, il faudra reconcevoir les véhicules et leurs équipements clés. L'industrie automobile se retrouve confrontée au challenge de devoir développer simultanément deux générations de véhicules décarbonés, la première qui devra rapidement être mise sur le marché et qui devra susciter la demande, et la seconde qui devra être optimisée afin de pouvoir se dispenser à terme de l'aide des Etats. Faute de mettre sur le marché cette deuxième génération de véhicules électriques très rapidement, les Etats devront soit continuer à financer une aide à l'achat de plusieurs centaines de milliers de véhicules représentant une charge de plusieurs milliards d'euros, soit prendre le risque de freiner voire de stopper la croissance du marché des véhicules décarbonés.

Quelle est la structure administrative du consortium ? son organigramme ?

Pour l’instant, nous avons choisi une structure très souple, sans aucun membre permanent. Mais nous nous posons la question de son évolution.
 
Le consortium bénéficie-t-il d’une aide de l’Etat ? Par le biais des prêts bonifiés par exemple ? 

Pour le moment, aucune au titre du consortium. En revanche nous avons obtenu des aides ou déposé des dossiers individuellement. Deux dossiers impliquant Valeo et tous les membres du consortium, ainsi que des laboratoires et un constructeur, sont en cours d’instruction dans le cadre d’un appel à projets de l’Ademe.
 
Les activités du consortium sont-elle circonscrites à la France ?

C’est le cas du développement de l’offre de sous-systèmes et de composants pour lesquels les équipes de recherche et développements des membres du consortium sont dans leur majorité localisées en France. A l’international, nous nous appuyons cependant les uns sur les autres pour promouvoir nos produits respectifs.
 
Le consortium peut-il déjà présenter des résultats concrets ?

C’est un peu tôt pour les commandes et les nouveaux produits. La première réalisation concrète, ce sera l’attribution d’une aide de l’Ademe si elle retient nos projets.
 
Etes-vous en lien avec des pôles de compétitivité ?

Oui, notamment avec Mov’eo.
 
Pensez-vous que l’arrivée du véhicule électrique va accélérer la mutation des équipementiers en systémiers ?

Peut-être. Aujourd’hui j’ai l’impression qu’il y a vraiment deux réactions chez les constructeurs par rapport au véhicule électrique, sans vraiment de demi-mesure. D’un côté, ceux qui décident de tout développer en interne. De l’autre, ceux qui se disent, sur cette nouvelle technologie, faisons appel à des équipementiers qui seraient capables de définir des standards et d’accéder plus rapidement à des coûts compétitifs. Ce qui est notre objectif : obtenir vite des volumes plus élevés pour que ces véhicules deviennent compétitifs.
 

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