Une chercheuse refuse la Légion d'honneur pour dénoncer les "crimes industriels"

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Amiante
© _boris - Flickr - C.C

Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l'Inserm, a écrit dans sa lettre de refus "la remise en cause de l'impunité qui, jusqu'à ce jour, protège les responsables de crimes industriels".

C'est à une scientifique engagée que Cécile Duflot, ministre du Logement, avait décidé de remettre la Légion d'honneur lors de la promotion dite "du 14 juillet".

Engagée, mais surtout révoltée. Annie Thébaud-Mony, chercheuse et spécialiste des cancers professionnels, a ainsi refusé la décoration honorifique. Dans la lettre qu'elle a adressé à la ministre, rendue publique le 4 août, elle explique son geste militant et émet des doléances précises : "Je souhaite la remise en cause de l'impunité qui, jusqu'à ce jour, protège les responsables de crimes industriels".

Par "crimes industriels", cette pasionaria de la santé au travail entend "l'amiante, les pesticides, les déchets nucléaires et chimiques etc...". "Nous voulons être pris au sérieux lorsque nous donnons à voir cette dégradation des conditions de travail (...), le drame des accidents du travail et maladies professionnelles, mais aussi l'accumulation des impasses environnementales", martèle-t-elle dans son courrier.

"Je ne fais pas ce geste contre Mme Duflot", précise à l'AFP la présidente de l'association Henri Pézerat, qui a pour but de créer et de faire vivre un réseau d’échanges d’expérience et d’aide aux luttes sociales concernant la santé des personnes en lien avec le travail et l’environnement.

"Ma démarche se veut un appel à la mobilisation citoyenne, mais aussi parlementaire et gouvernementale, pour le respect des droits fondamentaux à la vie, à la santé, à la dignité", écrit-elle en accompagnement de sa lettre à la ministre datée du 31 juillet, comme le rapporte l'AFP.

"Cessons les vraies fausses controverses sur les faibles doses. Des politiques publiques doivent devenir le rempart à la mise en danger délibérée d'autrui, y compris en matière pénale", dit-elle dans sa lettre à Mme Duflot.

En mars dernier, Annie Thébaud-Mony s'exprimait sur les cancers professionnels, et notamment du cas de l'amiante, dans une vidéo :

 

 

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1 réaction

pensonsàl'avenir | 09/08/2012 - 13H24

Recherche française sur la voie de la mort lente

Le geste de cette chercheuse en dit long sur ce qu'est devenue la France,un pays qui tourne le dos au progrès des mentalités, un pays qui regarde l'avenir dans le rétroviseur, un pays qui refuse d'entendre les voix de l'intelligence. L'intelligence est même devenue une faute, une faute professionnelle plus exactement. L'objet d'étude de cette chercheuse qui lui a valu à l'évidence des déconvenues professionnelles reste tabou,frappée d'interdit. Malheur à celles et ceux qui osent en parler.Honneur à cette chercheuse qui a le courage d'étudier les questions de maladies professionnelles, de le dire, de le faire savoir. La France, sous cet angle est un pays lourdement handicapée. L'hyper conservatisme (qui fait penser à certains égards à une forme d'arriération mentale) d'une partie non négligeable des décideurs français est un obstacle de taille pour relever les défis que la France doit relever.

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