imprimer

Une tête de pont pour les énergies marines

Par DE NOTRE CORRESPONDANT S. DU GUERNY, AVEC, À NANTES, E. GUIMARD ET, À ROUEN, P. BOTTOIS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3176

L'Ifremer de Brest abritera la plate-forme technologique dédiée aux recherches sur la production des énergies marines. La France a pour objectif de déployer 6 gigawatts d'énergie éolienne offshore d'ici à 2020.

Quelque 700 salariés installés à la pointe du Diable, dans de vastes laboratoires offrant une vue imprenable sur la rade de Brest, dans le Finistère. L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) dispose dans la cité du Ponant de compétences de premier plan, notamment dans l'étude des courants et la résistance des matériaux dans l'eau.

L'Ifremer n'est pas seul : Brest concentre la moitié du potentiel français de recherche en sciences et technologies marines. Et ce n'est pas fini. La ville a été choisie par le gouvernement pour abriter une plate-forme technologique sur les énergies marines. « Le centre Ifremer en sera le chef de file, en association avec des acteurs du secteur public et du secteur privé », a expliqué le Premier ministre, François Fillon, lors d'un déplacement en novembre.

Cette plate-forme aura pour mission de coordonner, stimuler et réaliser des recherches sur les techniques de production d'énergies marines (éoliennes offshore posées, éoliennes offshore flottantes, hydroliennes, houlomoteurs, énergie thermique des mers et énergie de la biomasse). La recherche française en la matière n'atteint pas, pour l'instant, une masse critique en termes d'ingénieurs et de chercheurs. La plate-forme devra également tester d'éventuels pilotes en mer sur des sites d'essais à construire (DCNS compte expérimenter d'ici à 2013 un démonstrateur sur l'énergie thermique des mers à La Réunion). Elle devra aussi être un centre de ressources, notamment au service des industriels.

Des milliers d'emplois

« Nous mettrons en place les moyens de calcul et de simulation nécessaires », précise Jean-Yves Perrot, le président de l'Ifremer. La structure, qui doit être créée cette année, intéresse déjà de nombreux acteurs, comme DCNS, qui entend participer à la construction des prochaines éoliennes offshore d'origine française. La direction du groupe vient d'annoncer qu'elle allait ouvrir à Brest un incubateur de R et D pour activer la création de prototypes. Le pôle de compétitivité Mer Bretagne, basé à Brest et qui travaille en symbiose parfaite avec le Pôle Mer Paca de Toulon (Var), voit dans les énergies marines renouvelables « des possibilités de créations d'emploi par milliers », assure Hervé Moulinier, son président.

Au moment où la Grande-Bretagne annonce qu'elle compte investir 100 milliards de livres dans l'éolien en haute mer, afin de couvrir un quart de ses besoins en électricité à l'horizon 2020, l'Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas ont déjà investi dans l'éolien offshore (32 parcs de ce type sont en fonctionnement dans l'Union européenne). En France, « l'heure des énergies marines a également sonné », prévient Jean-François Tallec, le directeur du secrétariat général de la Mer. « Mais des moyens financiers publics seront indispensables pour faire aboutir les projets », a toutefois rappelé François Fillon, en novembre. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a depuis lancé un appel public à motivation d'intérêt afin d'accompagner la mise au point de démonstrateurs en énergies renouvelables.

Le gouvernement a fixé un objectif de 6 gigawatts à l'éolien marin en 2020. Selon Réseau de transport d'électricité (RTE), près de la moitié de cet objectif sera réalisé au large des côtes de la Manche et de l'Atlantique. EdF Energies Nouvelles porte ainsi un projet de 12 mâts (72 MW) sur le plateau de la Banche, au large de La Baule (Loire-Atlantique). Cet investissement de 100 millions d'euros pourrait être le premier à voir le jour. « C'est un dossier raisonnable, donc atteignable », estime Dominique Lestrade, la déléguée régionale du groupe dans les Pays de la Loire.

Les sites au large des côtes du Grand Ouest suscitent des projets dont la taille semble irréaliste (voir la carte ci-dessus). WPD envisage d'implanter 120 éoliennes (600 MW) au large de l'île d'Yeu et de Noirmoutier (Vendée). Soit un investissement de 1,5 milliard d'euros ! Au Croisic (Loire-Atlantique), le parc prévu par Nass et Wind comporte entre 60 et 80 machines. Ce bureau d'études basé à Lorient (Morbihan) projette trois autres opérations totalisant 90 éoliennes au large de Saint-Brieuc, Lorient et Saint-Malo. La plus avancée devrait être située à 11 kilomètres du littoral de Saint-Brieuc, dans la zone nommée le Grand-Léjon. Nass et Wind veut y créer une ferme marine d'une quarantaine de machines, qui pourront produire l'équivalent de 240 mégawatts.

« Les 850 millions d'euros nécessaires seront trouvés auprès d'investisseurs nationaux et internationaux », explique Jacques Barreau. Responsable de ce projet pour Nass et Wind, il négocie avec les élus locaux, les organisations professionnelles et les défenseurs de l'environnement pour choisir les sites d'installation du parc. Afin d'obtenir l'assentiment des élus, il n'hésite pas à faire miroiter les retombées immédiates : une cinquantaine d'emplois créés pour la maintenance. Le cadre réglementaire est toutefois loin d'être fixé. Les préfectures de Bretagne et des Pays de la Loire ont tenu il y a quelques semaines leurs premières réunions de concertation afin d'établir « un cadre partagé facilitant l'instruction en relation avec tous les acteurs concernés ».

Législation inadaptée

Actuellement, « les promoteurs n'ont aucun droit d'exclusivité et les zones sur lesquelles ils se sont déclarés ne font l'objet d'aucune définition », explique Jean Daubigny, le préfet des Pays de la Loire, qui rappelle qu'un cadre de planification sur chaque façade maritime sera rendu public courant 2010. En Normandie, les pêcheurs redoutent le mitage de leurs zones de pêche à cause du nombre de dossiers.Pour Philippe Cottanceau, le directeur adjoint à la Drire de Basse-Normandie, « il n'y aura pas de mitage. Par exemple, pour les trois projets en concurrence sur la zone de Courseulles-sur-Mer (Calvados), un seul sera retenu. Si leurs promoteurs n'arrivent pas à s'entendre pour réaliser une grande ferme comme le préconise l'Etat, nous engagerons une mise en concurrence pour la zone et ce sera une première ». L'inadaptation du cadre réglementaire explique le décollage tardif de l'éolien offshore en France. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), « la législation et la réglementation françaises telles qu'elles ont été élaborées pour le développement de l'éolien à terre ne répondent pas parfaitement aux nécessités de l'éolien offshore ». Le projet qui était le plus avancé, une ferme de 105 mégawatts de l'allemand Enertrag au large de Veulettes-sur-Mer (Seine-Maritime), est issu d'un appel d'offres lancé en 2004. Le permis de construire, obtenu en 2008, est aujourd'hui bloqué par un recours de riverains devant le tribunal administratif. Il pourrait voir le jour en 2011 ou 2012...

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter