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Une filière biomédicale se lève à l'Est

Par De notre correspondant, Didier Hugue - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3211

Les acteurs publics multiplient les initiatives pour développer ce secteur. La Franche-Comté, la plus avancée, s'appuie sur l'héritage du savoir-faire microtechnique. La Bourgogne développe un pôle d'imagerie médicale.

tre identifiable à l'échelle nationale, voire internationale, susciter des implantations nouvelles, favoriser une prospection commerciale groupée et fédérer les entreprises autour de projets collaboratifs... C'est la feuille de route des acteurs publics de Bourgogne et Franche-Comté pour muscler leur secteur biomédical. « Nous avons trop longtemps joué chacun pour soi sans nous préoccuper d'une offre commune, contrairement aux Suisses qui ont su mutualiser leurs compétences pour attirer des locomotives », constate Serge Piranda, président de la commission santé au sein du pôle comtois des microtechniques (30 entreprises) et dirigeant de Statice Santé.

Prospection à plein-temps

Pour muscler la filière, les organismes de développement économique franc-comtois agissent de concert. « Toutes nos actions, qu'elles émanent du pôle de compétitivité, de l'agence régionale de développement (ARD) ou encore de la chambre régionale de commerce et d'industrie (CRCI), sont concertées et chacun va dans le même sens », assure Aurélie Gimbert, chargée de mission pour le biomédical au pôle des microtechniques. À titre d'illustration, l'agence d'intelligence économique de la chambre consulaire pilote une étude, cofinancée à hauteur de 400 000 euros par l'État et l'Union européenne, afin de mieux connaître le positionnement stratégique des entreprises comtoises dans les dispositifs médicaux. « Nous saurons alors qui fait vraiment quoi et pour qui », argumente Nathalie Rébert, en charge du biomédical à la CRCI. Les résultats seront connus en début d'année prochaine. Ils déboucheront sur l'établissement de six panoramas sectoriels marchés, dont le premier concerne les implants. « Nous organiserons ensuite des rencontres avec des donneurs d'ordres et financerons l'intervention d'un consultant pour que plusieurs entreprises accèdent à la norme médicale ISO 13485 », précise Nathalie Rébert.

L'agence régionale de développement de Franche-Comté coordonne de son côté des actions ciblées de promotion. Elle a monté un site d'information spécifique (franche-comte-medical-devices.com) et assure, entre autres, une présence collective sur des salons spécialisés tel le Medtec. Une personne à plein-temps prospecte, en France comme à l'étranger, des candidats à l'implantation. L'un des principaux arguments de vente de ce VRP se nomme Isifc. L'Institut supérieur d'ingénieurs de Franche-Comté, à Besançon (Doubs), se présente comme l'unique école d'ingénieurs spécialisée dans le génie biomédical en France. Elle forme en trois ans des promotions d'une cinquantaine d'étudiants. « À leur sortie, les ingénieurs Isifc possèdent une double culture, technique et médicale, car ils maîtrisent tous les cycles de vie d'un dispositif, de sa conception jusqu'à sa mise sur le marché », argumente Nadia Butterlin, directrice de l'école. Le cursus intègre en troisième année des spécialisations en biomécanique et microsystèmes et ouvre la porte à deux masters : infotronique et sciences des matériaux.

Un cyclotron à Dijon

Cette formation plaît aux entreprises : 40 % des diplômés trouvent un emploi en Franche-Comté et 30 % en Suisse, pays limitrophe. Pour attirer des vocations, l'Isifc, rattaché à l'université de Franche-Comté, bénéficie d'un soutien financier sans faille des pouvoirs publics locaux. Une étude en cours envisage son déménagement près de la faculté de médecine et du CHU. Si ce projet, non encore chiffré, se concrétise à l'horizon 2013, l'école d'ingénieurs prendra ses aises sur 3 000 m² et sera dotée de nouveaux laboratoires.

Outre la formation, les développeurs économiques locaux s'appuient sur quelques entreprises de pointe pour vendre leur territoire. La bisontine Micro-Mega en fait partie. Avec 17 millions d'euros de chiffre d'affaires attendus cette année et 200 salariés, elle revendique 40 % de parts de marché en France sur les instruments de traitement du canal dentaire. Et projette de construire, dans les trois ans, un nouveau site, soit sur la zone d'activités dédiée aux microtechniques Thémis, soit aux abords du pôle santé, près du CHU. Montant de l'investissement, équipements inclus : 5 millions d'euros.

Zimmer Manufacturing, à Étupes (Doubs), filiale d'un groupe américain éponyme, se taille de son côté la part du lion dans les prothèses de hanche, du genou et de l'épaule. Son dirigeant Raoul Barthez, un ancien d'Alstom, souhaiterait toutefois plus de synergie entre les entreprises du biomédical : « On ne se parle pas assez. On pourrait engager des programmes de recherche passerelles, par exemple, pour inclure des principes actifs dans nos produits. » Un avis que partage Alain Germain, le cogérant de CG.TEC, un concepteur et fabricant de petites pièces techniques en plastique, membre du groupement Health : « En nous rassemblant, nous pouvons répondre aux appels d'offres de grands donneurs d'ordres sur le marché mondial en proposant une solution globale. »

Moins avancée que sa consoeur comtoise, la Bourgogne cultive aussi sa fibre biomédicale. Elle porte sur les fonts baptismaux un pôle d'imagerie médicale à Dijon (Côte-d'Or), dont la pierre angulaire sera la construction d'un cyclotron. Cet accélérateur de particules, opérationnel en septembre 2011 et d'un coût de 4,75 millions d'euros, est financé à parité par les fonds publics et le GIE Pharmimage (huit membres), l'avant-garde du pôle. Il permet de fabriquer des isotopes qui, accrochés à une molécule, jouent le rôle de marqueurs pour constater l'évolution d'une maladie ou de son traitement. Le laboratoire Cyclopharma, qui gère une dizaine d'unités de ce type en France, l'exploitera à son achèvement.

Esprit d'équipe

Mais ce n'est qu'une étape. Le GIE et son nouvel équipement - nés de la volonté de Philippe Genne, le patron de la société dijonnaise d'évaluation des thérapies anticancéreuses Oncodesign - doivent permettre de donner naissance à un mini-cluster en terre bourguignonne. Comme en Franche-Comté, l'idée est de développer un véritable esprit d'équipe. Deux start-up issues de l'université et du CHU ont compris l'intérêt d'une telle dynamique. CheMatech, concepteur et fabricant d'agents de contraste, et NVH Medicinal, spécialisée dans les protéines à partir d'organismes génétiquement modifiés, entendent se développer dans ce cadre. « Nous allons pouvoir élargir et mutualiser notre offre », se félicite Frédéric Boschetti, le fondateur de CheMatec. D'autres entreprises devraient rejoindre Pharmimage : l'agence économique Bourgogne Développement a détaché un chargé d'affaires pour attirer de nouveaux membres. Son conseiller en développement biotechnologie et santé, Fouad Bounouidrate, l'assure : « Un grand groupe et une PME sont très intéressés pour venir s'installer. »

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