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Valeo construit un empire en Chine

Par DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À NANJING, ANNE LÉVEILLÉ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3205

L'équipementier fait des constructeurs 100% chinois une cible prioritaire. Il va investir massivement dans ses 18 usines locales. Objectif : doubler son chiffre d'affaires d'ici 2013.

Quelques pas dans la nouvelle usine de transmissions Valeo près de Nanjing suffisent à comprendre les ambitions que l'équipementier français nourrit en Chine. Vu de l'extérieur, l'immense bâtiment gris blanc et vert de 10 500 m2, aux couleurs du groupe, joue la carte de la modernité. À l'intérieur, les 530 employés s'affairent sur des lignes souvent manuelles, avec comme objectif de livrer en temps et en heure un carnet de commandes qui ne cessent d'augmenter. Affichant un chiffre d'affaires de 460 millions d'euros, Valeo Chine reste certes un acteur mineur face aux 3,17 milliards d'euros d'un géant comme Bosch. Mais il ne veut pas en rester là. Et ce n'est pas un hasard s'il a choisi d'implanter ce site près de celui de Chery, le plus important des constructeurs 100 % chinois.

La nouvelle étape qu'il s'est fixée est de diversifier son portefeuille de clients en ciblant prioritairement ces nouveaux conquérants. Qu'ils s'appellent Chery, Geely ou BYD, ce sont eux qui vont, dans les années à venir, afficher les plus forts taux de croissance de l'automobile chinoise. Et, contrairement aux marques qui travaillent en JV, ces constructeurs ne profitent pas ou peu du savoir-faire des fournisseurs occidentaux. Ils sont donc friands de partenariats durables avec les équipementiers. Une brèche dans laquelle Valeo compte bien s'engouffrer. D'autant que les marges réalisées sur place sont supérieures à celles des autres débouchés.

L'équipementier français s'est lancé dans l'aventure chinoise dès 1994. Valeo était alors trop centré sur l'Europe, un continent qui représente encore 68 % de ses ventes. Sa démarche consistait à suivre VW, GM ou Nissan, ses clients habituels qui s'installaient en Chine en association avec des constructeurs locaux comme SAIC ou FAW. Au fil des ans, Valeo a ouvert 18 sites de production et 8 centres de développement ou d'expertise. Il y emploie 6 000 personnes, dont 400 ingénieurs, soit 11 % des effectifs du groupe. Valeo ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Actuellement troisième débouché du groupe derrière l'Europe et l'Amérique du Nord, la Chine doit devenir son premier client. Les objectifs que le directeur général Jacques Aschenbroich a fixés à Christian Marsais, son directeur pour la Chine, sont ainsi très clairs : le groupe doit doubler son chiffre d'affaires local d'ici à 2013 et approcher les 3 milliards d'euros en 2020. Pour s'imposer sur le long terme, Valeo entend proposer, grâce à ses trois centres de développement, des produits parfaitement adaptés à la demande locale. Il veut également profiter de son avance technologique pour décrocher des marchés face aux équipementiers chinois. Pour Christian Marsais, « la technologie est l'une des principales recettes du succès en Chine. Sinon, les constructeurs ne nous regardent même pas ! ». L'un des responsables du centre de développement de Shanghai en fait, lui, un avantage concurrentiel : « Les équipementiers locaux savent très bien copier, mais ils manquent encore de créativité et d'inventivité. C'est une chance dont nous devons profiter. » Prudent, Christian Marsais précise : « Des concurrents comme Guihang, Jheco ou Fawer ne sont certes pas encore au niveau, mais ils y travaillent. Ils vont très vite et sont capables de sortir un nouveau produit en moins de deux ans. C'est fascinant et il ne faut surtout pas les sous-estimer. » En attendant, Valeo n'hésite plus à proposer ses innovations en même temps en Europe et en Chine, ce qui n'était pas le cas dans le passé. Le Stop et Start à démarreur renforcé sera ainsi lancé d'ici décembre dans l'usine de Shanghai. De même, pour les éclairages LED ou le système d'assistance au parking « Park 4 U ». « Contrairement à certaines idées reçues, la Chine n'est pas un marché low cost, où les voitures seraient sous-équipées. Les plus grosses ventes se font dans le segment "C" (VW Jetta, Toyota Corolla...) et celui des SUV est en pleine expansion », analyse Luc Blériot, directeur des opérations du groupe.

UNE MAIN-D'OEUVRE 7 À 10 FOIS MOINS CHÈRE

Si elle est indispensable, cette offre ne suffira pas à résister face à la concurrence. Valeo le sait et travaille d'arrache-pied à l'amélioration et la compétitivité de son tissu industriel local. Installé depuis 1997 à Shanghai, près du géant SAIC, il s'est depuis implanté dans les grands bassins automobiles du pays, à proximité des sites des grandes JV que sont FAW, Dongfeng, Changan ou Guangzhiu. Et ce n'est pas fini puisqu'il prévoit de consacrer, d'ici à 2015, entre 400 et 500 millions d'euros à la Chine, soit 15 à 20 % des investissements totaux du groupe.

Primo, il va fermer son site de Shanghai pour le reconstruire entièrement, en plus grand. En 2007, il inaugure son usine de transmissions de Nanjing, qui sert désormais de « benchmark » pour les futurs investissements. Nanjing fonctionne aujourd'hui à pleine charge. Mais l'équipementier français dispose de 30 000 m2 supplémentaires pour l'agrandir, en fonction de l'évolution de la demande. Avec une main-d'oeuvre 7 à 10 fois moins chère qu'en France, le groupe est certain d'atteindre son retour sur investissement rapidement, en limitant l'automatisation aux postes pénibles. Valeo applique, comme partout dans le groupe, le « Valeo production system ». Inspiré du modèle Toyota, ce dernier vise à garantir les process et la qualité des pièces. Les opérateurs multiplient les contrôles pour repérer, avant la sortie de chaîne, les éventuelles défaillances liées au montage manuel. Selon les dirigeants, l'usine affiche un taux de qualité légèrement meilleur que les autres sites du groupe. Mais des progrès restent à faire pour respecter à la lettre les « 5 S », cette organisation chère à Valeo, qui impose un environnement de travail où tout est propre, rangé et ordonné.

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