Une prime à la casse pour les vieux moteurs
Le 20 novembre 2009 par Mirel SchererClaude Henry, le pdg de Leroy Somer propose une mesure originale d’incitation financière pour améliorer l’efficacité énergétique des équipements industriels. Ecologique, cette démarche diminuera sensiblement les émissions de CO2, l'équivalent de 3 millions de véhicules et renforcera la compétitivité des industriels français.
Comment le « paquebot » Leroy Somer, un des principaux fabricants mondiaux de systèmes d’entraînements et de production d’énergie, affronte les vagues de la crise ? Mondialement présent, le groupe poursuit sans relâche sa dynamique d’innovation. Innovation technologique mais aussi économique avec une proposition originale : la création d’une prime à la casse pour les moteurs électriques à faible rendement. Un anachronisme qui pénalise lourdement l’industrie française. « Les moteurs électriques constituent un très riche gisement de croissance et d’innovation qui sommeille », assure Claude Henry, pdg du groupe, chiffres à l’appui. La part des moteurs électriques dans la consommation électrique industrielle française est de 65%. Mais s ur un parc installé de 12 millions de moteurs en France, seul 1% sont des moteurs à haut rendement. Moins de 10% de 400 000 nouveaux équipements installés chaque année sont des moteurs à haut rendement ! « Une aberration économique et écologique », s’insurge le responsable de Leroy Somer, dont le constat est accablant : 40% de l’énergie électrique transformée par ces vieux moteurs sont perdus ; le rendement moyen de ces moteurs est de l'ordre de 60%. Le taux de renouvellement annuel sur la totalité du parc est inférieur à 5%. A ce rythme, il faudra plus de vingt ans pour renouveler le parc avec des moteurs à haut rendement.
Alors, que faire pour accélérer la mise en place de ces moteurs du futur, intelligents, plus performants, moins énergétivores ? « Il faut une véritable rupture technologique avec la mise en place des moteurs capables de diviser par sept cette perte », conseille Claude Henry en proposant une solution de bon sens qui permettra à l’industrie française de répondre haut la main à la future directive européenne. Opérationnelle à partir de juillet 2011, cette dernière prévoit une amélioration de 2 à 3 points du rendement des moteurs électriques.
250 millions d’effort financier
Pour Claude Henry, « ce n’est pas suffisant. Il faut faire plus pour profiter pleinement de cette source de profit et être armés face à la concurrence américaine qui est en train de mette en œuvre des mesures similaires. » Bien accueillie par Christian Estrosi, le ministre de l’industrie, cette mesure d’incitation financière calculée sur la puissance du moteur à remplacer prévoit une approche similaire à la prime à la casse, qui a si efficacement fait ses preuves dans l’industrie automobile. Mais aussi une « prime à l’anticipation », un crédit d’impôt innovation. « La démarche s’adresse aussi bien aux utilisateurs finaux d’équipements qu’aux constructeurs de machines aussi différentes que des échangeurs thermiques, des engins de levage voir des dispositifs de concassage », précise Claude Henry. Une aubaine, surtout pour les PME dont la capacité d’investissement dans les nouvelles technologies a été jugulée par la crise. « Remplacer un moteur obsolète par un dispositif à haut rendement c’est toujours bien mais ce n’est pas suffisant », avertit ce fin connaisseur de l’évolution industrielle française. « Il faut réconcevoir les équipements pour profiter pleinement des atouts de ces solutions mécatroniques. Moins énergétivores, plus compactes, plus intelligentes, ces machines seront par exemple, surveillées en temps réel grâce à leur dialogue via un réseau Ethernet Industriel avec un centre de contrôle.
Un effort financier chiffré à environ 250 millions d’euros, avec des prêts remboursables sur dix ou quinze ans. Mais aussi un sursaut écologique considérable que l’ingénieur démontre grâce à un calcul rapide. « En mettant en œuvre à grande échelle ces moteurs à très haut rendement (de l’ordre de 94%) on peut économiser environ 47 TW/h, soit l’émission dans la nature de 5 millions de tonnes de CO2 », conclut Claude Henry. « Il ne reste maintenant qu’à agir, vite et fort, si on veut rester dans la course… »
Quelques chiffres sur Leroy Somer
Le chiffre d’affaires de Leroy Somer a été de 1300 millions d’euros en 2008. L’effectif du groupe est de 8 450 personnes, dont 4000 emplois en France. La filiale du Groupe Emerson dispose de 39 sites de production, dont une trentaine en Europe (quatre en France et une nouvelle usine qui débute sa production en Roumanie), mais aussi en Amérique du Nord, Mexique, Inde, Chine.
1 réaction
Courlis | 23/11/2009 - 16H40
L"idée est séduisante. Si elle plait au gouvernement, comment ce dernier propose -t-il de la concrétiser? Et dans quels délais? A force d'attendre la tenue des Etats généraux de l'industrie, l'emploi souffrira...

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