Une bonne nouvelle
Le 25 mars 2009 par Redaction L'Usine Nouvelle
Avec un plan à 10 milliards, le Président et son ministre de la Défense auraient dû logiquement entonner, en canon, une Marseillaise pour les industriels.
Une dizaine de milliards injectés dans l'économie française. Et personne n'en parle, ou presque. La Direction générale de l'armement (DGA), le bras armé -si l'on peut dire- du gouvernement en matière de dépenses militaires, a pourtant annoncé la nouvelle la semaine dernière.Ses commandes, en principe calibrées à 10 milliards d'euros bon an mal an, ont été multipliées par deux, à 20,3 milliards. Certes, ces 10 milliards d'euros supplémentaires ne seront pas distribués en une fois. Mais le montant, même échelonné sur plusieurs années, est colossal. Surtout si on le compare à la totalité du plan de relance français : 26 milliards. Le coup de pouce a de quoi ravir nos généraux, victimes de la rigueur budgétaire, et soulager notre industrie de la défense, qui en a bien besoin, elle qui emploie 80000 salariés. Ces commandes pour demain garantissent les emplois d'aujourd'hui.
Comme le montre notre enquête (lire page 16), la manne devrait profiter à de nombreux industriels de l'armement. Nexter, l'ancien Giat, avec son nouveau véhicule blindé de commandement d'infanterie, se frotte les mains. Panhard, le fabricant du nouveau «petit véhicule protégé» aux ambitions mondiales, s'apprête à embaucher. DCNS, notre champion de la construction navale avec ses frégates et ses sous-marins nucléaires d'attaque, s'attend à un surcroît d'activité dans ses bureaux d'études et certaines usines. Thales, Safran et, dans une moindre mesure, Dassault, sont eux aussi à la fête.
Tous ont l'intention de s'appuyer sur ces commandes inespérées pour montrer leurs muscles, leur talent, et décrocher de nouveaux contrats à l'export. Alors, pourquoi une telle discrétion dans les rangs ? Sur leurs sites internet, les groupements d'industriels du secteur, le Gicat (industries de défense terrestre) ou le Gifas (aéronautique et espace), ne mentionnent même pas, dans leur veille d'actualité, cette bouffée d'oxygène qu'ils doivent à la puissance publique. Plus extraordinaire, à l'ère de la communication forcenée, c'est le silence radio du côté du pouvoir. Avec un plan à 10 milliards, le Président et son ministre de la Défense auraient dû logiquement entonner, en canon, une Marseillaise pour les industriels. Etrange.
Entreprises et politiques craignent-ils de susciter la colère des antimilitaristes ? Ils ne pèsent plus très lourd, dans la société française, face aux millions de Français inquiets pour leur emploi. La popularité de l'armée, régulièrement mesurée, n'a jamais été aussi élevée : 87%des Français en avaient une bonne image en juillet dernier, selon le baromètre de BVA. En fait, treize ans après la fin de la conscription, nos concitoyens plébiscitent leurs soldats. Militaristes un peu romantiques, ils soutiennent, dans leur grande majorité, les actions extérieures... sauf quand elles font des victimes. Quelques jours après la mort de dix soldats français en Afghanistan, en août dernier, 55%des personnes interrogées se prononçaient pour le retrait de nos troupes, contre seulement 36% qui se déclaraient favorables à leur maintien. L'armée, formidable ; la guerre, plus jamais.
Or, quand les équilibres économiques sont menacés, les esprits sont hantés par une idée noire : la crise ne débouche-t-elle pas parfois sur le conflit ? C'est peut-être pour chasser cette mauvaise pensée que l'Etat a choisi le soutien discret à ses marchands de blindés, d'avions de combat et de communications sécurisées. Une fois n'est pas coutume, il a sorti son chéquier sans convoquer la télé.
Laurent Guez,
Directeur de la rédaction
«L'Usine Nouvelle»

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