Une durée du travail pas assez flexible, selon Coe-Rexecode
Par Morgane Remy - Publié le
Alors que le Premier ministre François Fillon parle aujourd’hui d’une réforme du droit du travail dans le but d’enterrer définitivement les 35 heures, l'institut proche du patronat Coe-Rexecode publie une étude sur le temps de travail en France. Et dans le domaine l'Hexagone est à la traîne par rapport à l'Allemagne.
"Il faut permettre une négociation dans une entreprise pour revenir sur le temps de travail afin d’adapter sa situation à son environnement économique", a déclaré François Fillon devant les députés UMP mardi 10 janvier.
Il relance ainsi un des thèmes de campagne du candidat Nicolas Sarkozy en 2007. Il promettait alors d’assouplir radicalement les 35 heures. Effectivement, la durée de travail des salariés français à temps plein est la plus faible de l'Union européenne après la Finlande, selon une étude de l'institut Coe-Rexecode publiée mercredi 11 janvier.
Grâce aux données comparables fournies par Eurostat, l’institut économique dévoile que les salariés français à temps plein ont travaillé 1 679 heures en 2010, "soit 224 heures de moins que l'Allemagne" ou "177 heures de moins que le Royaume-Uni". A l'inverse, les travailleurs indépendants français ont, eux, une durée moyenne de travail parmi les plus importantes d'Europe des 27 avec l'Allemagne et l'Autriche.
Mauvaise politique de l'emploi
Alors est-ce un signe que les Français se tournent les pouces ? "Cela signifie que nous avons fait le mauvais choix de politique de l’emploi", répond Gilles Koleda, économiste directeur des Etudes chez Coe-Rexecode. Alors que l’Allemagne s’en tire beaucoup mieux. "Entre 1999 et 2010, le PIB par tête a augmenté de 13% en Allemagne contre 7% chez nous", souligne l'économiste.
Selon Coe-Rexecode, cette divergence trouve sa source dans des politiques d’emploi différentes. En France, la loi des 35 heures a entrainé une forte baisse de la durée effective du travail. Mais elle était trop rigide pour réussir à atteindre son objectif, la raison même de sa création : le partage du travail. "Le résultat a été que le pouvoir d’achat par habitant a été bridé", résume le directeur des études.
En Allemagne, les réformes du début des années 2000 ont permis non seulement une augmentation de la compétitivité mais aussi une nette progression du pouvoir d’achat moyen et du taux d’emploi. Le pays "a su trouver un consensus dans l'entreprise sur le triptyque durée du travail - emploi – salaires", explique-t-il.
Partage de l'emploi
Les Allemands ont réussi le partage de l’emploi. "Ils se sont serré la ceinture depuis 2004-2005 mais ont réussi ainsi à booster leur compétitivité. Ils ont créé de la richesse qu’ils ont pu ensuite redistribuer sous forme de pouvoir d’achat". La quantité de travail totale fournie et le volume du PIB ont augmenté modérément, mais le PIB par habitant a augmenté de façon très significative (+ 13%).
On ne retrouve pas, ou très insuffisamment, cette aptitude en France. De notre côté du Rhin, le choix a été plutôt d’opter pour la voie législative avec la loi Aubry des 35 heures, qui aurait "réduit la marge de manœuvres des entreprises" . Et l’économiste explique : "En France, nous ne pouvons négocier que sur deux pan du triptyque puisque le temps de travail est figé par la loi. Nous avons rpis le problème à l’envers". En bref, il ne fallait pas couper plus de parts dans un même gâteau mais œuvrer pour que le gâteau nourrisse tout le monde.
Sommet de l'emploi à l'Elysé
Alors comment rester dans la course ? Il faut tirer des leçons de notre échec et "rétablir un fonctionnement fluide et efficace du marché du travail en France. C'est pour ça que nous avons sorti cette étude avant le sommet pour l'emploi du 18 janvier", organisé par l'Elysée.
Coe-Rexecode incite donc à privilégier des accords d’entreprises sur une loi nationale qui ne saurait être adaptée à chacun des secteurs. Et l’enquête conclut : "Une libération de la durée du travail grâce à des accords d’entreprises conduirait à une augmentation du taux d’emploi et du pouvoir d’achat en France". Un diagnostic qui pourrait facilement se transformer en promesse électorale.
1 réaction
logan | 12/01/2012 - 12H17
De l'article j'extrais la phrase suivante : " La quantité de travail totale fournie et le volume du PIB ont augmenté modérément, mais le PIB par habitant a augmenté de façon très significative (+ 13%). " Pour qu'une telle chose puisse avoir lieu, il est nécessaire que la population baisse, c'est ce qui s'est passé. Quand on veut comparer il faut le préciser.

dans la même rubrique
27/05/2012 Comment l'Ukraine sortira-t-elle de l'Euro ?27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy
27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts













