Vale renonce à l'acquisition de Xstrata, mais les fusions continuent26/03/2008
L'échec de l'opération ne remet pas en cause la vague de fusions qui agite les industries minières. Xstrata perdait cependant 10% ce matin sur le London Stock Exchange.
«Vu qu'un accord n'a pas été trouvé malgré la formulation d'une offre potentielle incluant des composantes en numéraire et en titres, les discussions entre les différentes parties ont été interrompues», a déclaré le mineur brésilien Vale dans un communiqué adressé à l'autorité locale des marchés. Le premier producteur mondial de minerai de fer note toutefois qu'il se réserve le droit, lors des 6 mois à venir, de faire une nouvelle offre, ou d'y participer, au cas où les circonstances changeraient. La fin des pourparlers entre les deux groupes a été décidée par consentement mutuel a confirmé Mick Davis, le directeur général de Xstrata. L'autre point d'accord entre Davis et Roger Agnelli, son homologue brésilien, est la croyance partagée dans l'intérêt que représenterait pour les actionnaires une fusion qui aurait créé la plus importante entreprise du secteur. Les deux sociétés, qui disposaient des actifs nickélifères de Falconbridge et d'Inco récemment rachetées, auraient ensemble contrôlé une part considérable de la production mondiale. Mais, « nous n'avions pas besoin d'acheter et ils n'avaient pas besoin de vendre », a souligné Agnelli lors d'une conférence de presse à Sao Paulo. Malgré l'attrait partagé par les deux protagonistes d'une fusion qui aurait créé une entreprise minière diversifiée tant au niveau des produits que géographiquement, les négociations ont achoppé sur le double problème du montant du rachat et du contrôle des droits de commercialisation des minéraux. L'offre de Vale, en cash et en action, estimée à 90 milliards de dollars lorsqu'elle avait été formulée, avait été sensiblement réduite par une chute de 15% de l'action Vale alors que celle de Xstrata continuait de s'apprécier, soutenue par la perspective de l'OPA. Plus important peut-être, selon l'analyste de Fat Prophets Gavin Wendt, Glencore, le premier actionnaire de Xstrata, ne voulait pas renoncer à ses droits à la commercialisation des produits du zougois. Glencore, l'un des premiers traders mondiaux de commodités, avait également l'ambition de gérer la commercialisation de la nouvelle entité, hors minerai de fer, une condition que ne pouvait accepter Roger Agnelli. Glencore réclamait l'exclusivité des droits de commercialisation pour 10 ans, Vale refusait de lui en accorder plus de 5. Les fusions vont continuer L'échec de cette opération particulière ne devrait pas ralentir le mouvement de fusion qui a traversé le secteur avec le cycle haussier, estiment les analystes. Reposant sur les possibles synergies de leurs actifs australiens, l'offre de BHP Billiton sur Rio Tinto demeure en particulier à l'ordre du jour, estime Warren Edney d'ABN Amro. Vale, qui a déclaré, « nous pouvons recommencer les négociations à tout moment », met en avant son important plan de croissance organique, mais n'exclut pas de nouvelles acquisitions. « Xstrata n'est pas la seule possibilité », a rappelé Agnelli. Xstrata, qui vient de finaliser le rachat du producteur de charbon australien Resource Pacific et de la société nickélifère Jubilee Mines pourrait se remettre en chasse ou reprendre sa cour auprès d'Anglo American, jusqu'ici peu sensible à ses charmes. Parmi les cibles potentielles, Oxiana qui est en train de compléter l'acquisition de Zinifex pour créer un nouveau géant de 11 milliards de dollars, et deux géants du cuivre, l'états-unien Freeport-McRoran et le mexicain Grupo Mexico. Selon l'étude « Mining Deals » réalisée par PricewaterhouseCoopers, la crise du marché du crédit semble avoir peu d'effet sur le marché des fusions qui ont affectées l'industrie minière en 2007. « Le nombre d'affaires annoncées au quatrième trimestre de 2007 fait plus que doubler par rapport au même trimestre de 2006 », relève le consultant. Les 1732 transactions réalisées en 2007 (parmi les sociétés cotées) représentent 159,9 milliards de dollars, soit une hausse de 69% en nombre et de 18% en valeur par rapport à 2006. L'étude indique l'arrivée en force des sociétés chinoises et russes dans ce mouvement de concentration, notamment par l'acquisition de sociétés en Amérique du nord et en Australie. La Chine et la Russie ont représenté, en valeur, le cinquième de l'activité globale de fusion-acquisition totalisant 32,7 milliards de dollars en 2007 contre 5,3 milliards en 2005. « Incitées par des cours élevés des matières premières, un optimisme de croissance et de rentabilité à long terme de l'industrie et une demande soutenue en Asie, qui compense les fluctuations de la demande occidentale, les compagnies minières n'hésitent pas à s'engager sur des stratégies ambitieuses », explique Tim Goldsmith, responsable de « Mining Deals ». Daniel Krajka |
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