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Vallourec, le nouveau tube américain

Par DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL AU BRÉSIL, ARNAUD DUMAS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3252
Vallourec
© D.R.

  Les lourds investissements industriels du tubiste touchent à leur fin. Avec deux nouvelles usines au Brésil et aux États-Unis, le français fait basculer son centre de gravité industriel en Amérique.

Jeudi 1er septembre, à quelque 400 kilomètres de Rio de Janeiro, dans la petite ville de Jeceaba dans la province industrieuse du Minas Gerais, les salariés de Vallourec s'activent pour recevoir Dilma Rousseff, la présidente du Brésil. Elle vient inaugurer l'usine du sidérurgiste français, un impressionnant mastodonte de 250 hectares, installé au coeur des vallons ruraux de la façade est du Brésil. Sa construction a commencé il y a trois ans. Quand elle aura atteint sa capacité totale, d'ici à 2013, elle emploiera près de 1 500 personnes, la plupart venant des trois communes alentour. Elles feront fonctionner deux hauts fourneaux, une aciérie et un laminoir. En bordure du site, la voie de chemin de fer permettra d'acheminer les productions jusqu'au port de Rio. La venue du chef de l'État sur son site n'est pas anecdotique pour Vallourec.

Le groupe français aux 4,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires a construit presque toute son activité brésilienne autour de Petrobras, son principal client détenu à 31 % par l'État brésilien. Le pétrolier achète près de 90 % de la production de tubes en acier sans soudure pour l'exploration pétrolière de l'usine de Belo Horizonte, le site historique de Vallourec au Brésil. Une position parmi les premiers fournisseurs de l'entreprise publique que le français doit au fait qu'il est ici considéré comme une société brésilienne. Présent depuis 1952 par le biais de Mannesmann, qu'il a racheté en 2000, son patronyme français n'y est quasiment pas connu. À Jeceaba, pendant la visite de Dilma Rousseff, c'est surtout de VSB, pour Vallourec Sumitomo do Brasil, dont on a parlé.

V et M Star

Un an plus tôt, le groupe français avait connu une visite aussi prestigieuse. Aux États-Unis, Vallourec construit un site de production, à Youngstown dans l'Ohio où 350 nouveaux emplois seront créés pour fabriquer des tubes destinés à l'exploitation des champs de gaz de schiste à partir de 2012. Là-bas aussi, il est considéré comme un autochtone : il y est connu sous le nom de V et M Star. Là-bas aussi, le chef de l'État s'était rendu sur le site. Le 18 mai 2010, Barack Obama avait choisi la future usine du tubiste français, qui a bénéficié de 20 millions de dollars du plan de relance américain sur un investissement total de 650 millions de dollars, pour parler des efforts du gouvernement pour relancer l'économie.

Cette identité multiple (jusqu'à la schizophrénie...), Vallourec la revendique. Elle fait même partie de sa stratégie de développement. "Les Amériques vont bientôt représenter 50 % de notre production", se félicite ainsi Didier Hornet, le directeur de la division OCTG (Oil country tubular goods) de Vallourec. À Jeceaba, il produira 300 000 tonnes de tubes sans soudure supplémentaires et autant à Youngstown, portant la production sur le continent américain à 1,5 million de tonnes de tubes par an d'ici à 2013. Soit autant que ses sites européens (trois tuberies en France et quatre en Allemagne).

Ce n'est pas un hasard s'il a choisi de développer ses activités au Brésil et aux États-Unis. Celles-ci lui ont permis de se spécialiser dans deux marchés qu'il juge porteurs : l'exploration pétrolière en eaux profondes et l'extraction de gaz non conventionnels. Il a pu développer, en partenariat avec ses clients locaux, des technologies de pointe pour atteindre des gisements de plus en plus difficiles d'accès.

850 à 900 millions d'euros d'investissement

Ces deux secteurs nécessitent des tubes haut de gamme, capables de supporter de fortes contraintes physiques, que peu de tubistes sont capables de réaliser. "Le fait d'avoir collaboré avec Petrobras pour l'exploitation des champs présalifères fait de nous le leader de cette technologie", se félicite ainsi Didier Hornet. Petrobras a réussi à exploiter des gisements situés à plus de 1 500 mètres de profondeur, sous une croûte de sel et de roche de quelque 5 000 mètres.

Même chose aux États-Unis où il a développé des tubes de petit diamètre pour forer à l'horizontale et atteindre les gisements de gaz non conventionnels. Il compte bien désormais s'appuyer dessus pour attaquer d'autres clients. "Le marché des tubes utilisés dans l'énergie enregistre un taux de croissance aux alentours de 3 à 4 %, reprend-il. Mais celui des tubes "premium" croît au moins du double."

Et le sidérurgiste ne lésine pas sur les moyens. Après 677 millions d'euros en 2009 et 873 millions en 2010, ses investissements industriels devraient encore atteindre 850 à 900 millions d'euros en 2011. Rien que pour le site de Jeceaba, l'investissement s'est élevé à près de 2 milliards d'euros. Une somme colossale que Vallourec a préféré partager avec le japonais Sumitomo, un autre spécialiste des tubes en acier avec lequel il a déjà noué de nombreuses coopérations.

Le français demeure néanmoins majoritaire. "Nous voulions augmenter la capacité de production de billettes d'acier de Jeceaba pour fournir nos autres sites, nous avons donc pris 56 % des parts de VSB", explique Manfred Leyerer, le directeur financier de la filiale brésilienne. À pleine capacité, le nouveau site produira jusqu'à 1 million de tonnes d'acier, dont 300 000 tonnes seront réservées à l'usage exclusif de Vallourec pour ses autres usines, notamment nord-américaines. Le reste alimentera le laminoir de Jeceaba, qui produira 600 000 tonnes de tubes partagées à égalité entre Sumitomo et Vallourec.

Le marché du pétrole offshore au Moyen-Orient

Ces nouvelles capacités, Vallourec compte les exporter de l'autre côté de l'Atlantique, pour développer ses parts de marchés dans le pétrolier offshore. "La demande au Moyen-Orient est forte, assure Didier Hornet. Nous allons envoyer certains tubes fabriqués au Brésil vers nos unités de finition locales, qui assureront le traitement thermique et le filetage au plus près de nos clients." Ce sera notamment le cas de l'unité située en Arabie saoudite, qui doit entrer en production d'ici à la fin de l'année. En Afrique de l'Ouest, le sidérurgiste compte sur les technologies qu'il a développées avec Petrobras pour exploiter des champs présalifères. "Il y a les mêmes formations au large des côtes d'Afrique de l'Ouest qu'au Brésil, explique Didier Hornet. VSB sera donc très bien positionnée pour la croissance de ces marchés." La période des lourds investissements touche donc à sa fin pour Vallourec. Il devrait atteindre 3 millions de tonnes de tubes produites entre 2012 et 2013. Et retrouver son niveau de chiffres d'affaires d'avant la crise, soit 6,4 milliards d'euros en 2008.

Au Brésil, le français fait tout de A à Z

Vallourec n'est pas seulement sidérurgiste. Au Brésil, il est aussi exploitant agricole et minier ! En rachetant Mannesmann en 2000, il a hérité de 22 exploitations d'eucalyptus et d'une mine de fer. Ses forêts lui permettent de produire le charbon pour alimenter ses hauts fourneaux et sa mine de produire son propre acier. Il exploite ces deux activités en véritable industriel. Au milieu d'une forêt d'eucalyptus, au nord de Belo Horizonte, un laboratoire de R et D clone ainsi les meilleurs arbres. "Nous cherchons à améliorer la qualité du bois pour produire le meilleur charbon possible", raconte Helder Bolognani, le directeur du centre. Et pas question de se séparer de ces deux activités qui lui offrent une maîtrise, pour sa production brésilienne, du coût de ses matières premières.

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