Une terre d'énergie en plein chantier
Par A Rouen, Patrick Bottois - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3200Nucléaire, raffinage, éolien, biomasse... La Normandie s'appuie sur l'un de ses piliers industriels, l'énergie, pour préparer la sortie de crise.
L'énergie sera le moteur de la reprise en Haute et Basse-Normandie. Les deux régions, qui comptent déjà quatre centrales EdF, dont celles de Flamanville (Manche) et de Penly (Seine-Maritime), vont mettre en service au cours des prochaines années deux réacteurs EPR de nouvelle génération. Le chantier de l'EPR de Flamanville, le plus avancé, emploie quelque 1 500 salariés, pour un investissement global de 4 milliards d'euros. L'EPR fonctionnera avec 250 salariés, 100 emplois indirects sont attendus.
La région n'est pas en reste dans le pétrolier. Avec Total, Exxon Mobil et Petroplus, elle raffine 35 % du pétrole français. À lui seul, Total investit 770 millions d'euros dans sa raffinerie de Normandie, « un investissement exceptionnel dans la spécialité en Europe aujourd'hui, qui pérennise le site », souligne Gérard Roussel, le directeur de la raffinerie. Toutefois, la montée en puissance des capacités de raffinage dans les pays émergents semblant inéluctable à terme, la Normandie anticipe sa mutation énergétique et parie sur l'éolien offshore.
Dans les cartons, des projets d'investissements de 5,65 milliards d'euros pour une capacité de production de 2 370 MW en 2014, soit plus du tiers des 6 000 MW à produire en offshore prévus par l'État d'ici 2020. Le premier permis de construire d'une ferme a été délivré à Enertrag pour son projet de Veulettes-sur-Mer (Seine-Maritime). Il pourrait être suivi de celui de la Compagnie du Vent au large du Tréport (Seine-Maritime). Un projet de 1,5 milliard d'euros pour 141 éoliennes soutenu notamment par la région Haute-Normandie.
FILIÈRE D'EXCELLENCE
Le projet du Tréport bénéficie d'un soutien de poids, celui du conseiller régional Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture. « La Normandie est une terre d'énergie. Nous devons en faire une filière d'excellence, avec un centre européen de recherche, des formations supérieures », répète le ministre qui voit dans la biomasse une solution aux problèmes de la filière bois, mise à mal par le recul de l'industrie du papier. Poweo doit ainsi investir 80 millions d'euros dans une chaudière chez le papetier M-Real à Alizay (Eure), dont la fabrication de pâte à papier est à l'arrêt.
La région Haute-Normandie a prévu de lancer un appel à « projets verts » doté de 150 millions d'euros en direction des chercheurs et industriels. À une échelle bien moindre, trois autres secteurs devraient tirer la reprise : la chimie-pharmacie, l'agro-alimentaire et l'aéronautique. Reste le problème de l'emploi. La Normandie a perdu 20 700 postes en 2009, la plupart dans l'industrie. « Il faudra beaucoup de temps pour une reprise significative de l'embauche », prévoit Alain Ménard, de l'Insee, à Caen.

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